La Suisse sacrifie sa place financière au nom du symbolisme politique

Thomas Borer, Dr. Borer & Partner AG

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En Suisse, la stabilité politique repose sur le respect entre les institutions, sur un débat ouvert et sur la capacité à trouver des compromis.

 

La Suisse doit une grande partie de sa prospérité à une place financière solide et connectée au réseau international. Les banques créent des emplois, financent les entreprises, encouragent l’innovation, contribuent de façon significative aux revenus fiscaux et assurent le poids économique de la Suisse à l’échelle mondiale. Ceux qui débattent de nouvelles exigences en matière de fonds propres pour l’UBS ne se prononcent donc pas seulement sur un établissement isolé, mais sur la compétitivité future de notre pays.

Il est d’autant plus préoccupant qu’une conseillère fédérale exerce indirectement des pressions sur des parlementaires ou leur reproche d’adopter des attitudes peu suisses dès lors qu’ils ne soutiennent pas son projet. En Suisse précisément, la stabilité politique repose sur le respect entre les institutions, sur un débat ouvert et sur la capacité à trouver des compromis. Ni les allégations de lobbying excessif, ni les avertissements généraux sur le déclin de la place économique ne peuvent se substituer à un examen sérieux des conséquences réelles du projet.

Lors de l’effondrement du Credit Suisse, la Suisse a été soumise à une pression énorme. Il fallait trouver une solution dans les plus brefs délais. Mais le rachat par l’UBS n’a pas été le fruit d’un processus de marché libre. Il a été orchestré politiquement par la Confédération et les autorités, sous une pression de temps considérable, et présenté comme une solution sans alternative.

La Suisse aurait pu procéder à une stabilisation du Credit Suisse de manière indépendante ou à une liquidation ordonnée dans le cadre existant, si l’on avait agi à temps. Au lieu de cela, on a opté pour une consolidation forcée.

C’est précisément pour cette raison que le débat actuel semble contradictoire. Dans un premier temps, le CS est présenté à l’UBS sur un plateau d’argent. Quelques mois plus tard, on laisse toutefois entendre que l'UBS doit désormais s'attendre à des contraintes réglementaires supplémentaires. Une telle attitude affaiblit la confiance dans la prévisibilité de la place économique suisse et de ses autorités.

Si l’État prépare depuis des années des instruments destinés à faire face à une crise, ceux-ci devraient être mis en œuvre de manière crédible en cas d’urgence. Sinon, on peut se demander pourquoi on a créé des régimes «too big to fail» aussi complets, des plans de résolution et des compétences d’intervention. Les règles doivent s’appliquer précisément lorsque la pression est la plus forte.

À cela s’ajoute un deuxième point. Si l’objectif stratégique des nouvelles réglementations avait réellement été de renforcer la place financière, d’autres voies auraient pu être envisagées avant la faillite du Credit Suisse. Pour reprendre les mots de Mario Draghi: «whatever it takes». La Suisse aurait pu procéder à une stabilisation du Credit Suisse de manière indépendante ou à une liquidation ordonnée dans le cadre existant, si l’on avait agi à temps. Au lieu de cela, on a opté pour une consolidation forcée.

Une banque d’importance systémique mondiale a bien sûr besoin de règles. Une capitalisation solide, des plans de liquidation crédibles et une surveillance efficace sont des éléments essentiels. Mais la réglementation doit être précise. Elle doit réduire les risques sans pour autant affaiblir la compétitivité internationale. Si les règles spéciales suisses vont nettement au-delà des normes internationales, les activités, les talents et les investissements s’en iront progressivement.

Le débat actuel risque en outre de confondre cause et effet. La faillite du Credit Suisse n’était pas le résultat d’une capitalisation insuffisante. Elle était le résultat d’années d’erreurs de gestion, de mauvaises décisions stratégiques et d’une profonde perte de confiance. Ceux qui en déduisent surtout des charges supplémentaires pour l’UBS ne s’attaquent pas seulement aux symptômes bien trop tard, mais aussi au mauvais endroit.

La Suisse a désormais besoin de discernement. Notre place financière stable finance les entreprises, crée des emplois et garantit notre capacité d’action à l’échelle internationale. La Suisse devrait donc tirer de la crise du Credit Suisse la conclusion qu’il faut créer un cadre réglementaire fiable qui garantisse la stabilité, récompense une conduite responsable dans l’économie et préserve la compétitivité de notre seule grande banque restante, car nous devons à tout prix éviter une nouvelle intervention surprise. Il faut espérer que le Parlement mettra un frein aux excès du Conseil fédéral.

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