La Banque du Japon devrait maintenir le statu quo face aux tensions au Moyen-Orient

Gregor M. A. Hirt, Allianz GI

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Le rapport sur les perspectives récemment publié constituera un repère essentiel pour le marché, en donnant un aperçu de la manière dont la BoJ perçoit l'équilibre entre ces forces.
  • Nous prévoyons que la Banque du Japon (BoJ) maintiendra ses taux inchangés lors de la réunion d'avril. Le conflit au Moyen-Orient n'étant toujours pas résolu à l'heure actuelle, ce rendez-vous sera pour la BoJ l'occasion de gérer les risques. 
  • Alors qu'une hausse des taux en avril semblait auparavant probable, nous pensons que la BoJ estimera que les risques pesant sur la croissance économique, en particulier les perturbations potentielles de la chaîne d'approvisionnement, l'emportent actuellement sur le risque de prendre du retard sur l'inflation.
  • Nous restons optimistes sur les actions japonaises, tout en adoptant des positions neutres sur le yen japonais et les obligations d'État japonaises (JGB).

En période de forte incertitude, la Banque du Japon adopte généralement une attitude prudente. À l’instar de l’hésitation observée après le «Jour de la Libération», nous nous attendons à ce qu’une dynamique similaire se mette en place. Bien que la Banque du Japon ait précédemment préparé le terrain pour une intervention en avril, le conflit au Moyen-Orient a fondamentalement modifié la donne. La banque centrale est désormais contrainte de mettre en balance une éventuelle flambée de l’inflation par les coûts et une grave perturbation de la chaîne d’approvisionnement qui pourrait compromettre la fragile reprise économique du Japon. Tant que la visibilité sur ces risques ne s’améliorera pas, la Banque du Japon devrait rester en attente.

De plus, la BoJ conclura probablement qu’elle peut se permettre d’attendre. Le gouvernement s'attaque actuellement aux difficultés économiques immédiates de manière plus efficace qu'une hausse des taux ne pourrait le faire. Des subventions énergétiques supplémentaires visent à atténuer l'impact de la récente flambée des prix de l'énergie. Le yen reste donc le principal point de tension. Cependant, étant donné que les nouvelles menaces d'intervention du ministère des Finances ont jusqu'à présent maintenu la paire USD/JPY sous le niveau de 160, alors même que les anticipations de marché concernant une hausse en avril se sont effondrées, la Banque du Japon ne voit probablement aucune urgence immédiate à intervenir par le biais du taux directeur.

Lors de la prochaine conférence de presse, nous nous attendons à ce que le gouverneur Ueda souligne que la trajectoire sous-jacente de la politique de la Banque du Japon reste inchangée. M. Ueda devrait réaffirmer que les hausses de taux reprendront une fois que les perspectives de la Banque se seront concrétisées, tout en reconnaissant que les risques baissiers à court terme se sont intensifiés et justifient un certain report à des fins de gestion des risques. La reprise du cycle de hausse dépend de la stabilisation géopolitique. Si les tensions s’apaisent et que le détroit d’Ormuz redevient navigable, nous prévoyons que les hausses seront de nouveau à l’ordre du jour d’ici l’été. Toutefois, les investisseurs ne doivent pas s’attendre à des signaux agressifs lors de la réunion d’avril. Au contraire, la BoJ privilégiera probablement une stratégie d’orientation progressive afin de préserver ses options face à l’incertitude.

Dans ce contexte, nous maintenons notre vision constructive sur les actions japonaises. Malgré la forte exposition du Japon aux importations d'énergie et la nécessité de faire preuve de souplesse en cas de détérioration de la situation géopolitique, le marché «fait abstraction» pour l'instant des perturbations immédiates au Moyen-Orient, se concentrant plutôt sur les chances d'une désescalade. Alors que le discours revient sur les moteurs fondamentaux de la croissance, en particulier l'accélération des thèmes de l'IA et des semi-conducteurs, les actions japonaises restent bien positionnées.

En ce qui concerne le yen japonais, nous adoptons une position neutre. Le choc sur les termes de l'échange et la hausse des rendements dans d'autres régions ont pesé sur le yen. Aux niveaux actuels, nous nous attendons à ce que les efforts visant à défendre la devise face à ces vents contraires se poursuivent. Toutefois, en l'absence de catalyseurs immédiats susceptibles de déclencher un rebond durable, le potentiel de hausse devrait également rester limité.

Enfin, nous restons neutres sur les obligations d'État japonaises (JGB). La hausse mondiale des rendements a entraîné celle des rendements japonais, créant une marge potentielle de recul en cas de résolution des conflits ou d'inquiétudes liées à la croissance. À l'inverse, une Banque du Japon prudente, associée à une réponse budgétaire vigoureuse, pourrait contribuer à une nouvelle hausse des rendements. Pour l'instant, nous considérons que ces risques et opportunités s'équilibrent globalement.

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