Comment utiliser l’ETF actif dans un portefeuille

Emmanuel Garessus

4 minutes de lecture

La prévisibilité de la performance est clé, selon Nick King, de Robeco. Les ETF actifs visent à créer de l’alpa et introduire un mécanisme de contrôle du risque.

 

Le marché des ETF actifs se développe rapidement tant auprès des institutionnels que des particuliers. Robeco fait partie des émetteurs les plus récents dans ce domaine. Nick King, responsable des ETF auprès de Robeco, répond aux questions d’Allnews:

Comment se développe Robeco dans les ETF actifs?

Entré chez Robeco il y a trois ans pour développer la plateforme d’ETF, la première année a été consacrée à la mise en place de la plateforme de support, puis au lancement de nos premiers ETF, en octobre 2024. Nous nous sommes concentrés sur les ETF actifs parce que le segment passif est déjà fourni. C’est une façon intéressante d’apporter notre expertise active aux clients dans un format qui s’ajoute aux fonds de placement.

Combien d’actifs gérez-vous dans ce domaine?

Nous gérons maintenant 2,7 milliards d’euros dans les ETF actifs, ce qui nous place au 10e rang en Europe. Depuis le début de l’année, nous avons récolté 1,1 milliard d’euros, ce qui nous place au 7e rang. Notre part de marché atteint 2%, dont 4% en termes d’afflux de fonds.

D’où vient la croissance?

La croissance est le fruit de différents facteurs et de différentes régions. En 2025, l’essentiel des fonds sont venus des institutionnels, par exemple de compagnies d’assurance et des family offices. En 2026, il s’agit davantage de clients Wholesale, comme les banques privées, les gérants de fortune, les fonds multi-actifs. La raison de ce virage est intéressante. Elle provient des moindres contraintes d’investissement subies par les institutionnels. Nous avons donc d’abord obtenu une taille significative grâce aux institutionnels qui nous a aisé avant d’attirer le Wholesale.

Quelle est la place des ETF actifs dans une allocation de portefeuille?

Le rôle de l’ETF actif est fonction de la stratégie sous-jacente. Est-il tactique ou stratégique? En prenant l’exemple de notre gamme 3D, elle est comprise comme une alternative aux produits passifs et elle cherche à créer une surperformance par notre sélection de titres et notre gestion du risque contrôlée par rapport à l’indice de référence. Nous voulons créer de l’alpha mais tout en appliquant volontairement des contraintes sectorielles et géographiques. Nous voulons que le résultat de la stratégie soit prévisible dans le sens où nous évitions les fortes variations par rapport à l’indice. Cela accroît son attrait dans la construction stratégique du portefeuille.

«Nous gérons maintenant 2,7 milliards d’euros dans les ETF actifs, ce qui nous place au 10e rang en Europe».

D’autres approches, par exemple les produits thématiques, répondent plutôt à des raisons tactiques. Ce n’est pas très différent du rôle des ETF passifs.

Est-ce qu’une marge de 0,3% par pays et 1% par secteur par rapport à l’indice est relevante pour parler d’une gestion active?

Oui, absolument. Les mécanismes de contrôle du risque mis en place constituent une part essentielle de la stratégie. La stratégie qui est mise en œuvre de façon disciplinée et efficiente peut toujours créer un alpha significatif par la sélection de titres, même avec de modestes contraintes en termes de déviation sectorielle et régionale. Au sein des 4 blocs stratégiques, les 4 ont créé un Alpha significatif après les frais depuis leur lancement il y a deux ans. La surperformance la plus forte vient de nos ETF actions mondiales des marchés développés et de nos ETF actions des marchés émergents, qui ont tous deux généré un alpha supérieur à 2% par an après les frais.

Quelle est votre performance dans les ETF actifs?

Nous avons 5 ETF au bénéfice d’un historique d’au moins un an. Quatre de nos cinq ETF actifs présentent une surperformance. Notre processus de sélection de titres fonctionne bien.

Est-ce que le double objectif, l’écart avec l’indice et la recherche d’alpha, est parfois contradictoire?

La recherche d’alpha est l’objectif. L’écart avec l’indice est une caractéristique de la construction de portefeuille et du contrôle du risque.

Les marchés obligataires sont à la peine. Quelle est votre solution à la poursuite de cette tendance?

Au sein des produits à notre disposition, pour le segment Investment Grade (IG), nous offrons une approche «enhancing» afin de refléter les caractéristiques de l’indice en y ajoutant une plus-value.

Nous avons une autre approche dans le High Yield, compte tenu de sa moindre liquidité que l’IG. Nous utilisons les produits dérivés pour y donner accès afin d’accroître ou diminuer l’exposition au marché. Notre Dynamic High Yield ETF comprend deux particularités, l’emploi des CDS plutôt que l’achat des obligations individuelles et la capacité d’avoir une sur ou une sous-exposition au marché.

Quelle est votre approche thématique?

Pour l’heure, nous avons un seul ETF thématique, multi-thématique pour être précis, l’ETF Dynamic Theme Machine. L’approche est innovante et même unique puisqu’elle identifie des thèmes établis et émergents pour y investir et elle procède régulièrement à une rotation de thèmes qui atteignent leur sommet pour investir dans d’autres. A cette fin, nous utilisons le traitement naturel du langage, un segment de l’IA, pour analyser un très grand nombre de documents réglementaires et publics et comprendre les thèmes qui occupent les sociétés. Nous essayons ainsi d’identifier des thèmes avant même qu’ils ne soient bien établis. Cette méthode est déjà largement utilisée pour les produits  thématiques disponibles sur le marché., Mais plutôt que de demander de scruter un thème d’investissement particulier, comme l’intelligence artificielle ou la défense, nous l’utilisons pour identifier de nouveaux concepts évoqués par les entreprises avant même qu’ils ne soient définis comme des thèmes. Nos analyses fondamentales se penchent ensuite sur les résultats générés par ces outils afin d’évaluer quelles idées peuvent constituer de véritables thèmes d’investissement.

Sur quels segments, l’approche active est la plus appropriée au sein des ETF?

L’approche active est particulièrement adaptée aux segments les moins efficients et les moins recherchés dans le marché. Nous avons ainsi lancé un ETF sur les petites capitalisations globales. C’est un bon exemple de la valeur qu’un ETF actif peut apporter.

L’indice MSCI Monde sur les petites capitalisations comprend environ 4000 titres, ce qui représente le triple du nombre de sociétés comprises dans l’indice MSCI Monde. Mais les petites sociétés sont nettement moins couvertes par les analystes. Dans ce segment, nous employons l’IA et des techniques quantitatives sophistiquées pour gérer les énormes quantités de données disponibles.

«L’approche active est particulièrement adaptée aux segments les moins efficients et les moins recherchés dans le marché.»

Nous ne créons pas seulement de la valeur par notre gestion active mais aussi par l’emploi des techniques d’apprentissage machine... La supervision humaine est tout aussi importante. L’équipe d’investissement n’intervient pas dans les résultats produits quotidiennement par le modèle, mais vérifie que les hypothèses structurelles sur lesquelles il repose restent valides. Cet équilibre permet de préserver les atouts de l’investissement systématique - discipline, capacité de déploiement à grande échelle et réduction des biais - tout en assurant sa robustesse lors de périodes de changement structurel.

Comment créez-vous des synergies avec vos fonds de placement traditionnels?

Quand nous cherchons à introduire une nouvelle expertise sur le marché, nous regardons quel format est le mieux adapté à la clientèle visée. Nous souhaitons offrir davantage de choix à nos clients, les ETF venant compléter notre offre de fonds traditionnels et de mandats de gestion. Nous voyons émerger de nouveaux canaux de distribution, aux côtés des canaux plus traditionnels, et certains d’entre eux privilégient la flexibilité et l’accessibilité offertes par les ETF. Un exemple est celui de la «gestion de patrimoine digitale»: des plateformes souvent conçues spécifiquement autour des ETF.

Comment allez-vous à la rencontre de la jeune génération?

Historiquement nous n’avons pas été très actifs sur le segment retail,en nous concentrant sur la distribution institutionnelle et wholesale. Les jeunes investisseurs recourent de plus en plus aux plateformes digitales pour investir, plutôt qu’aux canaux traditionnels. Notre capacité à développer les ETF nous permet de mieux répondre à cette nouvelle demande. Les plateformes digitales s’appuient en effet sur les ETF puisqu’elles donnent accès à un grand nombre de gérants par un processus simple et bien défini.

Cela nous oblige à réfléchir différemment au positionnement de nos produits et à notre marketing. Pour l’instant, notre communication est centrée sur les institutionnels. Elle devra être différente pour  s’adresser aux jeunes générations.

Quelle sera votre stratégie d’ici la fin de l’année?

Notre stratégie est triple. Nous voulons gagner en envergure avec nos ETF et poursuivre notre croissance. Nous lancerons aussi de nouveaux produits, que je ne peux mentionner aujourd’hui. Et nous renforcerons nos canaux de distribution, par exemple sur les plateformes digitales.

Quelle est votre présence en Suisse dans les ETF actifs?

Le marché suisse des ETF est l’un des plus grands en Europe et il fait partie de nos priorités. Notre équipe de distribution est très engagée auprès de nos clients pour bien comprendre leurs besoins, qu’ils soient institutionnels ou Wholesale. C’est un marché clé.

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