Selon Donald Trump, la guerre approche de sa fin

Sebastian Paris Horvitz, LBP AM

5 minutes de lecture

Selon lui, l’Iran «n’a plus de marine de guerre, plus de communications, plus d’aviation».

La guerre en Iran continue avec une diffusion aux autres pays de la région. Ainsi, les affrontements via des bombardements mutuels entre la coalition Etats-Unis-Israël et l’Iran se poursuivent. Alors que les frappes de la coalition restent intenses, la stratégie américano-israélienne semble s’être un peu modifié, avec des attaques visant non seulement des objectifs militaires mais aussi les infrastructures, notamment d’approvisionnement d’eau et pétrolières.

En même temps, les autorités iraniennes ont nommé Mojtaba Khamenei, pour remplacer son père, Ali Khamenei tué la semaine dernière, comme guide suprême. Celui-ci est peu connu, mais est considéré comme tenant de l’approche dure du régime islamiste. Ceci semble souligner la difficulté d’un changement de régime rapide en Iran. Au contraire, s’appuyant sur les gardes de la révolution, le régime semble s’accrocher au pouvoir. De fait, les messages des nouveaux responsables vont dans le sens de continuer la guerre en visant les intérêts américains dans toute la région.

Cette situation, s’est déjà traduite par une forte montée du prix du pétrole, dépassant les 100 dollars hier matin. En partie, ceci correspond à la fermeture presque complète du détroit d’Ormuz, avec presque plus de bateaux qu’y circule depuis quelques jours. Une prolongation, du conflit pourrait conduire à des pressions encore plus importantes sur les prix.

Par ailleurs, la stratégie américaine restait toujours aussi floue, avec néanmoins une escalade dans le discours du président Trump ce week-end, appelait à une capitulation totale de l’Iran. En même temps, de manière très étonnante, D. Trump annonçait hier soir que «la guerre était quasiment de la fin», et que «l’excursion» des Etats-Unis serait très brève. Selon lui, l’Iran «n’a plus de marine de guerre, plus de communications, plus d’aviation».  Néanmoins, juste après ces remarques, le président américain, dans une conférence de presse, a souligné que la guerre prendrait fin bientôt, mais pas cette semaine.

Les premières remarques du président américain ont rapidement provoqué un retour de la prise de risque, avec les actions américaines rebondissaient nettement pour finir la journée en hause, alors que les taux d’intérêt à long terme baissent ainsi que le prix du pétrole (en dessous de 90 dollars pour le baril de Brent). Ce mouvement a été aussi aidé par les annonces par plusieurs grands pays de chercher à atténuer les hausses des prix énergétiques, soit par des subventions, soit par un accroissement de l’offre en utilisant les réserves stratégiques.

Au total, les propos de D. Trump n’apportent pas beaucoup de clarté, du moins à très court terme, même s’ils pourraient signaler une tolérance limitée du président américain à un choc économique important. Quoi qu’il soit, tant que le conflit persiste, le marché pétrolier rester sous tension, provoquant un effet négatif direct sur la croissance pour la plupart des pays. En même temps, nous maintenons un scénario central intégrant un choc qui ne dépasserait pas 1-2 mois, sans hausse extrême et durable (au-dessus de 100 dollars le baril) du prix du pétrole.

Toutefois, la possibilité d’un scénario plus adverse nous pousse encore à la prudence. Aussi, après la forte poussée des taux à long terme outre Atlantique comme en Europe, nous sommes devenus plus constructifs sur les obligations souveraines.

Comme nous l’avons déjà indiqué dans des publications antérieures, un de éléments permettant aux économies de résister au choc énergétique, est la dynamique de croissance actuelle. En ce sens, alors que l’économie américaine semble rester robuste, comme indiqué par les dernières enquêtes ISM, notamment celle dans les services, la consommation a perdu de son élan. Ceci a été confirmé par des ventes au détail un peu décevantes en janvier, même si affectées par des conditions climatiques adverses en fin de mois. 

En outre, alors que nous attendions que le marché de l’emploi maintienne son rebond de janvier, le rapport emploi de février a donné un message très décevant avec une destruction de 92 mille postes de travail sur le mois. En outre le taux de chômage est remonté à 4,4%. Ceci montre que les entreprises restent très attentistes. Une reprise des embauches est essentielle pour soutenir la consommation et assurer la persistance de la croissance. Seul point un peu positif, a été la poursuite de la progression des salaires, un peu au-dessus de l’inflation, donc améliorant le pouvoir d’achat des salariés. Mais le choc énergétique actuel risque de peser sur les dépenses des ménages en mars. 

Guerre au Moyen-Orient: des tensions en hausse  

Une accalmie dans la hausse des prix du pétrole et du gaz 

La guerre continue au moyen orient, maintenant les tensions sur le prix du pétrole et du gaz. Néanmoins, hier soir, le président Trump a surpris tout le monde en suggérant que la guerre en Iran était proche de sa fin. Il a notamment souligné que le pays «n’avait plus de marine de guerre, plus de communications, plus d’aviation».  En même temps, les objectifs énoncés il y a peu, concernant un changement de régime ou la capitulation totale du pays n’étaient plus évoqués. Au total, le président américain a donné un message qui semble indiquer une tolérance plus limitée à un choc économique important du fait de la hausse des prix énergétiques.

Du point de vue militaire, les bombardements israéliennes et américaines se sont aussi dernièrement portés vers la destruction des infrastructures du pays au-delà des objectifs purement militaires. Ainsi, des infrastructures de production d’eau comme des réservoirs de pétrole ont été touchées, fragilisant davantage le pays.

En même temps, le nouveau leadership iranien reste dominé par les positions les plus dures, avec notamment la nomination du fils   d’Ali Khamenei comme guide suprême.  De fait, les attaque de drones iraniens sur l’ensemble de la région se sont poursuivies, même si l’intensité semble avoir diminué. 

Le détroit d’Ormuz, vital pour la circulation du pétrole et du gaz, reste bloqué

Cette situation maintien le détroit d’Ormuz bloqué pour l’instant. En effet, les statistiques que compile le FMI avec l’aide de l’Université d’Oxford montrent que presque aucun cargo ne circule. Evidemment, un arrêt rapide du conflit permettrait de revenir à une situation normale assez vite.  En revanche, la proposition d’escorter les cargos par des forces militaires ne permettrait pas vraiment de retrouver une situation normale rapidement.

Par ailleurs, les suggestions pour atténuer le choc énergétique prospèrent un peu partout, allant du déploiement des réserves pétrolières stratégiques des pays de l’OCDE à des nouvelles aides dans chaque pays pour les ménages. Sur ce dernier point, il est clair que les situations budgétaires dans des nombreux pays se sont tellement dégradées ces dernières années que les marges de manœuvres sont plus limitées.

Nous pensons qu’à court terme l’incertitude restera grande avant qu’on puisse s’approcher à une éventuelle fin de se conflit. En même temps, les déclarations de D. Trump hier semblent indiquer une tolérance plus limitée à un choc économique trop important que ce que laissaient croire les propos très belliqueux de ces derniers jours. Ceci va dans le sens de notre scénario d’un conflit qui serait relativement court, ne dépassant pas le 1-2 mois. Ainsi le choc négatif sur la croissance mondiale serait limité.

En même temps, à ce stade il est encore trop tôt pour écarter complétement les scénarios les plus adverses. C’est pour cela que nous restons assez prudents à très court terme. Entre-temps, vu la très forte montée des taux à long terme, nous sommes devenus un peu plus constructifs sur les obligations souveraines des deux côtés de l’Atlantique.

Etats-Unis: L’emploi reste déprimé et pourrait peser sur la consommation  

Le taux de chômage remonte en février

Comme nous l’avons souligné dans des publications antérieures, la résistance des économies au choc énergétique, même si court, dépendra aussi de la dynamique économique actuelle. En ce sens, on a été rassuré par les enquêtes PMI de début d’année qu’allaient dans le sens d’une bonne tenue de l’activité. En particulier aux Etats-Unis, la dernière enquête ISM sur les services donnait un message très favorable.

En même temps, ce message favorable de la part des entreprises, continue à contraster avec la situation du marché de l’emploi outre Atlantique. En effet, le rapport emploi pour le mois de février à été très décevant, avec des fortes destructions d’emplois et surtout une nouvelle hausse du chômage qui repasse à 4,4%. En revanche le taux de sous-emploi, ou le taux de chômage élargi, a continué à reculer, ceci s’expliquant peut-être par un taux de participation plus faible et une forte baisse des emplois temporaires.

Des fortes destruction d’emplois en février 

Les destructions de postes de travail ( -92 mille) ont touché presque tous les secteurs, même celui de la santé qui jusqu’ici restait le plus dynamique. En même temps, concernant ce dernier les chiffres ont été grandement perturbés par des grèves qui sont maintenant terminées. Aussi, les conditions climatiques adverses ont un peu exagéré ces chiffres très médiocres. La réduction de l’emploi était visible sur les deux enquêtes, auprès des ménages comme auprès des entreprises.

Les salaires résistent

Seul point positif du rapport emploi a été l’évolution des salaires. En effet, les salaires ont continué à progresser au cours du mois de février plus rapidement que l’inflation, ce qui est positif pour le pouvoir d’achat. Toutefois, il faudra attendre les autres statistiques sur les salaires pour en être certains de cette évolution.  Si ce message est confirmé ce sera un facteur positif pour la consommation.

Néanmoins, pour que la croissance américaine résiste, il faut que le marché de l’emploi se reprenne, permettant une amélioration de la confiance.  

La consommation a perdu de sa robustesse 

Une amélioration de la dynamique de l’emploi est essentielle pour soutenir la consommation et la croissance. En ce sens les chiffres des ventes au détail pour le mois de janvier ont montré que l’appétit de consommation restait moins solide qu’en milieu d’année dernière. Le choc énergétique sur le mois de mars ne devrait pas arranger les choses. Ainsi, il est probable que la croissance en ce début d’année sera un peu plus faible que ce qui était attendu jusqu’ici, mais sans complétement remettre en cause, à ce stade, les perspectives favorables pour le reste de l’année, après une normalisation de la situation géopolitique et des prix énergétiques.  

A lire aussi...