La demande mondiale d’or a progressé de 2% en glissement annuel au premier trimestre 2026, portée par les achats des banques centrales et la demande en barres et pièces. Newmont et Agnico Eagle ont publié des résultats record malgré des valorisations basses.
Points clés
- La forte demande d’or se poursuit, soutenue par les achats des banques centrales et la résilience de la demande d’investissement physique.
- Les anticipations d’inflation et les taux d’intérêt réels demeurent les principaux moteurs des perspectives du prix de l’or.
- Les actions des sociétés minières aurifères affichent de solides résultats et flux de trésorerie, tandis que leurs valorisations restent relativement basses.
- Les performances passées ne constituent pas un indicateur fiable des résultats futurs. Investir comporte des risques, y compris la perte possible du capital investi.
Performance du marché de l’or et tendances de la demande
Le prix de l’or a clôturé à 4'617,85 dollars l’once le 30 avril, en repli de 50,21 dollars l’once, soit 1,08% sur le mois1. Les actions minières aurifères ont reflété leur sensibilité habituelle au prix de l’or. Elles ont surperformé durant la première moitié d’avril, lorsque l’or a atteint un sommet mensuel à 4'841,75 dollars, et ont sous-performé lorsque les prix se sont repliés en fin de mois. Le MarketVector Global Gold Miners Index (MVGDXTR)2 a perdu 3,01%, tandis que le MVIS Global Junior Gold Miners (MVGDXJTR)3 a reculé de 1,69%.
Selon le rapport Gold Demand Trends du World Gold Council, la demande mondiale d’or a totalisé 1'231 tonnes au premier trimestre 2026, soit une hausse de 2% en volume sur un an. La progression du prix de l’or a contribué à une augmentation de 74% de la valeur en dollars de la demande, qui a atteint environ 193 milliards de dollars sur le trimestre.
La performance de l’or au cours des deux dernières années coïncide avec deux facteurs structurels agissant de concert: des achats soutenus des banques centrales et une demande d’investissement robuste à travers les barres, les pièces et les produits ETF.
Demande des banques centrales et des investisseurs
Les banques centrales sont restées acheteuses nettes, ajoutant 244 tonnes au cours du trimestre, soit une hausse de 3% en glissement annuel. Cette dynamique s’est maintenue malgré une activité de ventes déclarée en hausse, incluant notamment des transactions de la Turquie, du SOFAZ azerbaïdjanais et de la Banque centrale de Russie.
La demande nette est demeurée positive, grâce aux achats de pays tels que la Pologne, l’Ouzbékistan et la Chine, ainsi que de nouveaux intervenants comme le Guatemala, le Cambodge, la Malaisie, la Serbie et les Emirats arabes unis.
Ce schéma pourrait indiquer que la demande d’or des banques centrales conserve sa résilience.
Les évolutions géopolitiques en cours, notamment les tensions au Moyen-Orient, sont allées de pair avec un intérêt soutenu pour l’or en tant qu’actif de réserve. Certaines opérations de vente semblent répondre à des besoins de liquidité à court terme plutôt qu’à un changement de stratégie de réserves à long terme.
La demande d’ETF adossés à l’or a totalisé 62 tonnes au premier trimestre, en deçà des 230 tonnes de collecte enregistrées sur la même période l’an dernier, les fonds américains ayant subi des sorties en mars. La demande d’investissement globale a toutefois été soutenue par une forte demande pour les barres et pièces, en hausse de 42% sur un an à 474 tonnes. Il s’agit de l’un des plus hauts niveaux trimestriels jamais enregistrés, porté en grande partie par les investisseurs asiatiques.
L’or s’est négocié à un prix moyen de 4'780 dollars l’once depuis le déclenchement de la guerre avec l’Iran. Des achats des banques centrales solides et diversifiés sur le plan régional, conjugués à une demande d’investissement résiliente en provenance d’Asie, continuent de soutenir la demande à ces niveaux. Un retour des investisseurs occidentaux pourrait offrir un soutien supplémentaire et contribuer à un potentiel de hausse additionnel sur le marché de l’or.
Ce que l’environnement macroéconomique signifie pour les perspectives de l’or
La récente volatilité du marché peut pénaliser les investisseurs mais, selon nous, il est essentiel de regarder au-delà du bruit à court terme. Le récit macroéconomique dominant tout au long du mois d’avril s’est auto-entretenu: la hausse des prix du pétrole maintient les anticipations d’inflation à un niveau élevé; ces anticipations élevées incitent la Fed à rester prudente; une Fed en pause maintien des taux réels élevés; et des taux réels élevés pèsent sur l’or. Dans ce contexte, la hausse de 10,5% du S&P 500 en avril4 peut traduire un certain optimisme qui pourrait être mis à l’épreuve.
Nous estimons que les investisseurs pourraient devoir réévaluer les risques liés à l’intensification des tensions géopolitiques et à un conflit potentiellement prolongé au Moyen-Orient, y compris ses effets de propagation sur l’économie mondiale et, surtout, sur l’inflation.
Anticipations d’inflation et taux réels
Un élément clé pour l’or réside dans la manière dont les anticipations d’inflation se reflètent à travers différentes mesures. L’enquête d’avril de l’Université du Michigan a fait ressortir des anticipations d’inflation des consommateurs à 1 an et à 5 ans de 4,7% et 3,5% respectivement. À l’inverse, le point mort d’inflation des TIPS à 5 ans, une mesure de marché, se situe autour de 2,7%, ce qui maintient les taux réels confortablement en territoire positif, pour l’instant.
Si les marchés obligataires venaient à combler cet écart et à refléter quelque chose de plus proche de ce que les consommateurs anticipent déjà, une «Fed en pause» pourrait rapidement se traduire par des taux réels proches de zéro, voire négatifs — un contexte qui figure historiquement parmi les plus favorables à l’or. Dans un tel scénario, l’or a généralement joué un rôle de premier plan en tant qu’outil de diversification et de couverture potentielle pour les investisseurs en quête de protection et de diversification de portefeuille. Les sociétés minières aurifères peuvent, selon nous, être envisagées dans le cadre d’une allocation diversifiée.
Pourquoi les actions des sociétés minières aurifères sont-elles sous-évaluées malgré des résultats record?
Les actions des sociétés minières aurifères ont historiquement surperformé le métal lui-même dans un environnement de hausse du prix de l’or. Les investisseurs n’ont toutefois pas nécessairement à attendre la prochaine phase haussière pour commencer à renforcer leur exposition. Aux prix actuels de l’or, ces sociétés génèrent déjà des flux de trésorerie record, comme l’illustrent largement les résultats du premier trimestre 2026.
Newmont et Agnico Eagle, les deux plus grandes sociétés minières aurifères au monde, ont toutes deux publié des résultats trimestriels record. Agnico a réalisé des marges opérationnelles record, portées par un prix de l’or réalisé de 4'861 dollars l’once face à des coûts de maintien tout compris (all-in sustaining costs) de 1'483 dollars l’once. Newmont a publié un free cash-flow record de 3,1 milliards de dollars. Les deux sociétés ont atteint ou dépassé leurs objectifs de production et de coûts, et ont confirmé leurs prévisions pour l’ensemble de l’année 2026.
Cette rentabilité record finance l’élargissement des programmes d’exploration et des pipelines de croissance, tout en laissant suffisamment de marge pour rémunérer les actionnaires à travers des politiques de dividendes durables et la poursuite de programmes substantiels de rachat d’actions.
Les deux sociétés ont terminé le trimestre avec environ 3 milliards de dollars de trésorerie nette et de solides positions de liquidité.
En résumé, le secteur apparaît en bonne santé financière et opérationnelle au regard des standards historiques. Malgré ces fondamentaux, les valorisations dans le secteur des mines d’or demeurent relativement basses par rapport aux niveaux historiques. Les cours actuels des actions semblent intégrer des hypothèses plus prudentes que ce que le prix actuel de l’or laisserait suggérer. Cela peut indiquer un potentiel de revalorisation si les conditions de marché restent porteuses, même si les résultats dépendront de facteurs de marché plus larges.
1World Gold Council (30.04.2026)
2MarketVector (30.04.2026)
3MarketVector (30.04.2026)
4Données Bloomberg (30.04.2026)
Sources des données/informations sauf indication contraire : Bloomberg et recherche interne, avril 2026.