SpaceX: mise en bourse triomphale malgré une image écornée

AWP

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Le groupe aérospatial devrait lever 75 milliards de dollars, de très loin la plus grosse introduction en bourse de l’histoire, malgré les avertissements de certains sur une valorisation trop généreuse.

Ses positions d’extrême droite et sa participation au gouvernement Trump lui ont valu critiques et boycottage, mais Elon Musk ne s’apprête pas moins à réussir la mise en bourse triomphale de SpaceX.

Le groupe aérospatial devrait lever, sans encombre, 75 milliards de dollars, de très loin la plus grosse introduction en bourse de l’histoire, malgré les avertissements de certains sur une valorisation trop généreuse.

Cet accueil triomphal à Wall Street, qui devrait valoriser l’entreprise autour de 1,765 milliards de dollars, valide la vision de l’homme le plus riche du monde, qui ambitionne notamment de coloniser Mars.

Jusqu’en 2022 et sa prise de contrôle de Twitter, l’entrepreneur était surtout considéré comme une figure centrale du néo-capitalisme américain, libertarien à tendance mégalomane, assez peu porté sur la politique.

Bâtisseur, il avait à son crédit l’émergence de Tesla comme premier constructeur mondial de véhicules électriques, les succès du lanceur Falcon de SpaceX ou le réseau internet satellitaire Starlink.

«On trouve ça normal aujourd’hui, mais quand il parlait de voitures électriques au début de Tesla, c’était comme d’aller sur Mars», fait valoir Mark Hass, professeur de marketing à l’université d’Arizona State jusqu’en mai.

Né en Afrique du Sud et citoyen américain et canadien, Elon Musk se présente depuis des années en sauveur de l’humanité, capable d’offrir aux Terriens une alternative à leur planète promise à devenir inhabitable.

L’acquisition de Twitter a constitué un tournant, le multi-milliardaire utilisant depuis la plateforme pour exprimer ses opinions très à droite sur l’immigration et la diversité.

Il n’hésite pas, par ailleurs, à relayer de nombreuses théories complotistes, toujours sur son réseau social, rebaptisé X.

En juillet 2024, il déclare son soutien à Donald Trump, pour lequel il va dépenser près de 300 millions de dollars.

Une fois le milliardaire républicain investi, M. Musk accepte de diriger la commission Doge, dont la mission consiste à trouver des sources d’économie au sein du gouvernement.

Pour ce faire, son équipe initie des coupes drastiques et des licenciements de fonctionnaires, qui vont contribuer à détériorer son image publique.

Pour partie sous la pression des marchés et des actionnaires de Tesla, Elon Musk annonce en avril qu’il prend ses distances avec Doge, avant de se brouiller publiquement avec Donald Trump, auquel il reproche un laxisme budgétaire.

«Passé outre»

Après avoir annoncé un projet de création d’un troisième parti aux Etats-Unis, critiqué par le président américain, ce père de quatorze enfants (dont un décédé à dix semaines) met ses aspirations politiques entre parenthèses.

C’est le retour du Musk capitaine d’industrie, qui lance les premiers robotaxis de Tesla, met sur les rails un projet de centres de données en orbite, fait absorber la start-up d’intelligence artificielle xAI par SpaceX ou bâtit sa propre usine de puces (Terafab).

C’est cette version d’Elon Musk derrière laquelle se rangent de nombreux investisseurs et analystes.

Le patron de 54 ans affirme vouloir «construire les systèmes et les technologies nécessaires à la vie sur d’autres planètes, la compréhension de l’univers et la projection de la conscience vers les étoiles».

«Les Américains aiment les gens créatifs et innovants», décrypte Jeffrey Winters, auteur du livre «The Blind Spot», sur les oligarques modernes.

«Ce qui les froisse», poursuit-il, «c’est quand des oligarques utilisent leur fortune pour influer sur la politique et le gouvernement.»

Mark Hass dresse un parallèle entre Elon Musk et Henry Ford, antisémite notoire. «Tout le monde est passé outre» ses propos contre les juifs «parce qu’il a motorisé les Etats-Unis».

En outre, la perception de ce touche-à-tout de génie tient, pour partie, à la séquence que vivent les Etats-Unis, sur fond de second mandat débridé de Donald Trump.

«La notion de vérité a été passée à la moulinette», analyse Mark Hass, «et il n’y a plus de comportements qui soient considérés comme intolérables pour un personnage public.»

Les chiffres de l’arrivée en bourse attendue ce vendredi

L’introduction en bourse du groupe aérospatial américain SpaceX, attendue vendredi, s’annonce comme la plus importante de l’histoire des marchés mondiaux. Voici quelques chiffres pour mesurer son ampleur.

- 75 milliards de dollars: c’est la somme que prévoit de lever SpaceX grâce à l’émission de nouvelles actions. Ce serait le triple du record actuel, établi en 2019 par le géant pétrolier saoudien Saudi Aramco, qui avait récolté 25,6 milliards de dollars.

- 1765 milliards de dollars: la valorisation estimée de ce qui est devenu un conglomérat avec l’absorption, en février, de xAI, qui réunit la start-up d’intelligence artificielle (IA) d’Elon Musk et le réseau social X. A ce montant, SpaceX deviendrait la huitième capitalisation boursière mondiale, derrière sept sociétés technologiques.

- 18,6 milliards de dollars: le chiffre d’affaires de SpaceX en 2025, en hausse d’un tiers par rapport à l’année précédente. Il provient, pour une large majorité, du réseau internet satellitaire Starlink (61%).

- 4,9 milliards: la perte nette de l’entreprise en 2025. Elle provient de l’IA, dont le développement a coûté près de dix milliards l’an dernier.

- 793 milliards: le fortune personnelle d’Elon Musk estimée par le site du magazine Forbes. Si l’introduction en bourse de SpaceX est un succès et que le cours du titre monte, le patron de l’entreprise pourrait devenir la première personne à dépasser les mille milliards de dollars de patrimoine.

- 82%: la proportion des droits de vote de SpaceX que devrait contrôle Elon Musk après l’entrée en bourse, ce qui lui assurera le contrôle total de l’entreprise sur toutes les décisions importantes.

- 28’500 milliards: le potentiel de chiffre d’affaires des marchés sur lesquels est présent SpaceX, d’après la société. C’est quasiment l’équivalent de toute la richesse (PIB) produite par les Etats-Unis en 2025 (30’360 milliards). – (AWP/AFP)

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