«Stranded assets» sont les propriétés qui perdent de la valeur économique en raison des risques climatiques, des changements réglementaires et de la transition du marché vers une économie bas-carbone. Les propriétaires immobiliers doivent faire face à deux catégories de risques: les risques de transition générés par le renforcement de la réglementation, et les risques physiques liés aux événements météorologiques extrêmes et à la rareté des ressources, lesquels menacent directement la valorisation de la propriété immobilière ainsi que sa viabilité opérationnelle.
Renforcement de la réglementation sur les émissions de carbone impactant le secteur immobilier
La Suisse s’est fixé des objectifs nationaux de décarbonation. Pour le secteur du bâtiment spécifiquement, l’objectif est de réaliser une réduction de 66% (par rapport à la ligne de base de 1990) et que le secteur atteigne la neutralité carbone d’ici 2025. Au niveau de l’Union Européenne, la pression réglementaire s’intensifie également. Un objectif de 49% d’énergie renouvelable a été fixé pour les bâtiments d’ici 2030, et un mécanisme de tarification du carbone pour les émissions de CO₂ issues de l’usage de combustibles fossiles dans les bâtiments devrait entrer en vigueur à partir de 2028. Les mesures de l’UE incluent des pénalités pour les propriétaires immobiliers qui émettent le plus, avec un impact financier direct en cas de non-conformité.
Risques physiques et de transition exposant les valeurs immobilières
Les propriétés situées dans des vallées inondables et des régions montagneuses exposées aux glissements de terrain, ainsi que les bâtiments présentant une faible efficacité énergétique, sont exposés à des risques matériels de dépréciation. Les stations de ski alpines pourraient être contraintes de fermer en raison d’une couverture neigeuse insuffisante, tandis que les propriétés littorales risquent l’obsolescence due à l’érosion côtière et à la montée du niveau des mers. De surcroît, les risques de transition aggravent ces défis pour les investisseurs dans l’immobilier à forte intensité carbone, qui feront probablement face à une diminution de la demande pour les propriétés présentant des émissions opérationnelles élevées.
Stratégies d’atténuation pour les «Stranded assets»
Pour atténuer efficacement ces risques, les sociétés immobilières doivent intégrer les enjeux climatiques dans leur planification stratégique et opérationnelle. Cette intégration peut être réalisée en évaluant la vulnérabilité des actifs et des propriétés aux changements réglementaires, technologiques et aux changements dans les habitudes du marché, ainsi qu’en tenant compte des risques accrus liés aux investissements dans les actifs à forte intensité carbone, et finalement en accordant une attention particulière aux alternatives durables dans les décisions d’investissement. L’analyse de scénarios et les tests de résistance sous différentes conditions de politiques climatiques permettent d’identifier les vulnérabilités. La communication transparente sur les risques climatiques et les plans de transition renforce la confiance des investisseurs. En alignant leurs modèles commerciaux sur les objectifs contraignants de la Suisse et sur l’évolution de la réglementation, les sociétés immobilières réduisent le risque de «Stranded assets» et renforcent leur position concurrentielle.
* Article paru sur le site du Swiss Sustainable Real Estate Index (SSREI)