Le joyeux royaume des actions se trouve au milieu du gué de ce mois de septembre tant redouté. En l’état cela se passe comme prévu, quasiment tous les principaux indices du globe reculent sur 15 jours. C’est l’Europe qui prend le plus cher pour l’instant, l’indice Stoxx Europe 600 (SXXP) perd 2,32%, le SMI helvétique recule de 2,86% tandis que le S&P500 (SPX) égare 0,86% et que le Nasdaq100 (NDX) se replie de 1,12%. En revanche le SOX (semi-conducteurs) glisse de 3,5%, j’y reviens. Fort étrangement l’indice NYSE Arca Oil gagne 4,21% depuis le premier septembre. On notera par ailleurs que les banques et les assurances sont en hausse. L’histoire le dit et le répète, septembre est un mois tout pourri pour les actions, ce qui ne garantit en rien une performance négative d’ici 15 jours ceci dit.
Force est de constater que rien ou pas grand-chose ne concoure actuellement à rasséréner des taureaux échaudés depuis début août, les indices stagnent voire reculent depuis lors. La poussée de fièvre des rendements obligataires hier et ce matin, accompagnée d’un cours du pétrole qui regarde vers le haut, d’un vilain tacle dans le dos des semi-conducteurs par leurs propres parrains et d’une Fed qui fera très probablement les gros yeux aux colombes demain soir, tout cela constitue de puissants vents contraires pour le marché des actions, qui parvient à limiter la casse hier soir mais on constate des dégâts techniques sur le SOX et le NDX, pendant que le premier nommé prend une belle tatane dans la figure de la part d’investisseurs inquiets des déclarations du patron d’Anthropic du weekend passé plaidant pour un possible ralentissement de l’IA. Le SPX semble aussi fragile techniquement, cela fait trois séances qu’il teste sa moyenne mobile à 50 jours, en parvenant à la défendre. Son podium du jour se compose des services de communication, des biens de consommation de base et de la santé, la tech figurant en queue de peloton. En prenant un peu de recul on constate que le plus grand nombre passe une bonne séance, le breadth est positif et l’indice S&P500 équipondéré (SPW) grappille 0,04% contre un SPX à -0,48%, cela nous indique que la pression vendeuse se concentre sur la tech hier soir et plus précisément sur les semi-conducteurs. On observe en parallèle que certaines valeurs tirent leur épingle du jeu, comme par exemple Alphabet (GOOG +3,06%), Meta (+2,71%%), Microsoft (MSFT +1,97%) ou encore Apple (AAPL +0,24%). Dans le camp des perdants on retrouve Micron Tech, Broadcom, AMD, Taiwan Semi ou encore Nvidia.
Il semble que le débat sur un possible ralentissement de l’IA modifie manifestement déjà la perception des gagnants et des perdants en Bourse. OpenAI et Anthropic semblent favorables à une pause coordonnée dans la course aux modèles les plus avancés, après plusieurs incidents impliquant des agents autonomes. Selon Barron’s, un tel ralentissement réduirait leurs coûts d’entraînement et améliorerait leur rentabilité, tout en permettant à Alphabet, Meta, Microsoft ou SpaceX de combler une partie de leur retard. En revanche, toujours selon l’hebdomadaire toute la chaîne d’infrastructure de l’IA serait sous pression: semi-conducteurs, data centers, énergie, construction et refroidissement. Les fabricants de puces sont déjà en train de rendre du terrain, car moins d’entraînement implique potentiellement moins de GPU et des investissements différés. Les groupes cloud seraient dans une situation plus équilibrée, avec moins de revenus liés à l’entraînement mais aussi moins de capex et un meilleur cash-flow. La principale incertitude reste toutefois la faisabilité d’un ralentissement réellement coordonné sans intervention réglementaire.
Ces craintes autour de l’IA parviennent presque à faire oublier hier la hausse des rendements obligataires et du pétrole, conjointement avec la perspective de plus en plus concrète que la Fed relève son taux directeur de 0,25% demain soir.
Le rendement du Bon du Trésor Américain à 10 ans traite désormais au-dessus de 5%, plus précisément à 5,0310%, son plus haut niveau depuis 2007, tandis que le 2 ans cote 4,68%, signe d’un net durcissement des anticipations de politique monétaire. Ce mouvement s’explique par plusieurs facteurs importants: le discours orthodoxe de Kevin Warsh à Jackson Hole, le rebond des créations d’emplois en août, des indicateurs d’activité toujours solides et une nouvelle hausse marquée des prix du pétrole. Les derniers chiffres d’inflation ne suffisent pas à rassurer complètement, même si l’inflation sous-jacente annualisée sur trois mois revient à 2%. Le marché privilégie désormais très clairement une hausse de 25 points de base de la Fed, avec une probabilité proche de 90%. La forte progression des prix à la production et le renchérissement de l’énergie renforcent la pression sur le FOMC.
En Europe, la BCE a relevé son taux directeur de 2,25% à 2,5% la semaine passée. Cette décision s’explique par la remontée de l’inflation liée au choc énergétique, mais aussi par une activité et un marché du travail qui restent résilients. Les dernières projections de la BCE montrent un environnement toujours inconfortable, avec des risques orientés à la hausse pour l’inflation et à la baisse pour la croissance. Cela reste compatible avec de nouveaux relèvements de taux, mais de façon graduelle. Les marchés obligataires européens subissent eux aussi de fortes tensions, avec un Bund à 10 ans à 3,54%, son plus haut niveau depuis 2009.
Quant au pétrole, le baril de Brent évolue ce matin à 107,60 dollars, depuis le 10 septembre il teste le niveau de 110 dollars, s’il le casse le prochain niveau de résistance se trouve à 120 dollars.
Le dollar profite de la situation, la paire EUR/USD traite ce matin à 1,1537, sa 50 dma est à 1,1533, money time technique ici, si cela casse on regardera ensuite 1,1500 puis plouf vers 1,1400. L’or a grand-peine à tenir le coup face à tout ces vents contraires, l’once recule à 4288 dollars, elle s’approche de niveaux de supports (notamment la 50 jours à 4274 dollars). Le métal jaune a perdu plus de 1% hier, tombant à un plus bas de cinq semaines, alors que la hausse du pétrole ravive les craintes d’inflation et renforce les anticipations de resserrement monétaire. La combinaison d’un dollar plus fort, de rendements obligataires en hausse et d’un pétrole cher crée un environnement défavorable à l’or, qui ne verse aucun rendement. Les flux vers les ETF restent toutefois favorables, avec 77’300 onces achetées lundi et 1,09 million d’onces nettes depuis le début de l’année.
Le franc suisse reste sous pression face au dollar et à l’euro, principalement en raison du différentiel de politique monétaire: la Fed est attendue plus restrictive, la BCE a déjà relevé ses taux et le marché anticipe encore trois à quatre hausses supplémentaires d’ici un an, tandis que le taux directeur de la BNS reste à 0%, ce qui maintient le CHF comme monnaie de financement attractive pour le carry trade. Le marché n’anticipe qu’une à deux hausses de la BNS d’ici juin 2027. En parallèle, l’inflation suisse a accéléré à 0,8% en août contre 0,4% en juillet, ce qui suggère que la faiblesse du franc commence à se transmettre aux prix domestiques, tandis que Martin Schlegel a récemment adopté une communication pouvant laisser entrevoir un ton un peu moins accommodant avant la réunion du 24 septembre. Il n’y a toutefois aucun signe d’intervention massive de la BNS sur le marché des changes. Sur EUR/CHF, la paire traite actuellement à 0,9431 après avoir brièvement atteint 0,9500 hier matin; techniquement, elle a cassé la tendance baissière de l’euro contre le franc amorcée en 2017 et teste désormais sa moyenne mobile à 200 jours, située à 0,9486. En résumé, le biais reste favorable à l’euro à court terme, même si la remontée de l’inflation suisse et un éventuel changement de ton de la BNS pourraient limiter la poursuite de la baisse du franc.
Au programme macroéconomique aujourd’hui, l’attention se portera d’abord à 11h00 sur l’indice ZEW du sentiment économique en Allemagne ainsi que sur la balance commerciale de la zone euro, avant la publication à 14h30 de l’indice manufacturier Empire State aux États-Unis, qui donnera une indication supplémentaire sur la dynamique de l’activité industrielle américaine.
En Europe, l’Allemagne pose ses conditions à UniCredit pour un éventuel rachat de Commerzbank, tandis que Bayer demande à un juge américain d’approuver un accord de 7,25 milliards de dollars sur le dossier Roundup. BP juge constructives les négociations salariales dans sa raffinerie de Whiting, sans impact sur les opérations, et l’armée allemande envisage de commander à Rheinmetall un quatrième navire de renseignement. Novo Nordisk met fin à son partenariat avec Ascendis Pharma dans les maladies métaboliques et cardiovasculaires, tandis que BMW annonce plus de 100'000 commandes en Europe pour son iX3 électrique. Aux États-Unis, Boeing obtient une extension de contrat de 552 millions de dollars avec la Navy et Lockheed Martin remporte un contrat de 1,21 milliard avec l’US Army. En Asie, Toyota vise 8% de part de marché en Europe dans les véhicules utilitaires légers d’ici 2030, tandis que Syngenta dépose une demande d’introduction en Bourse à Hong Kong avec l’objectif de lever 5 milliards de dollars.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en baisse. Tokyo égare 0,01% à la cloche, Hong Kong perd 0,85%, Shanghai recule de 0,56%, Séoul abandonne 0,85% et le Nifty50 se replie de 0,28%. Les futures SPX et NDX sont en recul de 0,3%, l’Europe égare 0,2% dans les premiers échanges, tous les yeux sont rivés sur le 10 ans US, le pétrole et la Fed (demain soir).