Kevin Warsh ou le pari d’une Fed toujours crédible et indépendante?

Adrien Dumas, Mandarine Gestion

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La première séquence de Kevin Warsh dessine une Fed plus sobre, plus disciplinée et plus crédible.

 

Kevin Warsh était attendu avant même sa première réunion à la tête de la Réserve fédérale. Choix assumé de D. Trump, il arrive avec un profil singulier: ancien gouverneur de la Fed, connaisseur des rouages institutionnels, mais aussi critique de longue date des excès de la politique monétaire post-crise financière. Sa première intervention a surtout posé les bases d’un changement de méthode: assoir la crédibilité de la Fed en la rendant moins bavarde, plus analytique et plus attentive aux vrais signaux économiques.

Aujourd’hui l’économie américaine reste solide: croissance, emploi, productivité et richesse par habitant demeurent bien orientés. Le marché du travail, qui avait justifié la prudence de J. Powell au nom du double mandat de la Fed, donne de nouveau des signes de vigueur. Dans ce contexte, l’argument de l’emploi pèse moins lourd et le débat se recentre naturellement sur l’inflation.

Une autre lecture de l’inflation

Or celle-ci est redevenue préoccupante. Le choc énergétique lié aux tensions géopolitiques a poussé l’inflation au-dessus de 3%, loin de l’objectif de 2%. Mais ce choc ne fait qu’accélérer une tendance: consommation robuste, hausses persistantes dans les services de santé et d’assurance, tensions possibles sur certaines composantes de prix. Pour Warsh, la question n’est donc pas de nier le risque inflationniste, mais d’en identifier la nature. S’agit-il d’un choc temporaire d’offre, sur lequel la politique monétaire a peu de prise, ou d’un véritable mécanisme inflationniste alimenté par la demande, le crédit et les salaires?

C’est ici que Warsh cherche à redonner de la crédibilité à la Fed. Il réaffirme fermement la cible de 2% et la priorité donnée à la stabilité des prix, mais refuse une réaction mécanique à chaque mauvais chiffre. Il veut distinguer le bruit statistique de la tendance durable, regarder les ordres de grandeur plutôt que les décimales et s’appuyer sur les données de fond plutôt que sur quelques points isolés d’une courbe. Cette posture évite deux écueils : apparaître complaisant face à l’inflation ou relever les taux trop vite face à un choc que la politique monétaire ne peut pas corriger.

De nouveaux outils pour mieux lire l’économie

La crédibilité de la nouvelle Fed passe aussi par une modernisation de ses outils d’analyse. Warsh critique implicitement une institution trop dépendante de données retardées ou de sondages dont la fiabilité s’érode. Il veut intégrer davantage de données en temps réel, déjà utilisées par les entreprises pour ajuster prix, stocks, recrutements et investissements. L’objectif est de rendre la Fed plus réactive, mais pas plus impulsive: mieux capter le signal économique sans se laisser entraîner par la volatilité de court terme.

Dans cette logique, l’intérêt porté à la «trimmed mean inflation» de la Fed de Dallas est significatif. Cet indicateur écarte les variations de prix les plus extrêmes afin d’isoler une inflation sous-jacente plus stable. Son niveau récent, autour de 2,3% annualisé, ne plaide pas pour une panique monétaire. Il donne au contraire un argument au statu quo, tout en montrant que la Fed surveille des mesures plus fines que l’inflation globale. Warsh ne renonce donc pas à l’orthodoxie; il cherche à la rendre plus intelligente.

L’enjeu du marché obligataire

L’autre grand axe de son mandat pourrait être le marché obligataire. Il semble vouloir accorder davantage d’importance à la courbe des taux, aux conditions de liquidité et au fonctionnement du marché de la dette publique américaine. Depuis 2008, la Fed n’est plus seulement une banque centrale fixant les taux courts; elle est devenue un acteur massif des marchés obligataires. Son bilan reste très supérieur à son niveau d’avant-crise, ce qui entretient des interrogations sur son rôle, sa neutralité et sa capacité à normaliser sa politique.

Fidèle à ses positions anciennes, Warsh plaide pour une gestion plus active et plus restrictive du bilan de la Fed, tout en surveillant les réserves bancaires et les risques de stress de liquidité. C’est un message d’orthodoxie, mais aussi un exercice délicat: une baisse trop rapide du bilan pourrait pousser les taux longs à la hausse et perturber le financement du Trésor américain. La normalisation doit donc être crédible, mais graduelle et lisible.

Une parole plus sobre

Enfin, Warsh veut restaurer l’autorité de la Fed par une communication plus sobre. Après des années où les marchés ont été guidés, préparés et accompagnés par la Fed, cette approche marque une rupture. Elle peut créer plus de volatilité à court terme, mais elle vise à réduire la dépendance des investisseurs à la parole de la banque centrale. Pour Warsh, une Fed crédible c’est une Fed dont la parole est rare, cohérente et respectée.

Le pari n’est pas sans risque. Les marchés devront s’adapter à moins de visibilité explicite. La réduction du bilan peut provoquer des tensions sur les taux longs. Et la Fed devra rester indépendante face à une administration Trump. Mais les premiers signaux sont clairs: Warsh veut restaurer une Fed plus disciplinée, moins prisonnière de ses anciens modèles et moins dépendante de sa propre communication.

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