Le bruit médiatique est un mauvais conseiller

Carlos Mejia, Rothschild & Co Bank

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Le principal risque pour les investisseurs ne provient souvent pas des marchés, mais de leur propre réaction face à l’actualité.

 

Conflits géopolitiques, décisions des banques centrales ou avancées technologiques: aujourd’hui, l’information fait le tour du monde en quelques secondes. Les médias financiers, les réseaux sociaux et les commentateurs de marché entretiennent en permanence l’idée que chaque nouvelle exige une réaction immédiate. À mes yeux, c’est une illusion dangereuse.

Jamais les investisseurs n’ont eu accès à une telle quantité d’informations. Pourtant, il n’a probablement jamais été aussi difficile de prendre les bonnes décisions. Car davantage d’informations ne signifie pas nécessairement davantage de connaissances. Bien souvent, c’est même l’inverse: elles produisent du bruit. Et le bruit est l’un des principaux ennemis d’une gestion de patrimoine performante.

Les dernières années en offrent une parfaite illustration. La pandémie, le retour de l’inflation, le choc des taux d’intérêt et les tensions géopolitiques ont conduit nombre d’observateurs à prédire une crise économique durable. Or, l’économie mondiale a démontré une résilience remarquable. Les entreprises se sont adaptées plus rapidement que prévu et les marchés du travail sont restés solides. Ceux qui ont réagi à chaque crise ont souvent manqué le rebond des marchés.

Les risques n’ont évidemment pas disparu. Je suis convaincu que l’inflation restera durablement plus élevée qu’au cours de la décennie précédant la pandémie. La démondialisation, les tensions géopolitiques et les pénuries de main-d’œuvre liées aux évolutions démographiques devraient continuer d’exercer une pression sur les prix. Plus que jamais, cette nouvelle réalité exige moins de prévisions à court terme et davantage de réflexion stratégique.

Les gros titres ne sont pas des prévisions

La manière dont les crises géopolitiques sont commentées me paraît particulièrement révélatrice. Chaque nouvelle escalade est presque automatiquement présentée comme le prélude à un krach boursier. Cette dramatisation attire l’attention, mais elle explique rarement le comportement des marchés.

À long terme, ce sont les bénéfices des entreprises, la productivité, l’innovation, les taux d’intérêt et les conditions de liquidité qui déterminent l’évolution des marchés financiers. L’histoire montre que même les événements géopolitiques les plus graves n’ont généralement provoqué que des corrections temporaires. Les marchés évaluent avant tout les perspectives économiques, pas les émotions suscitées par l’actualité.

On retrouve le même phénomène avec l’intelligence artificielle. Je suis convaincu que l’IA transformera profondément notre économie. En revanche, nombre d’investisseurs surestiment encore ses effets à court terme. Les deux constats peuvent parfaitement coexister. Le prospectiviste Roy Amara l’avait résumé avec justesse: nous avons tendance à surestimer l’impact des nouvelles technologies à court terme et à sous-estimer leur importance à long terme. Cette observation s’applique pleinement à l’intelligence artificielle.

Le débat récurrent sur les actions prétendument surévaluées me semble tout aussi réducteur. Oui, les actions américaines affichent aujourd’hui des valorisations historiquement élevées. Plus personne ne l’ignore. Mais une valorisation élevée n’a jamais constitué, à elle seule, un signal de vente. Elle renseigne sur les rendements potentiels à long terme, non sur la date de la prochaine correction. Croire qu’il est possible d’anticiper les marchés à partir des seuls multiples de valorisation revient souvent à surestimer ses propres capacités. C’est pourquoi je considère que la diversification demeure bien plus pertinente que n’importe quelle tentative de «market timing».

La diversification reste le meilleur facteur de stabilité

Après des années de taux d’intérêt proches de zéro, les obligations retrouvent enfin leur rôle d’ancrage de stabilité dans les portefeuilles. L’or conserve également toute sa pertinence comme instrument de diversification dans un environnement géopolitique incertain. Quant aux actions, elles demeurent incontournables pour les investisseurs qui souhaitent bénéficier, sur le long terme, des gains de productivité, de l’innovation et de la création de valeur des entreprises. Cette approche peut sembler peu spectaculaire, mais c’est précisément ce qui fait sa force.

Les meilleures performances ne résultent pas d’un conseil providentiel ou d’un pari opportun. Elles sont le fruit de la patience, de la discipline et d’un horizon d’investissement suffisamment long.

Après de nombreuses années passées sur les marchés financiers, j’en ai tiré une conviction simple: les investisseurs accordent trop d’importance au prochain gros titre et pas assez à la prochaine décennie.

Construire un patrimoine ne nécessite pas un flux d’informations toujours plus rapide. Cela exige avant tout un jugement solide et une stratégie cohérente. Tous les gros titres ne constituent pas une opportunité d’investissement. Et, bien souvent, la meilleure décision consiste tout simplement… à ne rien faire.

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