Enfin une bonne nouvelle au milieu d’un océan d’incertitudes: en 2025, les énergies renouvelables ont représenté une part plus importante de la production mondiale d’électricité que le charbon, avec respectivement 34% contre 33%. Cette inflexion est loin d’être anodine, le charbon restant la source d’énergie la plus émettrice de gaz à effet de serre. Elle n’a toutefois été rendue possible que grâce à l’accélération spectaculaire des installations de batteries (+46% par rapport à 2024), aujourd’hui indispensables pour limiter le problème de l’intermittence des renouvelables.
Cette avancée doit néanmoins être relativisée. En 2025, l’électricité ne représentait encore qu’environ 20% de la consommation mondiale d’énergie. Malgré les progrès de la transition énergétique, le pétrole demeure donc essentiel au fonctionnement de l’économie mondiale, notamment pour la mobilité terrestre, maritime et aérienne.
Le détroit d’Ormuz au cœur des tensions énergétiques
C’est d’ailleurs dans le transport aérien que les perturbations liées au détroit d’Ormuz se font le plus sentir. Environ 20% du marché international du kérosène transite habituellement par cette zone stratégique, à quoi s’ajoutent désormais plusieurs restrictions d’exportation mises en place par certains pays. Résultat: les prix s’envolent et les inquiétudes sur la disponibilité du jet fuel se multiplient. Selon le cabinet Cirium, dix-neuf des vingt plus grandes compagnies aériennes mondiales ont programmé des réductions de capacité pour le mois de mai.
Plus largement, Russell Hardy, directeur général de Vitol – la plus grande maison de négoce pétrolier au monde – a récemment livré son analyse de la situation lors d’une conférence organisée par le Financial Times. Selon lui, près de 12 millions de barils par jour manqueraient au marché depuis le début du conflit, soit une perte cumulée avoisinant un milliard de barils. Ce chiffre représente plus du double des réserves stratégiques récemment débloquées, estimées à environ 400 millions de barils.
Les géants du négoce sous pression
Dans ce contexte, Vitol – habituellement très discrète – a exceptionnellement communiqué sur ses résultats du premier trimestre. Selon Bloomberg, le groupe aurait généré près de deux milliards de dollars de profits, dépassant largement les performances enregistrées par Glencore durant la période du Covid. Cette transparence inhabituelle vise avant tout à rassurer les banques finançant ses opérations dans un environnement marqué par une forte volatilité. La hausse des prix du pétrole et la multiplication des appels de marge rendent en effet l’accès à des lignes de crédit abondantes plus crucial que jamais pour les acteurs du négoce.
Aux Etats-Unis, les chocs inflationnistes se succèdent, la composante énergétique prenant désormais le relais des tensions liées aux droits de douane.
Vers un nouveau supercycle pétrolier?
Avec l’envolée du prix du baril, les analystes de Goldman Sachs estiment désormais que l’industrie pétrolière pourrait entrer dans un nouveau cycle d’investissement comparable à celui des années 2000. Plusieurs arguments viennent étayer cette hypothèse. Les réserves prouvées du secteur, exprimées en nombre d’années de production, ont diminué de 25% depuis 2013. Par ailleurs, l’industrie américaine du pétrole non conventionnel semble progressivement arriver à maturité, tandis qu’une grande partie des capacités inutilisées se situe derrière le détroit d’Ormuz.
Goldman Sachs rappelle également que la demande mondiale reste particulièrement robuste. L’Agence internationale de l’énergie a d’ailleurs révisé à la hausse de cinq millions de barils par jour ses prévisions de demande à horizon 2030 par rapport à son scénario Net Zero Emissions publié en 2021.
Fed et BCE face au retour du risque inflationniste
Ces nouveaux investissements pétroliers n’auront toutefois d’effets qu’à moyen et long terme. À court terme, le choc d’offre énergétique demeure fortement inflationniste, ce qui pose inévitablement la question des réponses des grandes banques centrales.
Aux Etats-Unis, les chocs inflationnistes se succèdent, la composante énergétique prenant désormais le relais des tensions liées aux droits de douane. Cette situation intervient au moment où la Fed traverse une phase de transition délicate. Kevin Warsh a récemment plaidé devant les sénateurs américains pour un véritable «changement de régime» monétaire.
Dans ce contexte, la Réserve fédérale a choisi de maintenir ses taux directeurs inchangés malgré une forte division interne. La décision a donné lieu à quatre dissidences, soit le niveau le plus élevé observé depuis 1992. Jerome Powell, lors de son dernier FOMC en tant que chairman de la Réserve fédérale – même s’il restera membre du conseil jusqu’à l’expiration de son mandat en janvier 2028 – a reconnu lors de sa conférence de presse que le comité avait eu des «discussions vigoureuses». Dans ces conditions, le statu quo actuellement anticipé par les marchés pour le reste de l’année apparaît comme le scénario le plus cohérent.
Une BCE prudente face au choc énergétique
En zone euro, plusieurs responsables monétaires ont certes plaidé pour des hausses de taux préventives, rappelant l’épisode inflationniste de 2022. La situation actuelle diffère toutefois sensiblement de celle observée à l’époque. Les taux réels étaient alors profondément négatifs, tandis qu’ils évoluent désormais à des niveaux proches de zéro. De même, le risque d’une boucle prix-salaires paraît aujourd’hui plus limité compte tenu du contexte économique et des conditions d’emploi actuelles.
C’est probablement pour ces raisons que le Conseil des gouverneurs de la BCE a lui aussi choisi de maintenir ses taux inchangés lors de sa dernière réunion, tout en reconnaissant l’intensification des risques pesant à la fois sur la croissance et sur l’inflation. Dans ce contexte, l’hypothèse de deux hausses de taux au second semestre apparaît raisonnable.
Les investisseurs restent prudents sur la duration
Dans un environnement marqué par des anticipations de politique monétaire relativement justes, une courbe des taux toujours peu pentue et une remontée de la volatilité obligataire, les investisseurs devraient rester prudents vis-à-vis du risque de duration au sein de leurs portefeuilles. En attendant, les marchés continueront probablement de surveiller quotidiennement le nombre de navires traversant le détroit d’Ormuz.