Les prix du pétrole ont flambé lundi dans les échanges asiatiques, dopés par les craintes de perturbations sur l’offre de brut en raison du conflit au Moyen-Orient, qui faisait aussi grimper l’or valeur-refuge et trébucher les Bourses.
Le baril de Brent franchit brièvement 80 dollars
Vers 06H30 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord s’envolait de 7,56% à 78,37 dollars, après avoir ouvert en hausse de 13% à quelque 82 dollars.
Le baril de WTI nord-américain prenait 7,21% à 71,82 dollars.
Le Brent, référence internationale de l’or noir, avait déjà progressivement intégré une prime de risque géopolitique pour s’afficher à 72 dollars vendredi, loin des 61 dollars du début d’année.
Avec l’embrasement régional, le transport maritime via le détroit d’Ormuz, par où transite quelque 20% de la consommation mondiale de pétrole, est compromis, le trafic y étant suspendu de facto.
Après l’attaque de deux navires dimanche au large des Emirats arabes unis et d’Oman, l’Organisation maritime internationale (OMI) a appelé les compagnies maritimes à «éviter» la région. Le prix des assurances devient prohibitif, et les principales compagnies ont confirmé suspendre le passage.
Réagissant au conflit, l’Arabie saoudite, la Russie et six autres membres du cartel d’exportateurs Opep+ ont augmenté dimanche leurs quotas de production de pétrole de 206’000 barils par jour pour le mois d’avril.
Cependant, «même sans arrêt total de la production, la hausse des primes liées au conflit, les modifications d’itinéraires et la réévaluation des assurances peuvent maintenir les coûts du pétrole brut et du fret à un niveau élevé», observe Charu Chanana, de Saxo Markets.
Certes, des «infrastructures alternatives au Moyen-Orient peuvent être utilisées pour contourner les flux transitant par le détroit, mais l’impact net demeure une perte effective de 8 à 10 millions de barils d’offre de brut», complète Jorge Leon, analyste chez Rystad Energy.
«Le talon d’Achille du (président américain Donald) Trump, ce sont les prix pétroliers élevés», ajoute Michelle Brouhard, analyste chez Kpler, selon qui l’Iran pourrait chercher à maintenir hauts les prix du brut pour faire plier Washington en amont de l’élection américaine de mi-mandat en fin d’année.
___ L’or, valeur-refuge, attire
Le cours de l’or, traditionnel refuge face aux incertitudes géopolitiques, a grimpé de 2% lundi avant de tempérer ses gains.
Vers 06H30 GMT, le prix de l’or progressait de 1,88% à 5378 dollars l’once.
«Alors que les Etats-Unis déployaient des troupes, avions et des navires de guerre dans la région ces dernières semaines, les métaux précieux s’étaient déjà redressé», observe Kathleen Brooks, analyste de XTB.
«Ils continueront de briller en tant que réserve de valeur. L’or pourrait s’avérer particulièrement attractif, surtout si le conflit engendre de l’inflation suite à une flambée des prix du pétrole», souligne-t-elle.
Le dollar, de son côté, se renforçait également, gagnant 0,54% face à la monnaie japonaise, à 156,90 yens pour un dollar.
Bourses sous pression
A la Bourse de Tokyo, l’indice vedette Nikkei a clôturé en repli de 1,34% à 58’057,24 points, et l’indice élargi Topix en baisse de 1,02% à 3898,42 points.
La Bourse de Sydney a fini à l’équilibre, Taipei a lâché 0,90%. Vers 06H30 GMT, l’indice hongkongais Hang Seng perdait 1,92%. Séoul était fermée.
Face à «l’aggravation des risques géopolitiques», «il est fort probable que le marché japonais connaisse une période de ventes massives par aversion au risque», commentent les analystes du courtier Monex.
La flambée des prix du pétrole pourrait alimenter de vives tensions inflationnistes et assombrir la conjoncture économique.
«La réaction des marchés boursiers pourrait être influencée par le fait qu’il s’agit d’une crise majeure qui ne se résoudra pas en quelques jours», explique Mme Brooks.
Dans les Émirats arabes unis, touchés par des frappes iraniennes depuis samedi en riposte à l’attaque israélo-américaine, l’autorité de régulation financière a annoncé dimanche la fermeture exceptionnelle des places boursières de Dubaï et d’Abou Dhabi pour lundi et mardi inclus.
Nintendo et l’aérien en berne
L’action Nintendo s’est effondrée de presque 5% en séance à la Bourse de Tokyo: le géant nippon du jeu vidéo est pénalisé par la possibilité qu’un bouleversement de ses itinéraires de livraison par bateau suite aux frappes en Iran ne renchérisse les coûts logistiques pour les consoles Switch 2 destinées à l’Europe.
Les principaux transporteurs maritimes mondiaux détournent leurs services du canal de Suez, après que les militants houthis ont menacé de reprendre leurs attaques contre des cargos en mer Rouge.
Les compagnies aériennes, plombées par la paralysie du ciel au Moyen-Orient, ont aussi plongé: Japan Airlines (-5,88%) at ANA (-5,34%) ont dévissé, et vers 06H30 GMT, Cathay Pacific lâchait 2,77% à Hong Kong.