Depuis plusieurs mois, les investisseurs font preuve d’une remarquable capacité à ignorer les sources traditionnelles d’inquiétude. La remontée du rendement du Trésor américain à dix ans vers 4,5%, les tensions géopolitiques persistantes ou encore les interrogations sur la politique monétaire n’ont pas empêché les marchés de progresser. La raison est simple: les entreprises continuent de délivrer. Aux États-Unis, les prévisions de bénéfices pour le S&P 500 ont été revues à la hausse dans la quasi-totalité des secteurs, tandis que l’amélioration des marges témoigne d’une forte discipline opérationnelle. Dans le même temps, l’activité économique reste solide, comme en attestent le rebond de l’ISM manufacturier à 54,0 et les 122'000 emplois créés dans le secteur privé en mai.
La correction observée en fin de semaine doit être interprétée avec prudence. Le Nasdaq a perdu 2,6% en une séance et les valeurs liées aux semi-conducteurs ont subi des prises de bénéfices particulièrement marquées. Pourtant, aucun élément fondamental majeur n’a remis en cause la trajectoire de l’économie américaine. Cette volatilité traduit davantage un réajustement des anticipations après une période durant laquelle les marchés avaient intégré un scénario presque parfait, combinant croissance soutenue, progression des bénéfices et baisse prochaine des taux d’intérêt.
L’intelligence artificielle reste au cœur de cette dynamique. Les montants investis par les grands groupes technologiques continuent d’augmenter à un rythme impressionnant et pourraient atteindre près de 1000 milliards de dollars par an. Mais le marché évolue. Après avoir récompensé les promesses, il commence à exiger des preuves. Les investisseurs chercheront désormais à identifier les entreprises capables de transformer ces dépenses massives en revenus, en gains de productivité et en bénéfices tangibles.
Pour le second semestre, le principal enjeu reste celui de l’inflation. Si la hausse des prix aux États-Unis demeure supérieure à l’objectif de la Réserve fédérale, elle apparaît aujourd’hui moins généralisée que lors des épisodes précédents. Dans ce contexte, la sélectivité redevient essentielle. Les entreprises capables de générer une croissance bénéficiaire durable devraient continuer à être privilégiées, tandis que les valorisations les plus exigeantes devront être davantage justifiées par les résultats. Le marché entre progressivement dans une phase où la qualité de l’exécution primera sur la simple force du récit.