Depuis le déclenchement du conflit iranien, les marchés financiers se sont inscrits dans une dynamique marquée par un narratif de politiques monétaires plus restrictives. Le choc énergétique mondial résultant de la fermeture prolongée du détroit d’Ormuz a duré plus longtemps que la plupart des analystes ne l’anticipaient, entraînant une forte hausse des anticipations d’inflation à court terme — en particulier en Asie et en Europe, où l’autonomie énergétique est nettement plus faible qu’aux Etats-Unis. Pourtant, d’un point de vue fondamental, nous demeurons dans un environnement désinflationniste. Celui-ci est soutenu par l’impact à moyen terme des gains de productivité liés à l’intelligence artificielle (IA) aux Etats-Unis et par la faiblesse persistante de l’économie européenne. Par conséquent, toute rhétorique restrictive de la Réserve fédérale (Fed) ou toute hausse de taux «d’assurance» de la Banque centrale européenne (BCE) devrait rester, au mieux, temporaire. Au Japon, bien que la reflation ait du potentiel, des mesures de resserrement significatives pourraient être différées afin de ne pas compromettre les effets positifs de la politique budgétaire expansionniste. Dans ce contexte—où les actions de la BCE et de la Fed sont jugées transitoires—les craintes de marché concernant une inflation persistante devraient progressivement s’atténuer, et les récentes augmentations des taux de rendement constituent une opportunité pour les investisseurs de verrouiller des rendements attractifs sur des maturités de moyen terme allant jusqu’à cinq ans.
1. MISE À JOUR DE NOTRE SCÉNARIO MACROÉCONOMIQUE
Il fut des périodes plus simples pour exercer la fonction de banquier central. Des forces structurelles telles que l’intelligence artificielle (IA), l’évolution démographique et l’intensification des tensions géopolitiques obscurcissent déjà la visibilité. Un choc pétrolier était la dernière complication dont les banques centrales avaient besoin, en particulier pour la BCE, pour qui ce type de défi n’est que trop familier.
A. Scénario pétrolier: que se passerait-il si le détroit d’Ormuz ne rouvrait pas?
Le marché pétrolier a fait preuve d’une résilience supérieure aux attentes, soutenu par le recours aux réserves stratégiques, une demande plus modérée qu’anticipé (notamment de la part de la Chine), l’augmentation des exportations de pétrole du Nigeria et des Etats-Unis, ainsi que la mobilisation de réserves flottantes. Ces facteurs, conjugués à l’annonce d’un cessez-le-feu volatile en avril, ont collectivement allégé les pressions sur les prix, entraînant une baisse de 15% du Brent en mai. Bien que le cessez-le-feu demeure incertain, la trajectoire générale semble établie, sous l’influence de l’approche des élections de mi-mandat américaines et des répercussions économiques persistantes du conflit iranien. Notre scénario central prévoit une normalisation progressive des prix du Brent, passant sous les 100 dollars d’ici juillet et se stabilisant à 80 dollars en 2027. Toutefois, nous n’anticipons pas un retour complet aux niveaux «normaux» d’avant-crise, en raison de la probabilité d’une réouverture partielle seulement du détroit d’Ormuz, de la nécessité de reconstituer les stocks après le conflit (ce qui soutiendrait la demande), de coûts de transport élevés et d’importants besoins d’investissement dans les infrastructures de la région du Golfe. En conséquence, nous projetons un prix moyen du Brent à 91 dollars le baril en 2026 (contre 86 dollars projetés en avril) et à 80 dollars en 2027 (inchangé). Nous avons également relevé la probabilité de notre scénario de risque, notamment en cas d’«enlisement prolongé» avec maintien de la (quasi) fermeture du détroit d’Ormuz. Si les stocks de précaution restent élevés, ils demeurent néanmoins limités.