Gonet: l'actualité des marchés au 18 septembre

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

4 minutes de lecture

Dow +0,61%, S&P 500 +1,14%, Nasdaq +1,69%, Russell +0,55%, SOX +3,14%, Eurostoxx +0,90%, SMI +0,57%.

 

Wall Street retrouve de jolies couleurs hier, le Nasdaq100 (NDX) menant la charge grâce au retour en grâce de l’intelligence artificielle, des semi-conducteurs et des grandes valeurs technologiques. Les industrielles, les compagnies aériennes, l’automobile et les constructeurs de logements embarquent eux aussi dans le train de la hausse, tandis que l’énergie, la santé, la défense, les paiements et les télécommunications regardent passer le convoi. Le marché obligataire retrouve un peu d’allant et les rendements se détendent sur l’ensemble de la courbe. Le dollar s’effrite, l’or progresse discrètement et l’argent sort du lot. Le bitcoin avance également, tandis que le pétrole recule, mais sauve quelque peu les meubles en terminant loin de ses plus bas du jour.

La configuration technique de la plupart des indices s’améliore, elle s’était récemment dégradée. L’indice S&P500 (SPX) récupère sa moyenne mobile à 50 jours, son podium du jour est constitué de la tech, de la consommation discrétionnaire et des utilities. Quasiment tous les 11 secteurs du SPX progressent, tandis que le breadth est nettement positif. On jette un œil au S&P500 équipondéré (SPW) qui ne gagne que 0,52% contre +1,14% au SPX, ce rallye est donc sponsorisé dans sa quasi-totalité par la tech, d’ailleurs les volumes d’échanges augmentent significativement sur le Nasdaq, pendant qu’ailleurs on en est presque réduit à jouer au Uno. Le NDX récupère ses moyennes mobiles à 50 et 100 jours, en revanche le SOX (semi-conducteurs) reste cantonné sous les siennes. La volatilité plonge de 13%, le VIX à 15,44 fait bien pâle figure.

Le rendement du 10 ans US évolue ce matin à 4,93%, sa résistance est facile à identifier, 5% it is! Côté support on notera 4,72% (50 jours) puis 4,61% (38,2% de retracement Fibonnacci de la hausse de 3,92% à 5,03%). Côté monnaies le dollar et l’euro se stabilisent à 1,1479, en revanche cela bouge pas mal sur le yen, la Banque du Japon a relevé ses taux comme prévu, de 25 points de base à 1,25%, un niveau plus observé en 31 ans. La faiblesse contre-intuitive du yen s’explique par les deux votes dissidents de Toichiro Asada et Ayano Sato, qui sèment le doute sur le rythme du prochain resserrement monétaire. C’est cela qui provoque le repli de la monnaie nipponne, la paire USD/JPY remonte à 157,25 contre 152,89 le 8 septembre, les adeptes de carry trade pourraient faire progressivement leur retour si le mouvement de repli du yen prend de l’ampleur, ce qui aurait probablement par ricochet un impact sur le franc suisse, en l’état ce ne semble pas être le cas, la paire EUR/CHF cote 0,9469 et le USD/CHF à 0,8249.

La réaction du marché post Fed indique que la plupart des intervenants avaient manifestement anticipé la hausse de taux de la Fed en délestant leurs portefeuilles de quelques obligations mais aussi de titres supposément suspects de type «IA qui va tirer la prise de l’humanité». On se réveille ce matin tout surpris d’être encore en vie, les tickets de ventes du début de semaine ont été remplacés par des ordres d’achats, le plus grand nombre semble soulagé que Kevin Warsh soit aux manettes, malgré les nombreux vents contraires qui se dressent face à lui et ses collègues. Or une Fed indépendante est gage de stabilité du système financier mondial, on peut donc qualifier la séance de trading d’hier comme une journée de type «ouf!» (ndlr: ceci n’est pas du verlan). Entendons-nous, Kevin Warsh n’est pas Raphinha, il n’a pas le pouvoir de faire disparaître deux défenseurs d’un coup la dette et le déficit abyssaux des Etats-Unis. En revanche avec le concours constructif de ses collègues du FOMC il ne baisse pas sa garde face à dame inflation, qui semble décidément se plaire parmi nous (et ce ne sont pas les conflits au Moyen-Orient et en Ukraine qui vont l’inciter à prendre sa retraite).

Le soulagement prévaut donc ce matin, le marché préfère voir le verre à moitié plein, on verra combien de temps cela dure, à terme une Fed restrictive finit par grandement agacer les taureaux. Dans l’intervalle, notons que la Réserve Fédérale prévoit encore probablement un relèvement de 0,25% d’ici à la fin de l’année, sans préciser quand. Je consulte donc mon agenda et note que deux réunions sont programmées d’ici au 31 décembre, la première le 28 octobre, la seconde le 9 décembre. En l’état les Fed Funds prédisent 53% de probabilités d’une hausse à la première occasion et 75% avant Noël. Rappelons ici que le 28 octobre, c’est une poignée de jours avant les élections de mi-mandat du 3 novembre, un relèvement du loyer de l’argent à ce moment-là constituerait une véritable catastrophe pour les Républicains, dans un contexte où le gallon de diesel coûte en moyenne 6,39 dollars et le taux hypothécaire à 30 ans flirte avec les 7%.

Le rendement du 10 ans US a progressé de près d’un point cette année pour atteindre 5,0390% mardi, un plus haut de 19 ans, alors que les anticipations d’inflation n’ont augmenté que de 0,09 point. Cette hausse provient donc surtout des rendements réels, soutenus par la solidité de la croissance, notamment grâce à l’intelligence artificielle, ainsi que par l’importance de la dette publique et l’augmentation des émissions obligataires des entreprises. On peut en théorie en conclure que, même si la Fed parvient à maîtriser l’inflation, les taux longs pourraient ainsi rester élevés. Ils ne pourraient véritablement refluer qu’en cas de nette dégradation des perspectives économiques ou de présentation d’un plan crédible de réduction des déficits.

Ne l’oublions pas, le rebond des indices d’actions observé hier est aussi le fait du repli du cours de l’or noir, le baril de Brent revient à 102,30 dollars après avoir testé le niveau de 110 dollars quelques jours plus tôt. Les prix du pétrole reculent pour la troisième séance consécutive, le rétablissement attendu d’une partie des capacités d’exportation saoudiennes apaisant les craintes. Les cours restent toutefois supérieurs à 100 dollars, le calendrier d’un retour à la normale demeurant incertain et les tensions au Moyen Orient entretenant une forte prime géopolitique.

L’or cote 4394 dollars l’once, en légère progression après avoir rebondi de près de 2% hier et effacé une grande partie de ses pertes des trois séances précédentes. Cette reprise accompagne la hausse des obligations américaines et le recul du pétrole, qui atténuent les craintes inflationnistes après le relèvement des taux de la Fed. La demande des ETF reste solide, avec sept séances consécutives d’achats et 1,4 million d’onces acquises depuis le début de l’année. Par ailleurs, le gouvernement et l’opposition vénézuéliens seraient proches d’un accord pour transférer environ 4 milliards de dollars de réserves d’or de la Banque d’Angleterre vers la Fed de New York, afin de les utiliser éventuellement comme garantie pour des emprunts publics.

Au programme macro-économique de ce vendredi, Christine Lagarde, présidente de la BCE, prendra la parole à 12h30, avant la publication de la production industrielle américaine à 15h15, puis un discours de Michelle Bowman, membre de la Fed, à 15h30.

Les actifs russes de Nestlé et d’Auchan sont placés sous administration temporaire, tandis que Deutsche Telekom s’allie à Iridium dans les communications par satellites en orbite basse. Lufthansa commande 20 Boeing 737 MAX 10 et Roche inaugure un centre de recherche à Boston. Revolut envisage une double cotation à Londres et à New York. Meta est critiqué pour l’insuffisance de ses mesures contre les deepfakes, Disney demande à la justice de bloquer une action de la FCC et Nvidia prévoit de doubler ses ventes de puces l’année prochaine. General Motors fabriquera des composants de missiles Patriot pour Lockheed Martin, Amazon Web Services signe un contrat de 8 milliards de dollars avec Generac pour alimenter ses centres de données, et Toyota prévoit de déployer 400’000 robots humanoïdes dans ses usines.

Le Temps publie un article fort intéressant au sujet de l’intelligence artificielle et des craintes alimentées depuis quelques temps par les patrons de ses principaux acteurs: Marcel Salathé, professeur et codirecteur de l’AI Center de l’EPFL, rejette les scénarios selon lesquels l’intelligence artificielle pourrait provoquer l’extinction de l’humanité, faute de preuves concrètes. Il critique les dirigeants d’Anthropic, d’OpenAI et de xAI, qui multiplient les avertissements alarmistes tout en accélérant le développement de leurs technologies, ainsi que les médias qui relaient leurs déclarations sans suffisamment les confronter à d’autres avis. Il reconnaît que l’IA entraînera des dérives parfois graves, notamment dans le piratage ou la conception d’armes, mais estime qu’elles doivent être précisément documentées, évaluées et traitées par des mesures adaptées. Il soupçonne également les géants technologiques de chercher à limiter leur responsabilité ou à obtenir une réglementation favorisant les acteurs déjà établis. Salathé défend donc une régulation progressive, pragmatique et fondée sur des preuves, davantage de transparence et un contrôle indépendant des modèles. Il appelle enfin la Suisse et l’Europe à investir massivement dans l’IA afin de maîtriser cette technologie, jugeant leur retard potentiellement plus dangereux que les hypothétiques scénarios d’extinction ( «L’IA ne va pas nous tuer, c’est totalement ridicule. Les dirigeants des empires de la tech ont perdu toute crédibilité», Le Temps, 17 septembre 2026).

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en hausse. Tokyo progresse de 1,38% à la cloche, Hong Kong avance de 0,73%, Shanghai prend 0,94%, Séoul grimpe de 2,66% et le Nifty50 grappille 0,25%. Les futures SPX et NDX avancent de 0,3% respectivement 0,6% pendant que l’Europe traite légèrement dans le rouge dans les premiers échanges.

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