Un ETF monde permet une large diversification

Emmanuel Garessus

4 minutes de lecture

Jonathan Decurtins, de Vanguard, recommande de rester investi, parce que les 7 magnifiques d’aujourd’hui ne seront pas les mêmes dans 5 ou 10 ans.

 

L’année 2025 est à nouveau favorable aux ETF. Ces instruments ont été introduits sur le marché par le groupe Vanguard. Réputés pour leur fable coût, Vanguard déclare disposer des frais les plus bas du marché en Europe. Après ces derniers ajustements, le ratio de frais moyen pondéré par les actifs pour l’ensemble de ses ETF actions et obligataires en Europe s’élèvera à 0,13%.

En Suisse, Jonathan Decurtins est, chez Vanguard, responsable de la distribution auprès des banques en Suisse (Wholesale). Il répond aux questions d’Allnews sur les développements de Vanguard en Suisse et sur le marché des ETF:

Comment s’est développé Vanguard en Suisse en 2025?

Le groupe Vanguard, pionnier de la gestion indicielle puisqu’il a lancé le premier fonds indiciel pour les investisseurs privés, a fêté ses 50 ans cette année. En Suisse, les affaires se sont bien développées. Notre équipe de distribution est bien établie, notamment en Romandie avec deux experts bien connus au service des intermédiaires financiers (banques et gérants de fortune indépendants), et moi-même en soutien. La Suisse romande est une partie importante de notre stratégie. 

Nous avons lancé plusieurs nouveaux produits obligataires, des ETF Fixed Income et deux nouvelles stratégies actives, Global Core Funds qui couvrent l’ensemble des marchés obligataires en fonction de deux niveaux de risque. D’autres produits suivront l’année prochaine.

Vanguard est réputé pour son bas niveau de frais. Comment se sont-ils modifiés cette année?

Vanguard est de nouveau parvenu cette année à réduire ses frais sur plusieurs ETF sur les actions et les obligations. Nous sommes en moyenne le gérant offrant les frais moyens les plus bas en termes de TER en Europe. Nous avons réalisé plus de 80 baisses de frais au cours des dix dernières années pour notre gamme européennes de fonds d’investissement et d’ETF.

Aux Etats-Unis, notre TER moyen est tombé à 7 points de base cette année.

«En tant que coopérative, nous n’avons pas à distribuer les bénéfices aux actionnaires».

Pour quelle raison les frais continuent-ils de baisser?

C’est le résultat de notre structure et de notre philosophie. Nous sommes une coopérative qui profite d’effets d’échelle. En tant que coopérative, nous n’avons pas à distribuer les bénéfices aux actionnaires. Les profitent demeurent dans l’entreprise pour financer les futurs développements, comme les investissements et les nouveaux produits. Les bénéfices non utilisés sont redonnés aux investisseurs à travers une baisse des frais, par exemple en 2025 en Europe et aux Etats-Unis.

Et qu’en est-il des ETF sur les actions suisses?

Vanguard n’a pas d’ETF sur les actions suisses. Nous préférons offrir des blocs centraux destinés à une allocation largement diversifiée. Cette pratique s’inscrit dans les principes de Vanguard, qui est très attachée à une large diversification.

Quelle est la réaction au rendement quasi nul des obligations suisses?

Le très bas niveau des rendements en Suisse incite à s’intéresser à d’autres marchés, par exemple à la dette émergente hedgée en francs suisses. Notre «flagship» est le fonds actif Emerging markets Fund, qui a été lancé en 2017 et qui est très apprécié en Suisse. Son TER s’élève à 60 points de base (0,6%). Il est donc tout à fait possible des rendements attractifs sur le marché obligataire. Il existe aussi des stratégies globales attractives dans l’Investment Grade (IG) avec hedge. 

Les investisseurs suisses veulent se diversifier hors des obligations suisses en raison du niveau des taux.

Les marchés d’actions sont en train de baisser. Est-ce que les marchés d’ETF permettaient d’anticiper les signes précurseurs d’une correction?

Si l’on considère les flux sur les marchés d’ETF, aucun signe de correction n’est perceptible. L’année 2025 a été une année record en Europe, avec 333 milliards de dollars d’afflux à ce jour. L’essentiel vient des actions, et surtout à travers des stratégies centrales, comme les actions monde. Le marché européen des ETF atteint maintenant 2900 milliards de dollars. La barre des 3000 milliards pourrait donc éventuellement être franchie cette année. Chez Vanguard, en Suisse le plus grand ETF en actions porte sur le FTSE all World, lequel est investi dans 3600 actions. Il est très apprécié par le grand public, notamment dans les plans d’épargne.

L’investisseur tente actuellement de réduire son exposition aux «7 magnifiques». Comment y parvenir à travers les «core ETF» privilégiés par Vanguard?

Notre message consiste à privilégier une large diversification. Dans les actions, cela peut être le cas avec un ETF Monde, lequel permet d’inclure non seulement les pays industrialisés mais aussi les émergents. 

Malgré la concentration sur la technologie, nous recommandons de rester investis parce que les «7 magnifiques» d’aujourd’hui ne seront pas les mêmes sociétés dans cinq ou dix ans. L’investisseur qui reste investi aura la chance d’être investi aux «7 magnifiques» de demain.

«Nous sommes en moyenne le gérant offrant les frais moyens les plus bas en termes de TER en Europe.»

Est-ce que des indices équipondérés ne sont pas intéressants aux yeux de Vanguard?

Nous n’investissons que dans les indices basés sur la capitalisation parce que nous évitons les handicaps du «market timing». Avec un indice équipondéré, l’investisseur réduit la part des actuels «7 magnifiques» sans participer au développement des futures stars. Les indices équipondérés se marient mal à notre philosophie orientée sur des principes à long terme et un comportement discipliné plutôt que sur des choix tactiques.

Pour réduire la pondération de la technologie ou des Etats-Unis, il existe d’autres moyens appropriés. Il est par exemple possible d’investir dans un indice Value global, ou un indice global sur les titres à haut dividende.  Ainsi, il est possible de réduire d’environ 20% la pondération de la technologie tout en restant investi globalement.

Si la demande s’intéresse fortement à un secteur comme l’IA américaine ou la défense européenne, restez-vous fixés sur vos principes, et refusez-vous de lancer des ETF sur ces secteurs?

Oui. Nous conseillons de ne pas faire des choix sectoriels ou géographiques et de rester disciplinés. Des fluctuations se produiront forcément toujours, mais c’est en gardant le cap qu’on obtient le meilleur rendement à long terme. Le market timing est très compliqué voire impossible.

Vanguard est aussi renommé dans les fonds actifs. Quelle est l’importance de votre gestion active en Suisse?

Vanguard est l’un des plus grands gérants actifs au monde, avec une part d’environ 20% des actifs allouée dans les fonds actifs, qu’il s’agisse des fonds actifs ou des ETF actifs aux Etats-Unis (en obligations). Nous sommes conscients du potentiel des ETF actifs, mais nous n’en disposons pas en Europe, du moins pour le moment.  

Quelles sont vos prévisions de marchés pour 2026?

Notre recherche se concentre sur la croissance globale et ne s’intéresse ni aux différents secteurs ni aux pays en particulier. Nous nous sommes concentrés sur l’impact de l’IA sur l’économie globale. Nous pensons que l’IA aura le plus grand impact sur les marchés et l’emploi et permettra d’augmenter effectivement la productivité. Nous n’en sommes qu’au début de cette tendance. Tout dépendra bien ur de la phase d’adoption de l’IA. Le regard ne doit pas se limiter à 2026 si l’on veut évaluer son impact sur la croissance. A court terme, il peut être perçu comme un risque. 

Pour 2026, nous anticipons une croissance économique de 2,25% aux Etats-Unis et 1% en Europe.

Et sur les taux d’intérêt?

Nous nous attendons à une petite réduction des taux de la Fed (3,75%) et à une stabilité dan la zone euro. Nous nous attendons donc à moins de baisse des taux que le consensus.

Est-ce que la fragmentation du monde en trois blocs vous amène à conseiller une répartition en trois blocs des placements?

Nous mettons à disposition des investisseurs des fonds sur ces régions, mais nous conseillons avant tout une stratégie globale aux investisseurs privés.

Vous investissez dans les plans d’épargne. Comment se développent-ils?

Nous appartenons aux pionniers dans les fonds et ETF pour les plans d’épargne en Europe, avec un accent majeur sur l’Allemagne pour des raisons historiques. En Suisse, nous avons de nombreux partenariats avec des plateformes digitales comme Swissquote, Yuh, Postfinance et des banques de détail. Les banques sont toujours plus nombreuses à investir sur ce créneau et ainsi gagner de nouveaux clients. La philosophie de Vanguard consiste à transformer l’épargnant en investisseur. En Suisse, il est par exemple plus attractif d’investir à travers le pilier 3a plutôt que de laisser son argent sur un compte d’épargne. Et aussi à travers épargne libre (3b). Notre mission est d’investir à long terme de façon diversifiée pour une retraite correcte et digne. A cette fin, nous essayons de convaincre les banques et pas uniquement les plateformes digitales. 

A l’égard des gérants indépendants, nous partageons notre recherche en particulier sur la valeur ajoutée apportée par le conseil financier dans la performance totale. Nous pouvons quantifier la valeur du conseil pour l’investisseur final. 

Nous considérons les banques et les gérants indépendants comme un marché de croissance en Suisse.

Est-ce qu’un gérant comme Vanguard est attiré par les marchés privés?

Nous n’avons pas de produit pour ces marchés en Europe, mais nous observons effectivement une demande significative à ce sujet pour l’allocation de l’investisseur. Le handicap se situe dans la liquidité offerte par les ETF et l’illiquidité des marchés privés. L’avenir dira comment un mariage est possible.

Est-ce que la demande d’ETF durables augmente?

Les ETF durables représentent 15% des flux en Europe cette année. Ce pourcentage est inchangé par rapport à l’année passée. La demande est supérieure dans les banques qui ont du sommet décidé de n’offrir que des solutions ESG.

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