La BCE va-t-elle relever ses taux d'intérêt dans le contexte de la guerre en Iran?

Antje Schiffler, Morningstar

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La flambée des prix du pétrole et du gaz oblige les investisseurs à revoir leurs prévisions concernant l'inflation dans la zone euro et la politique de la Banque centrale européenne.

Points clés à retenir

  • Les anticipations du marché concernant de futures baisses de taux ont radicalement changé depuis la flambée des prix du pétrole et du gaz à la suite de la guerre en Iran; les marchés tablent désormais sur jusqu’à deux hausses de taux d’ici la fin de l’année 2026.
  • L’inflation dans la zone euro devrait être plus élevée.
  • Les prévisions de croissance sont revues à la baisse en raison de la hausse des prix de l’énergie.

La Banque centrale européenne devrait maintenir ses taux d’intérêt inchangés le 19 mars, malgré les craintes d’une hausse de l’inflation dans la zone euro suite à la flambée des prix du pétrole et du gaz naturel.

Le sentiment s’est considérablement inversé depuis que les frappes israélo-américaines contre l’Iran ont secoué les marchés énergétiques mondiaux, les anticipations de baisses des taux de la BCE ayant cédé la place à des paris sur des hausses de taux en 2026.

Les marchés à terme, qui reflètent en temps réel les anticipations des investisseurs concernant les taux directeurs futurs des banques centrales, tablent désormais sur une à deux hausses de 25 points de base d’ici la fin de l’année 2026.

«La BCE devrait maintenir ses taux inchangés lors de sa réunion de la semaine prochaine», déclare Grant Slade, économiste international chez Morningstar.

Il estime que les marchés financiers ont réagi de manière excessivement vive. «Nous ne pensons pas que le conflit au Moyen-Orient modifie sensiblement les perspectives concernant les taux directeurs de la zone euro en 2026, à condition que ce conflit reste relativement bref.»

Une nouvelle baisse des taux d’intérêt pourrait encore intervenir fin 2026, à mesure que la pression inflationniste en provenance du Moyen-Orient s’atténuera au cours des deux ou trois prochains trimestres, ajoute-t-il.

Les économistes s’attendent à ce que la BCE maintienne ses taux inchangés en mars

Carsten Brzeski, responsable mondial de l’analyse macroéconomique chez ING, s’attend à ce que la BCE maintienne ses taux inchangés la semaine prochaine.

«Le débat sur de nouvelles baisses des taux est pratiquement clos», déclare-t-il.

«D’ici la réunion de la BCE du 19 mars, le contexte macroéconomique aura considérablement évolué depuis la dernière réunion. Compte tenu du conflit au Moyen-Orient, le risque d’une inflation inférieure aux prévisions – ainsi que toute discussion concernant de nouvelles baisses de taux – devrait être définitivement écarté», ajoute M. Brzeski.

Les prix du Brent ayant augmenté d’environ 54% et ceux du gaz TTF, référence européenne, d’environ 61% depuis le début des attaques le 28 février, les analystes ont réévalué l’impact potentiel sur l’inflation et la croissance économique de la zone euro.

La BCE va publier ses prévisions actualisées concernant l’inflation et la croissance dans la zone euro

Les services de la BCE présenteront également une nouvelle série de projections macroéconomiques trimestrielles lors de la réunion de mars.

«Même si le choc actuel des prix du pétrole ne devait être que de courte durée, il n’en affecterait pas moins l’inflation avec un certain décalage – par exemple via les chaînes d’approvisionnement ou la hausse des prix de l’essence pour les consommateurs en hiver», explique M. Brzeski.

«Il est temps d’aménager une pièce sécurisée dans le “bon niveau” de la BCE», a-t-il ajouté, faisant référence aux déclarations répétées de la présidente de la BCE, Christine Lagarde, selon lesquelles l’inflation se situe «à un bon niveau».

«Le principal enseignement à tirer de la réunion du Conseil des gouverneurs sera sans doute que la situation est trop incertaine. Tant que l’économie ne se détériore pas de manière significative, il existe de solides arguments en faveur du maintien des taux inchangés pour l’instant. Le deuxième outil le plus important de la BCE, ce sont les mots. Et c’est précisément cet outil qu’elle utilisera la semaine prochaine. La question clé sera de savoir si le discours de la BCE évoluera», selon M. Brzeski.

Le deuxième outil le plus important de la BCE, ce sont les mots. Et c’est précisément cet outil qu’elle utilisera la semaine prochaine.

La semaine prochaine s’annonce chargée pour les responsables des banques centrales: la Réserve fédérale américaine rendra sa décision sur les taux mercredi, suivie jeudi par la Banque nationale suisse, la Banque d’Angleterre, la Riksbank suédoise et la BCE.

Quels sont les principaux taux d’intérêt de la BCE?

La première baisse des taux de la BCE a eu lieu en juin 2024 et,au total, huit baisses ont ramené le taux de la facilité de dépôt de 4,00% à son niveau actuel de 2,00%. Depuis le 11 juin 2025, les trois taux directeurs de la BCE s’établissent comme suit:

  • Taux de la facilité de dépôt: 2,00%
  • Taux de refinancement de base: 2,15%
  • Facilité de prêt marginal: 2,40%


Source: BOE, ECB, FRED, RB, and SNB. Data as of March 13, 2026.

 


La flambée des prix de l’énergie suscite de nouvelles inquiétudes concernant l’inflation dans la zone euro

Selon M. Slade, de Morningstar, si le conflit reste relativement bref, les prix de l’énergie devraient baisser au second semestre 2026. «Mais l’inflation connaîtra tout de même une recrudescence au cours des prochains trimestres, à mesure que la flambée des prix de l’énergie se répercutera sur le taux d’inflation global mesuré par l’IPCH. En conséquence, nous pourrions voir la BCE se montrer un peu plus prudente lors de ses réunions de politique monétaire d’ici à l’automne.»

Le dollar américain s’est fortement apprécié face à l’euro, contredisant ainsi l’idée selon laquelle un euro fort permettrait de contenir l’inflation importée dans la zone euro. La monnaie unique s’échangeait à 1,1778 face au billet vert avant les attentats et a depuis chuté à 1,1457, ce qui rend les importations – y compris celles d’énergie – plus coûteuses pour les acheteurs de la zone euro.

«Dans un contexte de hausse des prix de l’énergie, les risques d’inflation se sont considérablement accrus, d’autant plus que la hausse du coût de la vie observée ces dernières années s’est profondément ancrée dans l’esprit des consommateurs», explique Ulrike Kastens, économiste senior chez DWS. «Après tout, il a fallu cinq ans pour que les pertes de salaire réel accumulées depuis le début de la pandémie soient en grande partie compensées. En particulier, compte tenu de la tension persistante sur le marché du travail et de la capacité des entreprises à augmenter leurs prix, le risque d’effets de second tour s’est accru», ajoute-t-elle.

«Il est toutefois peu probable que la BCE réagisse de manière impulsive; il faudrait plus qu’un seul mauvais chiffre d’inflation en mars», selon M. Kastens.

Les perspectives de croissance en Europe s’assombrissent

Selon M. Brzeski, d’ING, les données relatives à la croissance économique sont pour l’instant très peu concluantes. «Les enquêtes récentes se sont révélées plutôt positives, tandis que les données concrètes – notamment celles provenant d’Allemagne – ont été plutôt décevantes.»

La Deutsche Bank a revu à la baisse ses prévisions pour l’économie allemande en 2026, passant de 1,5% à 1,0%, estimant que la flambée des prix de l’énergie et les incertitudes géopolitiques risquent de contrecarrer l’élan de croissance généré par une expansion budgétaire à grande échelle. «Cela pèsera sur la balance commerciale de l’Allemagne, freinera les dépenses de consommation et aggravera les difficultés de compétitivité auxquelles est déjà confrontée l’industrie allemande», indique la note de recherche.

Selon l’Institut Ifo, dans un scénario d’escalade, l’impact négatif de la guerre sur la croissance économique allemande s’élèverait à 0,8 point de pourcentage au total pour cette année et l’année prochaine, par rapport au scénario d’avant-guerre.

Selon l’Institut national de recherche économique et sociale, basé au Royaume-Uni, la croissance dans la zone euro pourrait reculer de 0,2% en 2026 si les répercussions du conflit persistent.

La BCE va-t-elle baisser ses taux en 2026?

Mme Kastens, de DWS, estime que le taux de dépôt de la BCE devrait rester inchangé à 2,0% au cours des prochains mois. «Si nécessaire, toutefois, la BCE agirait probablement plus rapidement aujourd’hui qu’elle ne l’a fait en 2022 afin de contrer dès le début la hausse des anticipations d’inflation», a-t-elle déclaré.

«Le facteur déterminant sera la durée de la guerre avec l’Iran et la période pendant laquelle elle continuera à perturber considérablement les marchés de l’énergie. Comme il n’y a pas de réponse simple à cette question, il sera d’autant plus important pour la présidente de la BCE, Christine Lagarde, d’affirmer clairement que la flambée de l’inflation observée en 2022 et 2023 ne se reproduira pas. Des hausses de taux deviennent donc de plus en plus probables, tandis que les baisses de taux sont exclues», selon M. Kastens.

M. Brzeski, d’ING, ajoute: «Si le détroit d’Ormuz était bloqué pendant plusieurs mois et que les prix du pétrole grimpaient à 110 ou 120 dollars le baril, je pourrais imaginer que la BCE relève ses taux d’intérêt une ou deux fois cette année.»

Quand auront lieu les réunions de la BCE en 2026?

  • 30 avril 2026
  • 11 juin 2026
  • 23 juillet 2026
  • 10 septembre 2026
  • 29 octobre 2026
  • 17 décembre 2026

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