La Banque nationale suisse (BNS) a maintenu jeudi son taux directeur à zéro pour la quatrième fois d’affilée, malgré une légère accélération de l’inflation en raison de la guerre au Moyen-Orient. Le franc reste cependant sous surveillance, l’institut d’émission se disant «davantage disposée» à lutter contre son appréciation.
Sans surprise, la BNS a conservé son taux directeur à 0,0%, niveau où il se situe depuis juin 2025.
La banque centrale suisse s’est ainsi rangée du côté de la Réserve fédérale américaine (Fed), qui a également maintenu la veille ses taux directeurs inchangés, alors que la Banque centrale européenne (BCE) avait décidé la semaine dernière de les relever de 25 points de base pour faire face à l’accélération de l’inflation en zone euro.
La totalité des économistes interrogés par l’agence AWP avaient anticipé cette décision face à une inflation qui a certes accéléré à 0,6% sur un an en mai, mais qui reste largement dans les clous de la stabilité des prix, soit une évolution entre 0% et 2%, défendue par la banque centrale helvétique.
La hausse de l’inflation «s’explique essentiellement par le renchérissement des produits pétroliers, la contribution des autres biens et des services ayant été négligeable», a ainsi souligné la BNS, suggérant que cette accélération ne pourrait être que passagère.
Avec la signature la veille du protocole d’accord entre Washington et Téhéran devant mettre fin au conflit au Moyen-Orient, les prix de l’or noir ont d’ailleurs nettement reflué. Le Brent baissait ainsi jeudi matin de 2,4% à 77,63 dollars et le WTI de 2,9% à 74,59 dollars.
Face à l’instabilité au Moyen-Orient, la BNS a néanmoins relevé ses prévisions d’inflation. Cette année et en 2027, elle devrait atteindre 0,6%, davantage que la progression de 0,5% attendue jusqu’ici. Pour 2028, la BNS table désormais sur 0,7%, contre une prévision de 0,6% précédemment.
Les répercussions de la hausse des prix de l’énergie mettront quelques mois avant de s’atténuer. Le renchérissement «devrait continuer de peser sur le pouvoir d’achat des ménages et se traduire à court terme par une croissance de l’économie mondiale plus modérée qu’aux trimestres précédents», a souligné Antoine Martin, membre du directoire de la BNS. Un redressement est attendu à moyen terme.
M. Martin a cependant insisté sur les fortes incertitudes entourant le scénario de base de la banque centrale concernant l’économie mondiale, en raison de la fragilité de la situation au Moyen-Orient et des tensions commerciales.
L’économie helvétique s’est montrée résiliente face au gros temps, enregistrant une «solide progression» au premier trimestre, a pour sa part rappelé la banquière centrale Petra Tschudin. «Pour les trimestres à venir, le léger ralentissement de la dynamique mondiale devrait freiner la croissance en Suisse, qui sera cependant soutenue par notre politique monétaire», selon elle. Les prévisions de croissance du PIB sont maintenues à environ 1% pour 2026 et quelque 1,5% pour 2027.
Mme Tschudin n’exclut cependant pas un regain de pression sur le franc lié à la situation au Moyen-Orient et à la politique commerciale des Etats-Unis.
Le franc en position favorable
Même si l’écart de taux entre la BNS et la BCE soutient l’euro, les banquiers centraux helvétiques restent sur le qui-vive. «Au besoin, la Banque nationale est davantage disposée à intervenir sur le marché des changes afin de contrer une appréciation rapide et excessive du franc, qui menacerait la stabilité des prix en Suisse», a-t-elle souligné.
Selon le patron de la BNS, «l’accroissement des écarts de taux avec l’étranger a entraîné une légère baisse du cours du franc». Mais il a averti que «la situation géopolitique demeure (...) incertaine» et pourrait à nouveau faire flamber le franc en raison de son rôle de valeur refuge.
«Le risque d’une forte pression à la hausse sur le franc est ainsi toujours présent», a averti M. Schlegel.
Dans l’immédiat, le franc se relâchait légèrement face à l’euro, passant de 0,92012 EUR/CHF avant les annonces de la BNS à 0,9222 EUR/CHF peu avant 11h.
Pour Jean-Eudes Clot, stratégiste financier à la Banque cantonale vaudoise, «le risque sur les prix devrait diminuer si l’on s’en tient à une hypothèse de poursuite de la désescalade des tensions au Moyen-Orient. Ceci, couplé au ton prudent sur la croissance, va à l’encontre d’un scénario de hausse du taux directeur».
Le resserrement monétaire de la BCE «devrait contribuer à modérer les pressions à l’appréciation du franc, réduisant le besoin d’intervention de la BNS», a souligné Nadia Gharbi, économiste de Pictet.
La BNS relève ses prévisions d’inflation jusqu’en 2028
Le renchérissement va légèrement se renforcer sur territoire helvétique à en croire la Banque nationale suisse (BNS), qui a relevé jeudi ses prévisions d’inflation pour cette année, mais également pour les deux suivantes. Sans surprise, ce sont les prix de l’énergie poussent les prix à la hausse, dans un contexte toujours troublé au Moyen-Orient.
En 2026 et 2027, l’inflation devrait atteindre +0,6%, davantage que la progression de 0,5% attendue jusqu’ici, indique jeudi l’institut d’émission dans le cadre de sa décision trimestrielle de politique monétaire. Pour 2027, la BNS table désormais sur +0,7% contre une prévision de +0,6% précédemment.
«L’inflation s’est accélérée depuis le dernier examen de la situation économique et monétaire, conformément à nos prévisions», précise la banque centrale helvétique. Cependant, la pression inflationniste à moyen terme n’a pratiquement pas changé depuis mi-mars.
L’économie suisse s’est montrée résiliente malgré le conflit au Moyen-Orient, selon la BNS qui table sur une hausse inchangée du produit intérieur brut (PIB) d’environ 1% pour 2026 et de quelque 1,5% pour 2027.