Les indices actions américains continuent d’évoluer à proximité de leurs sommets historiques, et les investisseurs s’interrogent de plus en plus sur la capacité des bénéfices des entreprises à justifier les valorisations actuelles. La prochaine saison des résultats constituera un test déterminant pour évaluer si l’optimisme entourant l’intelligence artificielle, la résilience de la consommation et la vigueur des investissements des entreprises peut continuer à soutenir les marchés actions au second semestre.
Les attentes sont particulièrement élevées. Les bénéfices des sociétés du S&P 500 devraient progresser de 23,6% sur un an au deuxième trimestre, marquant un deuxième trimestre consécutif avec une croissance supérieure à 20% et un septième trimestre d’affilée de progression à deux chiffres des profits. Fait notable, les analystes sont devenus plus optimistes au fil du trimestre: les estimations de bénéfices ont été relevées de 3,4% entre mars et juin. Historiquement, les prévisions ont plutôt tendance à être révisées à la baisse à l’approche des publications, généralement de l’ordre de 2 à 3% sur l’ensemble d’un trimestre.
Cette dynamique bénéficiaire repose toutefois sur un nombre limité de secteurs. Le secteur de l’énergie devrait afficher une croissance des bénéfices de 122,9%, soutenue par des prix du pétrole qui ont été en moyenne environ 45% plus élevés qu’un an auparavant. Vient ensuite la technologie de l’information, dont les bénéfices devraient progresser de 63,3%, grâce à la poursuite des investissements dans l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs et le cloud computing. Le secteur des matériaux devrait constituer le troisième principal moteur de croissance, avec une hausse attendue des bénéfices de 35,3%, portée notamment par la chimie (+45%) et les métaux et mines (+43%). Les activités liées à l’emballage ainsi qu’aux matériaux de construction devraient également contribuer positivement. Sur le plan du chiffre d’affaires, la dynamique reste tout aussi impressionnante: les revenus du S&P 500 sont attendus en hausse de 12,3% sur un an, ce qui représenterait la plus forte croissance depuis 2022. Dans ce contexte, les investisseurs surveilleront également de près la rentabilité, la marge nette du S&P 500 devant atteindre 14,2% au deuxième trimestre, l’un des niveaux les plus élevés observés ces dernières années.
L’attention des investisseurs s’intensifiera au cours des deuxième et troisième semaines de la saison.
Cette saison des résultats, de bons résultats pourraient toutefois ne pas suffire. Le S&P 500 se négocie actuellement sur la base d’un ratio cours/bénéfices prévisionnel de 20,5 fois, supérieur à ses moyennes sur cinq et dix ans, ce qui laisse peu de place aux déceptions en cas de publications ou de perspectives inférieures aux attentes. Pour prolonger le rallye boursier au second semestre, les entreprises devront dans l’ensemble atteindre, voire dépasser, le niveau d’exigence élevé fixé par le marché. L’histoire montre que cela reste possible. Au cours des dix dernières années, les sociétés du S&P 500 ont dépassé les estimations de bénéfices de 7,4% en moyenne, et près de 75% d’entre elles ont publié des résultats supérieurs aux attentes. Si cette tendance se maintient, la croissance agrégée des bénéfices du deuxième trimestre pourrait finalement approcher les 30%, bien au-dessus du consensus actuel de 23,6%. Les premiers signaux sont d’ailleurs encourageants: parmi les premières entreprises ayant publié leurs résultats, 89% ont dépassé les attentes, et les bénéfices agrégés se situent nettement au-dessus des prévisions, ce qui suggère que les entreprises américaines sont en bonne voie pour enregistrer un nouveau trimestre exceptionnel.
Les rachats d’actions demeurent également un puissant soutien pour les actions américaines. Les sociétés technologiques dominent largement cette tendance et représentent environ 45% des programmes de rachats du S&P 500 en 2026. Leur capacité exceptionnelle à générer des flux de trésorerie se reflète dans l’ampleur des rachats réalisés au cours de la dernière décennie: Apple a ainsi racheté environ 755 milliards de dollars de ses propres actions, devant Alphabet (342 milliards), Meta (230 milliards) et Microsoft (plus de 200 milliards). Les établissements financiers augmentent eux aussi les retours aux actionnaires. A la suite des derniers tests de résistance de la Réserve fédérale, JPMorgan a annoncé un nouveau programme de rachat d’actions de 50 milliards de dollars accompagné d’une hausse de 10% de son dividende. Goldman Sachs et Wells Fargo ont relevé leurs dividendes de 11%, tandis que Morgan Stanley a augmenté le sien de 15% tout en autorisant un nouveau programme de rachat de 20 milliards de dollars. JPMorgan demeure ainsi le plus important acheteur d’actions parmi les sociétés non technologiques du S&P 500, avec plus de 150 milliards de dollars de rachats cumulés sur les dix dernières années.
La Réserve fédérale reste néanmoins le principal risque externe à l’approche de cette saison des résultats. La solidité de la croissance économique, les pressions inflationnistes persistantes et la hausse des prix du pétrole ont renforcé le scénario d’une politique monétaire durablement restrictive. Les données d’inflation publiées en juin ont confirmé que les tensions sur les prix demeurent élevées, tandis que la nomination de Kevin Warsh, considéré comme plus ferme à l’égard de l’inflation que Jerome Powell, a renforcé les anticipations d’un maintien prolongé de taux d’intérêt élevés. Un tel environnement a des implications importantes pour les marchés actions: des taux plus élevés augmentent les coûts d’emprunt des entreprises, pèsent sur les multiples de valorisation et renchérissent le coût du financement pour les ménages. Les secteurs de croissance, et en particulier la technologie, restent particulièrement sensibles à l’évolution des anticipations de taux, une part importante de leur valorisation reposant sur des flux de trésorerie futurs dont la valeur diminue lorsque les taux d’actualisation augmentent. Alors que la performance des marchés dépend de plus en plus d’un petit nombre de grandes sociétés technologiques, toute réévaluation supplémentaire des perspectives de taux pourrait avoir un impact disproportionné sur les principaux indices.
Cette sensibilité aux taux est d’autant plus importante que la croissance des bénéfices est devenue fortement concentrée au sein d’un groupe restreint d’entreprises technologiques. Historiquement, la progression des profits était davantage répartie entre différents secteurs tels que la finance, la santé, l’industrie ou les biens de consommation. Aujourd’hui, le profil bénéficiaire du marché est largement dominé par les «Magnificent 7», Alphabet, Microsoft, Meta Platforms, Apple, Amazon, Nvidia et Tesla, qui représentent ensemble environ 35% de la capitalisation du S&P 500 et auraient généré entre 40% et 50% de la croissance des bénéfices de l’indice au cours de l’année écoulée. Les analystes continuent de prévoir une croissance des bénéfices comprise entre 20% et 30% pour la plupart de ces géants technologiques, contre seulement 2% à 8% pour la majorité des autres sociétés composant l’indice.
La première vague de publications du deuxième trimestre 2026 s’est révélée encourageante. Goldman Sachs a enregistré une surprise bénéficiaire de 44,8%, suivi par JPMorgan (+34,4%), Morgan Stanley (+18,3%), Wells Fargo (+17,0%), Citigroup (+15,1%), M&T Bank (+14,8%) et Bank of America (+7,3%). L’étendue de ces résultats, couvrant aussi bien les banques commerciales que les banques d’investissement, la gestion de fortune et les établissements régionaux, suggère une amélioration généralisée des fondamentaux du secteur plutôt que des performances isolées propres à certaines entreprises.
L’attention des investisseurs s’intensifiera au cours des deuxième et troisième semaines de la saison, avec un point culminant entre le 22 et le 30 juillet, période durant laquelle Alphabet, Microsoft, Meta Platforms, Apple et Amazon publieront leurs résultats dans un calendrier particulièrement concentré. Ces publications interviendront immédiatement après la décision de politique monétaire de la Réserve fédérale du 29 juillet, augmentant le risque de volatilité alors que les investisseurs réévalueront simultanément les perspectives bénéficiaires et l’environnement de taux d’intérêt. A mesure que la saison progressera en août, les flux d’investissement devraient se diriger vers des secteurs plus défensifs tels que la santé, l’énergie et la distribution, avec notamment une attention particulière portée à des groupes comme Walmart afin d’évaluer la résilience de la consommation. La saison se conclura fin août avec la publication très attendue de Nvidia, dont les perspectives relatives à la demande pour les puces Blackwell de nouvelle génération constitueront un test majeur pour l’ensemble de l’écosystème de l’intelligence artificielle.