En décembre 2025, le Conseil national a clairement accepté l’initiative parlementaire Bregy «Une protection des plantes moderne, c'est possible». Au cours des prochaines semaines, le Conseil des Etats se penchera sur ce projet.
Cette initiative prévoit la reprise des décisions d’autorisation de l’Union européenne et de ses Etats membres en matière d'homologation des substances actives et des produits phytosanitaires. Associée aux mesures récurrentes de la pollution des eaux, elle contribue à un débat intense sur les risques liés à l’utilisation des produits phytosanitaires.
Comparer les risques
Ce débat est juste et nécessaire. Mais il ne représente qu’un seul côté de la médaille, ce que l'on oublie souvent. Renoncer à l’utilisation de produits phytosanitaires efficaces comporte également des risques. Les maladies et les ravageurs se propagent plus rapidement, les récoltes sont perdues, la qualité diminue et la dépendance vis-à-vis des importations augmente.
Les entreprises investissent – comme dans l’industrie pharmaceutique – des sommes considérables sur de longues périodes pour développer de nouvelles substances actives.
Quiconque souhaite réfléchir et agir de manière responsable en matière d’environnement, d’agriculture et de sécurité d’approvisionnement doit donc considérer la situation dans son ensemble: les risques liés à l’utilisation comme ceux liés à la non-utilisation.
Depuis toujours, les agriculteurs protègent leurs cultures contre les ravageurs et les maladies. Dans l’Antiquité déjà, on utilisait le soufre contre les champignons, puis des produits phytosanitaires ciblés ont fait leur apparition au XIXe siècle, comme la bouillie bordelaise.
Avec le développement de la chimie moderne, des substances actives synthétiques ont été introduites à partir des années 1940. Les erreurs commises par le passé ont conduit à la mise en place de réglementations strictes et de normes de sécurité élevées. Ce cadre a rendu l’utilisation nettement plus sûre et plus ciblée.
Un rendement accru avec moins de substances actives
Aujourd’hui, les agriculteurs n'utilisent plus qu'environ 5% des quantités de substances actives utilisées dans les années 1950. Dans le même temps, la production agricole mondiale a augmenté d’environ 60%. Cela a été rendu possible grâce à des produits phytosanitaires modernes et précis, ainsi qu’à des investissements massifs dans la recherche et le développement.
Les entreprises investissent – comme dans l’industrie pharmaceutique – des sommes considérables sur de longues périodes pour développer de nouvelles substances actives. Il faut souvent entre 10 et 15 ans pour qu’un produit franchisse les procédures d’évaluation strictes et obtienne une autorisation. Parallèlement, de nouvelles maladies et résistances apparaissent en permanence. La protection des cultures reste une course contre la montre.
Lorsque les moyens font défaut, le risque augmente
En Suisse, les autorités politiques et administratives ont fortement durci les conditions d’utilisation ces dernières années. Plus de 200 substances actives ont été supprimées. Pour combler rapidement les lacunes qui en résultent, les autorités recourent de plus en plus à des autorisations d’urgence – avec des conséquences tangibles pour l’agriculture:
Il convient de mentionner ici une réduction des possibilités de gestion des résistances, une augmentation des risques de pertes de récoltes, une baisse de la qualité des produits, une moindre disposition des agriculteurs à cultiver certaines plantes et une dépendance croissante à l'égard des importations alimentaires.
Un pilier central de la protection intégrée des cultures se trouve ainsi sous pression: l’utilisation ciblée de produits efficaces et sûrs. Les phénomènes météorologiques extrêmes et les maladies affectent davantage les cultures, les fluctuations des récoltes augmentent et l’approvisionnement national s’en ressent.
L’exemple du colza illustre concrètement les conséquences d’une protection phytosanitaire insuffisante: le colza est un maillon essentiel de la rotation des cultures et contribue à la santé des sols ainsi qu’à la prévention des maladies. L’interdiction du traitement des semences aux néonicotinoïdes ainsi que les restrictions strictes concernant l’utilisation des insecticides (pyréthrinoïdes) ont accru les risques de production et entraîné des pertes de récolte. Malgré une demande en hausse, la production de colza a reculé de 11% ces dernières années. A défaut de solutions alternatives efficaces à court terme, la production indigène de colza continuera de diminuer en raison des risques croissants liés à sa culture.
Cette évolution montre de manière exemplaire que la non-action comporte elle aussi des risques considérables, qui doivent être pris en compte dans une évaluation globale.
Plus rapide et plus efficace
Un système alimentaire durable exige une évaluation équilibrée des risques. Bien entendu, l’utilisation des produits phytosanitaires doit être soigneusement examinée et réglementée. Mais il faut également prendre en compte les conséquences d’un renoncement à une protection efficace.
Un principe de précaution appliqué de manière unilatérale ne suffit pas. Il faut au contraire une évaluation globale fondée sur les risques, qui mette en balance de manière transparente les bénéfices et les conséquences.
C’est précisément dans cette optique que l’initiative Bregy mentionnée en introduction prend tout son sens: une étape clé consiste à accélérer les procédures d’autorisation pour les produits phytosanitaires modernes et sûrs. Ce n’est qu’ainsi que les agriculteurs pourront accéder à temps à des solutions actuelles pour maintenir les cultures en bonne santé et garantir durablement l’approvisionnement de la Suisse.