Pourquoi le Bitcoin progresse dans l'incertitude

Manuel Valente, Coinhouse

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Chronique blockchain. L'explication la plus commode consiste à dire que le Bitcoin suit le Nasdaq. Elle est partiellement vraie.

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Le comportement récent du Bitcoin peut sembler paradoxal. Dans un environnement marqué par l'incertitude monétaire, géopolitique et budgétaire, la logique voudrait que les investisseurs institutionnels réduisent leur exposition aux actifs les plus risqués au profit de la liquidité et des valeurs défensives. Pourtant, le Bitcoin affiche une hausse de 11% sur le mois d’avril, et les ETF spot continuent d'enregistrer des entrées significatives.

La thèse «Bitcoin suit les actions» ne suffit plus

L'explication la plus commode consiste à dire que le Bitcoin suit le Nasdaq. Elle est partiellement vraie: les grands indices américains restent proches de leurs sommets, et Bitcoin conserve une composante «risk-on» prononcée; il demeure sensible aux taux réels, au levier disponible et à l'appétit général pour le risque.

Mais cette lecture passe à côté de l'essentiel. Ce qui a changé, c'est la nature de la demande marginale. Le cycle 2020-2021 reposait sur le retail, les exchanges offshore, le levier et les narratives spéculatives. Le cycle actuel est structurellement différent.

Une demande institutionnelle plus ancrée

Les ETF spot Bitcoin américains ont transformé l'accès à l'actif. Début mai 2026, ils affichaient près de 109 milliards d'actifs sous gestion. Près d'un milliard de dollars d'entrées a été observé sur deux séances seulement après le retour de Bitcoin au-dessus de 80'000 dollars.

Les ETF ne rendent pas Bitcoin moins volatil. Mais ils modifient sa structure financière en profondeur: ils permettent à des investisseurs institutionnels d'accéder à l'actif dans un cadre réglementaire familier, créant une base d'acheteurs plus large, plus régulière, et bien moins dépendante des cycles d'euphorie.

Le retour de la prime anti-dilution?

Le deuxième moteur est plus fondamental, et plus incertain. Bitcoin est présenté par une partie de ses acheteurs comme une réponse possible au risque de dilution monétaire – non pas à l'inflation observée aujourd'hui, mais à celle qui pourrait se profiler si les États et les banques centrales devaient à nouveau soutenir la croissance, refinancer des dettes publiques élevées et tolérer des taux réels durablement comprimés.

Aux États-Unis, l'inflation reste au-dessus de la cible de 2% de la Fed, avec des pressions persistantes sur le CPI et le PCE. Ce contexte nourrit une interrogation: un actif à offre fixe, sans émetteur souverain, mondialement transférable, pourrait-il constituer une forme de protection dans un monde où la discipline budgétaire paraît politiquement difficile à tenir?

La question reste ouverte. Bitcoin n'a jamais traversé d'épisode d'inflation vraiment sévère sans ancrage monétaire: son historique est trop court pour trancher. Et sa corrélation passée avec les actifs risqués rappelle que la protection contre la dilution, si elle existe, n'est pas mécanique: lorsque les taux réels montent violemment, Bitcoin a corrigé comme n'importe quelle ligne spéculative. Ce que certains achètent aujourd'hui, c'est moins une couverture avérée qu'une optionnalité, le pari que Bitcoin pourrait se comporter différemment si le régime monétaire se dégradait plus franchement.

Une résilience réelle, mais dont les fondements restent à prouver

Les risques demeurent nombreux. Une correction des marchés actions, une remontée des taux réels, un dollar plus fort ou des sorties synchronisées des ETF pourraient rapidement changer le tableau. L'institutionnalisation, paradoxalement, pourrait même amplifier ces mouvements: les investisseurs qui accumulent via ETF peuvent réduire leur exposition comme n'importe quelle ligne tactique, sans la friction émotionnelle du retail.

Ce qui se dessine n'est donc pas un nouveau statut de valeur refuge, mais quelque chose de plus ambigu. Bitcoin bénéficie du niveau élevé des marchés actions, de canaux d'accumulation institutionnels désormais établis, et d'un regain d'intérêt comme pari sur la dégradation monétaire. Si ce dernier scénario ne se matérialise pas, une partie de cette demande pourrait se révéler fragile. C'est précisément ce qui en fait un actif difficile à catégoriser: ni refuge confirmé, ni simple proxy du Nasdaq.

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