Renforcer la résilience par l’investissement thématique

Marco Bonaviri, CBH Compagnie Bancaire Helvétique

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Entre tensions géopolitiques et volatilité, l’investissement thématique s’impose comme un levier clé de résilience à long terme.

 

La dynamique des marchés financiers est aujourd’hui façonnée par deux forces majeures: d’une part, des moteurs de croissance à long terme, comme le déploiement d’infrastructures liées à l’intelligence artificielle et l’électrification des réseaux ; d’autre part, une fragmentation géopolitique accrue, marquée par des conflits armés sporadiques. Si l’issue du conflit entre l’Iran et les États-Unis aux côtés d’Israël reste par nature imprévisible, les marchés semblent anticiper une escalade contenue, avec un pic des prix du pétrole appelé à se modérer. L’histoire invite toutefois à la prudence: les interventions américaines passées montrent que si les phases militaires initiales peuvent être brèves, les conflits poursuivant des objectifs politiques – comme le changement de régime – le sont rarement. Si les prix du pétrole devaient se maintenir durablement au-dessus de 100 dollars le baril, avec des effets sur la croissance et l’inflation, la priorité devient alors de renforcer la résilience des portefeuilles.

L’enjeu est de savoir si les portefeuilles sont suffisamment ancrés dans des dynamiques structurelles capables d’absorber ces chocs géopolitiques. Il ne s’agit pas seulement d’une allocation stratégique rigoureuse, d’ajustements tactiques opportuns et de stratégies de couverture. Les investisseurs gagneront à privilégier des thématiques de croissance à long terme afin de constituer un socle durable pour l’appréciation du capital dans la durée. Parmi ces thématiques, le développement de l’écosystème de l’intelligence artificielle apparaît particulièrement attractif en raison de son adoption croissante par les entreprises et des investissements soutenus dans les infrastructures. Si le débat entre fondamentaux et bulle persiste, la performance des valeurs liées à l’IA repose avant tout sur des fondamentaux solides.
Le déploiement de l’IA repose sur des plans d’investissement massifs portés par les grandes capitalisations technologiques, en particulier les hyperscalers (Amazon, Google, Microsoft, Meta, etc.). Ces investissements irriguent l’ensemble de l’écosystème technologique – des semi-conducteurs aux logiciels – et débordent désormais vers des secteurs connexes tels que l’énergie, les services aux collectivités ou encore l’industrie. Les dépenses liées aux infrastructures de l’IA devraient ainsi croître de 45% en 2026 et afficher un taux de croissance annuel de 26% entre 2025 et 2030 (Standard Chartered), témoignant d’un cycle d’investissement toujours en phase d’accélération et d’une diffusion progressive à l’ensemble de l’économie réelle.

Dans un contexte marqué par l’incertitude géopolitique et des chocs exogènes ponctuels, la tentation est forte de se focaliser sur les risques à court terme et de remanier les portefeuilles dans l’urgence. 

Ce cycle s’accompagne toutefois d’interrogations. Les hyperscalers sont engagés dans une véritable «course aux dépenses», investissant massivement dans les centres de données, les semi-conducteurs spécialisés et les capacités cloud. Les dépenses d’investissement représentent désormais près de 20% du chiffre d’affaires, contre une moyenne historique d’environ 8% (J.P. Morgan), illustrant un basculement rapide vers des modèles nettement plus intensifs en capital. Si ces dynamiques pèsent à court terme sur les marges, la récente correction des valorisations semble en partie les intégrer, offrant un point d’entrée plus attractif pour les acteurs les mieux positionnés. Le risque d’un ralentissement des investissements liés à l’IA ne peut être exclu à moyen terme, mais un retournement généralisé du cycle apparaît peu probable à ce stade. Les dépenses restent soutenues et continuent de s’élargir à un nombre croissant d’acteurs, renforçant la profondeur et la durabilité du thème.

Sur le plan des bénéfices, la technologie – premier secteur de la cote américaine – demeure le principal moteur du marché. En 2026, elle devrait afficher la croissance la plus élevée du S&P 500 (FactSet), avec un BPA en hausse de 33,5% et des revenus de 21,5%, nettement au-dessus des moyennes de l’indice (respectivement 15,3% et 8%). Cette dynamique devrait se prolonger en 2027, avec une croissance attendue du BPA de 23,4%, là encore la plus élevée parmi l’ensemble des secteurs.

Dans un contexte marqué par l’incertitude géopolitique et des chocs exogènes ponctuels, la tentation est forte de se focaliser sur les risques à court terme et de remanier les portefeuilles dans l’urgence. Pourtant, à moyen-long terme, la performance reste avant tout portée par des dynamiques de croissance structurelle, au premier rang desquelles figurent l’intelligence artificielle et l’électrification. L’enjeu n’est donc pas d’éviter la volatilité, mais de construire des portefeuilles résilients, capables d’absorber ces chocs conjoncturels tout en maintenant le cap.

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