Secteur spatial: «Vers l'infini et au-delà!»

Mark Hawtin, Liontrust

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L'engouement suscité par l'IPO de SpaceX nous amène à rapprocher davantage le secteur spatial d’un univers plus fantaisiste à la Toy Story.

Il y a tout juste un an, nous décrivions le secteur spatial comme «l’ultime frontière» en matière d’investissement, en écho au célèbre générique d’introduction de la série Star Trek, une formule qui semble encore plus à propos aujourd’hui. Cependant, l'engouement suscité par l'introduction en bourse de SpaceX, dans un contexte d’investissement déjà en pleine effervescence liée à l’IA, nous amène à rapprocher davantage le secteur spatial d’un univers plus fantaisiste à la Toy Story, et ce sont désormais les mots de Buzz l’Eclair qui nous viennent à l’esprit: «vers l'infini et au-delà!». 

L'année dernière, nous avions présenté un graphique fondé sur les estimations de Morgan Stanley, chiffrant le potentiel de l’économie spatiale à 1000 milliards USD, avec une part d’environ 10% pour le marché des lancements de satellites. Le formulaire S1 déposé par SpaceX a fait exploser ce chiffre. L’entreprise anticipe en effet un marché adressable total (MAT) de 28'500 milliards USD pour l'économie spatiale, résumé en ces termes: «Nous pensons avoir identifié le plus grand MAT exploitable de l'histoire de l'humanité». Cependant, le secteur spatial en tant que tel ne représente même pas 2% de ce MAT, contre pas moins de 93% pour les opportunités liées à l'IA. Pour dire les choses clairement, l’IA ne génère actuellement aucun chiffre d'affaires dans le secteur spatial, et ce MAT de 28'500 milliards USD ne s’assortit d’aucun calendrier. Il convient de faire preuve de réserve face à ces affirmations des plus spéculatives. 

SpaceX a brillamment géré son introduction en bourse fin juin, avec une valeur de marché au prix d'émission de 1750 milliards USD, soit plus de quatre fois son niveau d'il y a un an. Cette valorisation traduit un important décalage entre l'opportunité perçue et les données concrètes disponibles actuellement, à l’image d’un «trou noir d’investissement», dans le cadre duquel la recherche fondamentale serait réduite à néant et les lois habituelles en matière de valorisation (la physique, dans le cas d'un trou noir) ne s’appliqueraient plus. 

Les opportunités offertes par le secteur spatial n’en sont pas moins bien réelles. Nous assistons en effet à une course effrénée à la suprématie spatiale, sur fond de vide juridique. Les accords Artemis de 2020, rédigés par la NASA et le département d’Etat des Etats-Unis, constituent un ensemble non contraignant d'accords et de règles d'engagement dans l’espace. Ils ont depuis été signés par 70 autres pays. La Chine n’en fait toutefois pas partie, ce qui signifie que les Etats-Unis considèrent la conquête spatiale comme une priorité absolue, l’assimilant à une course classique où le gagnant, autrement dit celui qui s’empare de la Lune ou de Mars en premier, rafle la mise. 

Cela s'est traduit par une forte augmentation des marchés publics financés grâce au budget annuel. Selon Stifel, les Etats-Unis devraient consacrer 59,7 milliards USD au secteur spatial en 2027, soit une hausse de 76% par rapport à l’enveloppe de 34 milliards USD prévue en 2026. De plus, des projets tels que le «Golden Dome» offriront d'énormes opportunités de revenus aux entreprises tant du secteur de la défense que du secteur spatial. Par ailleurs, bien que les agences gouvernementales américaines et chinoises restent aux commandes de l’essentiel des dépenses consacrées au secteur spatial, les entreprises commerciales s'imposent de plus en plus comme des partenaires privilégiés. Parallèlement, le cercle des gagnants potentiels ne se limite plus aux entreprises soutenues par des oligarques, telles que SpaceX et Blue Origin, ce qui permet à des sociétés comme Northrop Grumman, Lockheed et la NASA d’externaliser leurs activités de lancement à des prestataires plus commerciaux. Northrop est ainsi devenue un actionnaire direct de Firefly dans le cadre de sa stratégie de diversification. 

Nous pensons qu’Elon Musk sait que «le plus grand danger qui nous menace, c’est nous-mêmes, une peur irrationnelle de l’inconnu, bien que l’inconnu n’existe pas: il n’y a que des choses qui échappent temporairement à notre compréhension, qui attendent d’être découvertes», pour reprendre les mots de James Kirk, capitaine de l’USS Enterprise dans la série Star Trek. Pour Elon Musk, aucun problème n’est sans solution et aucun marché n’est trop grand pour être conquis ou bouleversé, et l’on ne peut que s’émerveiller devant ce que la vision d’un seul homme est en mesure d’accomplir. Nous estimons cela dit que l'engouement général a faussé la réalité à court terme en ce qui concerne la valorisation de SpaceX et qu'il existe des alternatives offrant un meilleur rapport risque/rendement. Il ne fait toutefois aucun doute que nous sommes d’ores et déjà résolument engagés sur la voie de la compréhension de l'espace, qui se mesure, cela s’entend, en années-lumière.

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