L'appétit des investisseurs pour le crédit privé n'a pas baissé, au contraire

Yves Hulmann

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Chez les clients de Janus Henderson Investors qui investissaient déjà dans les marchés privés, la demande reste inchangée, souligne Sven Weideborg, Responsable de la Suisse romande.

 

Finalisée en juin, la reprise de Janus Henderson Investors par un groupe d'investisseurs regroupé autour de Trian Fund Management et General Catalyst est vue comme un changement positif et qui s'inscrit dans la continuité des activités du gérant d'actifs, estime Sven Weideborg, Director, Client Group Switzerland. Il fait le point sur la demande pour les marchés privés et souligne aussi les atouts d'une plus grande diversification obtenue en investissant dans des produits basés sur des actifs titrisés tels que les CLO, les ABS ou MBS qui permettent de générer un rendement additionnel par rapport aux obligations sans risque. Entretien.

Quels ont été les récents développements de Janus Henderson Investors (JHI) sur le marché suisse au cours de ces dernières années?

Janus Henderson Investors est déjà présent sur le marché suisse depuis une quinzaine d'années et, historiquement, a mis l'accent en Suisse sur les segments de la banque privée et des gestionnaires de fortune indépendants.

Au cours des deux dernières années, Janus Henderson Investors a développé davantage la partie institutionnelle. Un conseiller à la clientèle a d'ailleurs été engagé spécialement pour développer les relations avec les caisses de pension, les fondations, les assurances ou encore les single family offices.

«Actuellement, Janus Henderson Investors dispose d'une équipe de 7 personnes qui sont entièrement dédiées à la Suisse et au Liechtenstein.»

Actuellement, Janus Henderson Investors dispose d'une équipe de 7 personnes qui sont entièrement dédiées à la Suisse et au Liechtenstein. Nous avons donc à la fois en raison de l'histoire des deux sociétés qui ont constitué Janus Henderson et de par notre développement récent la volonté d'être proche du marché suisse.

En termes de produits, Janus Henderson Investors propose une large palette qui inclut aussi bien les actions, les obligations que des solutions alternatives. Historiquement, nous étions plus présents sur le segment des actions mais nous avons aussi constamment étoffé notre offre dans les solutions alternatives et les hedge funds, les obligations ainsi que les marchés privés, notamment en achetant une part majoritaire dans Victory Park Capital Advisors.

En plus de la partie obligataire, Janus Henderson Investors propose aussi une vaste offre de produits basés sur des actifs titrisés tels que les CLO. Quels sont les avantages de recourir à ces instruments en matière d'allocation d'actifs?

Dans le domaine obligataire, beaucoup d'investisseurs sont à la recherche de placements d'une durée relativement courte mais qui permettent aussi de générer un rendement additionnel par rapport au fait de simplement laisser de l'argent en cash sur un compte.

S'agissant des titres de créance adossés à des prêts, Janus Henderson dispose déjà d'une offre largement développée de CLO (Collateralized Loan Obligation) sur le marché américain. Une partie de cette offre a été transposée au format UCITS pour le marché européen. Il s'agit notamment de deux ETF actifs investis dans des CLO dotés d'une notation «AAA». Ce sont donc des instruments basés sur des actifs sous-jacents très sûrs mais qui permettent aussi de générer un rendement supplémentaire.

Par ailleurs, nous proposons également des Mortage Backed Securities (MBS) pour les investisseurs européens. Ces produits basés sur des créances hypothécaires aux Etats-Unis permettent de générer un rendement supplémentaire de l'ordre de 80 à 110 points de base en allongeant quelque peu la duration. Il faut rappeler que les MBS sont le deuxième marché le plus important aux Etats-Unis, après les emprunts d'Etat américains. Ces produits reposent sur un marché diversifié et qui apporte lui-même un élément de diversification intéressant pour la partie obligataire.

En combinaison avec d'autres placements obligataires plus classiques, incluant aussi bien des obligations high yield que IG ou encore des bons du Trésor, le fait d'ajouter des investissements dans instruments tels que les CLO ou les Asset-backed Securities (ABS) permet d'obtenir des portefeuilles largement diversifiés qui génèrent des revenus issus de différents types de produits, une approche appelée Multi-Sector Income en anglais. L'idée est de parvenir à stabiliser le niveau de revenus en générant des rendements à la fois réguliers et supérieurs aux obligations sans risque.

Le retour aux taux d'intérêt zéro en Suisse l'an dernier renforce-t-il la demande pour ces instruments chez les investisseurs helvétiques?

L'idée de pouvoir obtenir des rendements un peu plus élevés en prenant très peu de risques supplémentaire est certainement un sujet de préoccupation actuellement. En tant qu'investisseur, tout est toujours question de l'horizon de temps que l'on a à disposition pour investir. Si vous avez de l'argent disponible pour seulement 1, 2 ou 3 mois, autant le laisser en cash car il est difficile d'obtenir un rendement supplémentaire pour une si courte période. En revanche, si vous avez un an devant vous, il peut valoir la peine de placer cet argent dans des produits à duration relativement courte mais qui génèrent néanmoins un rendement un peu plus élevé. Le fait d'apporter un rendement supplémentaire combiné à un élément de diversification dans la partie obligataire est une offre intéressante pour les investisseurs basés en Suisse.

«Avec l'approche Multi-Sector Income, l'idée est de parvenir à stabiliser le niveau de revenus en générant des rendements à la fois réguliers et supérieurs aux obligations sans risque.»

Concernant l'offre liée aux marchés privés, quelles sont les solutions proposées par Janus Henderson Investors dans ce domaine?

Nous proposons différentes solutions dans le domaine du private equity et de la dette privée, notamment via Victory Park Capital, notre société spécialisée dans les titres de dette adossés à des actifs réels (asset-backed lending).

Janus Henderson a aussi acquis récemment la société allemande Rantum Capital, spécialisée dans les solutions de financement pour les entreprises de moyenne taille (Mittelstand) en Allemagne, Autriche et Suisse.

Depuis l'automne dernier, il y a eu de nombreuses critiques au sujet des marchés privés, notamment en lien avec le secteur des logiciels et suite à la suspension de remboursements par certains fonds d'investissement. Est-ce que cela a affecté l'intérêt des investisseurs pour les marchés privés chez Janus Henderson Investors?

Globalement, il y a toujours des investisseurs qui cherchent à diversifier leurs placements dans les marchés privés. La question fondamentale qu'il faut se poser au départ est toujours la même: est-ce que les placements dans les marchés ont leur place dans mon portefeuille? Chez nos clients qui investissaient déjà dans les marchés privés, la demande n'a pas baissé.

Ce qui a changé néanmoins, c'est qu'il y a une plus grande attention portée au contenu des placements dans les marchés privés - davantage de «scrutinity» comme on le formule parfois en anglais. Les investisseurs posent davantage de questions, ils sont plus précautionneux et, en réponse, nous devons faire davantage de formation à ce sujet, et c'est normal. En revanche, l'appétit des investisseurs pour le crédit privé n'a, lui, pas baissé - au contraire.  

Y a-t-il une différence entre les marchés privés aux Etats-Unis et en Europe?

Aux Etats-Unis, beaucoup d'attention a été portée à la dette qui a servi à financer des éditeurs de logiciels dont le modèle d'affaires a été, pour certains d'entre eux, remis en question par les solutions fournies par les acteurs de l'intelligence artificielle.

En Europe, les investissements dans les marchés privés sont traditionnellement beaucoup plus diversifiés. La question de la concentration autour de certains thèmes spécifiques était moins importante. En outre, en tant que gérant actif, nous avons le choix de mettre plus d'argent dans un secteur donné ou un autre. C'est pareil qu'avec les actions.

«Le secteur life science était plutôt vu auparavant comme une possibilité de diversification défensive. Désormais, la santé est vu comme une possibilité de diversification offensive.»

Dans les marchés privés, vous avez par exemple la possibilité d'investir dans des infrastructures traditionnelles telles que des ponts ou des autoroutes ou alors vous pouvez miser sur les data centers, par exemple. Chez Janus Henderson, nous sommes un gérant actif - notre travail consiste à identifier les futurs gagnants dans différents secteurs d'activité, de distinguer entre les «have» et les «have not». Qu'il s'agisse d'actifs cotés ou non cotés, ce travail de sélection est le même.

Alors que la saison de la publication des résultats au 2ème trimestre bat son plein, diriez-vous que les investisseurs sont plutôt enclins envers le risque ou qu'ils privilégient davantage la sécurité?

Il est difficile de répondre de manière catégorique à cette question. J'observe qu'il y a une recherche de diversification hors de la thématique dominante de ces dernières années articulée autour de la Tech, des Magn 7 ou de l'AI, pour s'orienter davantage vers des placements tels que les marchés privés ou les placements alternatifs, comme les stratégies long/short par exemple.

La Tech ne fait donc plus autant rêver qu'auparavant?

Au sein des marchés des actions, on peut pas dire que le thème de la Tech est mort - loin de là. Simplement, il y a un besoin pour plus de gestion active, pour un travail de sélection plus approfondi.

En outre, on observe aussi que d'autres thèmes, parfois un peu délaissés par les investisseurs ces dernières années, reviennent sur le devant de la scène. En ce qui concerne le domaine de la santé, le secteur des sciences de la vie était plutôt vu auparavant comme une possibilité de diversification défensive. Désormais, la santé est vu comme une possibilité de diversification offensive. Les investisseurs s'intéressent à nouveau davantage à des actions liées au secteur de la biotech ou de la medtech - ils sont surtout à la recherche de l'innovation, par exemple en lien avec le traitement du cancer, de la maladie d'Alzheimer. Même si ce n'est pas de la Tech ou de l'IA, le secteur de la santé, c'est aussi de l'innovation et celle-ci tend à s'accélérer dans ce domaine.

Finalisée en juin, la reprise de Janus Henderson Investors par un groupe d'investisseurs privés autour de Trian et de General Catalyst a-t-elle une influence sur le modèle d'affaires et l'orientation future de la société?

C'est un changement positif mais qui s'inscrit dans la continuité. Cette transaction permettra d'accélérer à la fois la croissance et l'innovation, aussi grâce à l'usage des possibilités offertes par l'IA. L'IA peut contribuer à une meilleure construction de portefeuille, à un meilleur reporting, ce qui permet aussi de libérer des ressources pour d'autres tâches. Cela profite à la fois à notre société mais aussi à ses clients. En tout, si l'on inclut la clientèle institutionnelle, nos activités concernent près de 75 millions de personnes à travers le monde. 

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