En 2011, l’accident de Fukushima au Japon a profondément marqué l’opinion publique et les gouvernements du monde entier. À la suite de cet événement, de nombreux pays se sont accordés sur la nécessité de réduire leur dépendance à l’énergie nucléaire en raison des risques associés aux déchets radioactifs et à la sécurité des installations.
Cependant, onze ans plus tard, l’invasion de l’Ukraine par la Russie a mis en évidence la vulnérabilité énergétique de l’Europe. Face à sa forte dépendance envers des fournisseurs étrangers, le continent a réalisé que la sécurité de son approvisionnement énergétique constituait un enjeu stratégique majeur. Dans ce contexte, l’énergie nucléaire a progressivement retrouvé une place centrale grâce à ses nombreux avantages.
Contrairement aux énergies renouvelables, telles que l’éolien ou le solaire, qui ont été fortement mises en avant au cours de la dernière décennie, les centrales nucléaires ne dépendent pas des conditions météorologiques et offrent une production d’électricité stable et continue. En effet, elles peuvent fonctionner de manière ininterrompue, alors que les énergies renouvelables n’opèrent qu’entre 10% et 40% du temps, selon les technologies utilisées et les conditions climatiques.
Par ailleurs, le monde connaît actuellement une profonde transformation avec l’essor de l’intelligence artificielle. Or, cette révolution technologique nécessite des centres de données extrêmement énergivores pour entraîner et faire fonctionner les modèles. Ces infrastructures devraient ainsi contribuer significativement à la hausse de la demande mondiale en électricité dans les années à venir. Là encore, le nucléaire apparaît comme une solution crédible et pragmatique.
Pour fonctionner, les centrales nucléaires nécessitent une matière première clé: l’uranium. Les gouvernements doivent donc sécuriser un approvisionnement fiable de cette ressource.
Face à un tel défi, les gouvernements ont donc été contraints de repenser leur stratégie énergétique. Ainsi, plusieurs pays envisagent désormais de prolonger la durée de vie de leurs centrales existantes, d’en remettre certaines en service ou d’en construire de nouvelles. En 2024, la Chine a par exemple étudié l’ouverture de nouvelles centrales capables d’ajouter jusqu’à 118 GW de capacité de production, alors que le pays dispose actuellement d’environ 58 GW de capacité nucléaire installée. De leur côté, de grands groupes technologiques comme Google ont signé des partenariats avec des fournisseurs d’électricité afin de garantir un accès stable et continu à l’énergie nécessaire à leurs infrastructures numériques.
Pour fonctionner, les centrales nucléaires nécessitent une matière première clé: l’uranium. Les gouvernements doivent donc sécuriser un approvisionnement fiable de cette ressource, qui ne dispose aujourd’hui d’aucun substitut viable pour la production d’énergie nucléaire.
Suite à Fukushima, la volonté politique de réduire la place du nucléaire a provoqué une forte baisse des prix de l’uranium, jusqu’à un point bas atteint en 2017 autour de 20 dollars par livre. Dans ce contexte, de nombreuses mines sont devenues insuffisamment profitables, poussant les acteurs du secteur à réduire, voire interrompre, leurs investissements dans de nouveaux projets miniers.
Aujourd’hui, alors que la perception du nucléaire évolue favorablement, les perspectives de croissance de la demande en uranium se renforcent. Le prix de la matière première a suivi cette tendance, atteignant un pic de 106 dollars par livre en 2024 avant de revenir autour de 86 dollars actuellement. Aujourd’hui, avec une offre et une demande proche de 200 millions de livres par an, le marché mondial est à l’équilibre. Toutefois, selon certaines estimations, dont celles de Goldman Sachs, le marché pourrait faire face à un déséquilibre structurel majeur au cours des prochaines décennies: alors que la demande est attendue autour de 350 millions de livres à l’horizon 2045, l’offre ne dépasserait pas 150 millions de livres principalement à cause du manque d’investissement durant ces dernières années. Un tel écart constituerait un soutien structurel certain pour les prix de l’uranium à long terme.
Face aux enjeux liés à l’approvisionnement et à la hausse des prix, les principaux acteurs du secteur intensifient leurs investissements dans de nouveaux projets miniers. De nouvelles entreprises cherchent également à développer des capacités d’exploration afin d’identifier de futurs gisements exploitables. Toutefois, l’industrie minière reste caractérisée par des cycles extrêmement longs: il faut souvent plus de dix ans entre la découverte d’un gisement et la mise en production d’une mine. Dans ce contexte, le marché devrait rester dominé par un nombre limité d’acteurs majeurs au cours des prochaines années.
Aujourd’hui, les deux plus grandes entreprises minières spécialisées dans l’uranium sont Cameco et Kazatomprom. La première opère principalement au Canada, tandis que la seconde est basée au Kazakhstan. Kazatomprom demeure le leader mondial avec environ 22% de parts de marché, contre près de 15% pour Cameco. Les deux groupes collaborent d’ailleurs sur certains projets miniers au Kazakhstan.
Kazatomprom et Cameco sont les deux principales sociétés cotées offrant une exposition directe au marché de l’uranium, puisque l’essentiel de leurs revenus provient de l’extraction de cette ressource. Cameco a toutefois récemment diversifié une partie de ses activités en acquérant une participation de 49% dans Westinghouse Electric Company, ce qui lui permet également de bénéficier du développement des infrastructures nucléaires. À ces entreprises s’ajoute Yellow Cake, une société britannique dont l’activité consiste exclusivement à acheter et stocker de l’uranium physique. D’autres acteurs plus petits ont flairé la tendance et ont décidé d’investir dans ce secteur. Ces minières juniors sont, pour certaines, déjà cotées en bourse mais ne dégagent que peu ou pas encore de revenus, elles sont donc par définition bien plus risquées.
Pour conclure, si, l’uranium s’impose progressivement comme un actif stratégique dans le cadre de la transition énergétique mondiale, la hausse structurelle de la demande, combinée au retour du nucléaire dans les politiques énergétiques, laisse entrevoir un déséquilibre durable entre l’offre et la demande. Certes, les risques géopolitiques, réglementaires et opérationnels demeurent importants, mais la sécurité énergétique apparaît désormais comme un impératif difficilement contournable pour de nombreux États.