Les prêts non performants, ou non-performing loans (NPL) en anglais, sont un marché de niche qui a l’avantage d’être largement décorrélé d’autres actifs tels que les actions, les obligations ou les placements dans les marchés privés. Pourquoi vaut-il la peine de s’intéresser à cette classe d’actifs qui consiste à racheter des créances en souffrance dans l’optique de pouvoir récupérer une partie des montants lors du processus de recouvrement? Le point avec Gustav Hultgren, fondateur et associé-gérant de Laub Capital, gérant de fonds européen spécialisé dans le rachat de portefeuilles de prêts non performants (NPL), qui se concentre notamment sur les marchés de la Péninsule ibérique et de l’Europe centrale et de l’Est.
Vous gérez un fonds spécialisé dans le marché de la dette dite «distressed» et axé plus précisément sur les «non-performing loans» (NPL), à savoir des portefeuilles regroupant des créances que les emprunteurs ont cessé de rembourser pendant une période prolongée. Vaut-il mieux investir dans ce type de titres de dette à la suite d'une récession ou y a-t-il des opportunités intéressantes à saisir à tout moment?
Les prêts non performants, ou non-performing loans (NPL) en anglais, sont un marché qui se renouvelle constamment – il n'apparaît pas seulement en périodes de crise. Bien entendu, les portefeuilles peuvent être rachetés avec une décote plus importante à la suite d'une crise financière ou d'une récession. Dans ce type de situations, les banques qui détiennent des portefeuilles de créances ayant peu de chances d'être remboursées vont en général amortir l'entier de leurs positions. Pour des acteurs comme nous, les prix sont effectivement alors très attrayants mais il peut alors aussi être plus difficile de récupérer une partie des créances encore ouvertes. L'un dans l'autre, une situation de récession créée certes des opportunités mais il est aussi plus difficile de récupérer les montants encore dûs.
«Dans certains cas, récupérer 20% est déjà une bonne proportion, pour d'autres types de prêts, cette part peut grimper à 60% ou 70%.»
C'est pourquoi nous achetons et revendons des portefeuilles incluant un certain nombre de créances, par exemple, auprès de banques ou d'instituts de crédit de manière continuelle, ce qui permet aussi de générer des liquidités lorsqu'une partie des montants peuvent être récupérés. Durant les périodes favorables, les banques tendent à accorder plus de prêts, lors des périodes moins favorables, elles réduisent les prêts accordés. C'est le cours normal des affaires.
A intervalles réguliers, les banques doivent ainsi revendre des portefeuilles de prêts non performants aussi pour des raisons liées à la réglementation, afin de devoir mobiliser moins de capital. Les NPL s'inscrivent dès lors dans un mécanisme continu de la gestion du bilan des banques européennes. Il s'agit donc un business récurrent, non pas d'un mécanisme de marché qui aurait été constitué dans le but de nettoyer les bilans des banques dans une période post-crise.
Quels sont les types de prêts les plus représentés dans les NPL?
Principalement des crédits à la consommation. Il peut bien sûr y avoir aussi des prêts pour financer l'achat de biens immobiliers ou encore prêts accordés dans le cadre du leasing automobile. Il faut ici distinguer entre les prêts pour lesquels il n'y a pas de biens qui sont mis en garantie et ceux dont le collatéral peut être saisi, par exemple une maison dans le cadre de biens immobiliers ou une voiture s'il s'agit de leasing.
Les portefeuilles de prêts sont rachetés dans l'optique de pouvoir en récupérer une partie. Quelle est la proportion de NPL qui peuvent être récupérés – et dans quels délais?
Cela dépend bien sûr des actifs sous-jacents qui les constituent. Dans certains cas, 20% est déjà une bonne proportion, pour d'autres types de prêts, cette part peut grimper à 60% ou 70%. Quelle que soit cette proportion, il faut être conscients des délais que le processus de récupération peuvent impliquer.
«Nous nous concentrons sur les pays de l'Europe du Sud, en particulier ceux de la Péninsule ibérique, à savoir l'Espagne et le Portugal.»
Quelles que soient les spécificités de la législation des pays concernés, le processus comprend en général les mêmes étapes: il y a d'abord une demande de remboursement, puis un ordre de paiement est envoyé, une possibilité de faire appel, puis le verdict est prononcé. Toutes ces étapes prennent du temps et les coûts des démarches sont relativement importants. Les délais de remboursement peuvent aussi beaucoup varier d'un pays à l'autre. C'est aussi pourquoi il est essentiel de pouvoir s'appuyer sur des entreprises de recouvrement de dette qui connaissent les spécificités du marché local.
Quels sont les marchés qui sont les plus intéressants actuellement pour votre activité?
Nous nous concentrons sur les pays de l'Europe du Sud, en particulier ceux de la Péninsule ibérique, à savoir l'Espagne et le Portugal. Les pays d'Europe centrale et de l'Est offrent un potentiel croissant et avec un cadre légal qui s'est amélioré.
Avez-vous des projets d'expansion au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis?
Non, car il s'agirait de marchés nouveaux pour notre société et la concurrence y est déjà très intense.
Vous soulignez que le NPL ne doit pas être vu comme une autre forme de crédit privé et que le terme de dette «distressed» est souvent mal compris. En quoi les NPL sont-ils différents?
Les investissements dans les NPL doivent être considérés comme une allocation d'actifs distincte, non pas comme une variante de crédit privé, ni comme une alternative aux placements liquides dans des produits à revenu fixe.
Deux aspects au moins distinguent les prêts non performants d'autres classes d'actifs. D'une part, les NPL n'augmentent pas les volumes de prêts totaux – à la différence du crédit privé par exemple. Nous ne créons pas de nouveaux prêts – nous rachetons des portefeuilles de dette déjà existante.
D'autre part, les NPL sont largement décorrélés d'autres actifs comme les actions, les produits liés aux taux d'intérêt ou les emprunts gouvernementaux. Ce n'est pas parce qu'il y a une correction sur les marchés actions que les taux de défaut dans le crédit à la consommation vont augmenter du jour au lendemain par exemple.
«Ce n'est pas parce qu'il y a une correction sur les marchés actions que les taux de défaut dans le crédit à la consommation vont augmenter du jour au lendemain.»
En termes de classification, on peut dire que les NPL sont investis dans des titres de dette mais qu'ils n'ont pas d'exposition aux taux d'intérêts. Par ailleurs, à la différence d'autres actifs non cotés, comme le private equity ou le venture capital, il n'y a pas besoin d'un événement spécifique pour récupérer son argent. Les NPL ne dépendent pas d'un «exit» spécifique comme peuvent l’être une IPO ou une transaction de trade sales dans le private equity par exemple. Au contraire, il s'agit d'un processus de récupération renouvelé et réalisé en continu.
Quels rendements peuvent être attendus?
Nous comptons avec un taux de rendement interne («internal rate of return») de l'ordre de 14 à 15%. Ce rendement élevé s'explique par la prime d'illiquidité de ce type de placement mais aussi par l'engagement qu'il requiert de la part des investisseurs. Enfin, c'est une activité qui nécessite un travail important et continuel sur le plan opérationnel.
A qui s'adresse votre fonds et est-il disponible pour les investisseurs basés en Suisse?
Oui, il est accessible aux investisseurs professionnels et institutionnels: family offices, gérants de fortune, fondations, caisses de pension et autres investisseurs qualifiés. Notre premier véhicule, Laub Capital I, vise à générer des revenus attractifs par des investissements dans des portefeuilles de prêts non performants (NPL) européens et affiche un solide historique de performance. Nous levons actuellement Laub Capital II, qui reprend la même stratégie tout en élargissant notre plateforme d'investissement et notre échelle d'intervention.