Le joyeux mois d’octobre fait honneur à sa réputation. Les investisseurs se tournent vers les secteurs défensifs comme les services publics, la santé et les biens de consommation courante, qui mènent l’indice S&P500 (SPX) depuis le début du mois, une première depuis juin 2022. Cette prudence traduit un changement d’humeur sur les marchés, alors que la volatilité a réalisé un retour remarqué (pas fracassant mais remarqué), notamment après un regain de tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine. Derrière la bonne tenue des grands indices, le SPX reste proche de son record, quelques signes de fragilité apparaissent: les actions de banques régionales, de détaillants, de constructeurs immobiliers et de compagnies aériennes reculent, tandis que des faillites inattendues dans le secteur du crédit (First Brands, Tricolor) ont brièvement fait resurgir le spectre de mars 2023. Une des meilleures illustration de cette évolution du sentiment du marché se trouve dans le marché obligataire. Le rendement du 10 ans US passe brièvement sous la barre des 4% vendredi, pour revenir à 4,02% ce matin, tandis que l’or bat de nouveaux records la semaine passée, traduisant une recherche de sécurité (j’y reviens).
Le marché du crédit devient plus tendu, les écarts sur les obligations à haut rendement atteignant un plus haut depuis juin. Si certains restent confiants, arguant de solides bénéfices et de l’élan de l’intelligence artificielle, d’autres soulignent que la force des géants technologiques masque un affaiblissement de l’économie réelle, marqué par un consommateur fragilisé et un marché du travail qui perd de la vigueur. C’est ballot, le gouvernement des Etats-Unis est fermé, il a attrapé une Trumpite, les analystes du paysage macro-économique du pays naviguent aux instruments depuis 19 jours.
La semaine écoulée se termine plutôt pas trop mal pour les indices américains d’actions, la plupart progressent sur 5 séances, la séance de vendredi consacre un certain retour au calme, illustré par un joli plongeon du VIX, la volatilité du SPX perd 18% sur la journée et revient à 20,78, sa moyenne mobile à 200 jours évolue actuellement à 19,35, c’est là son principal support actuellement. Cette détente est permise par le repli des craintes autour des banques régionales américaines, ce dossier semble finalement relever d’un cas isolé. En parallèle, les tensions commerciales entre Pékin et Washington diminuent, le président des Etats-Unis a fait comme d’habitude, aboyer dans un premier temps puis édulcorer son discours au fil de la semaine. Vendredi les mastodontes de la tech se comportent bien pour la plupart, le podium du jour du SPX se compose des biens de consommation de base, des financières et de l’énergie. Le breadth est positif sur le SPX, négatif sur le NDX, les volumes d’échanges stables et les rendements obligataires en reprise, le 10 ans et le 30 ans US repassant au-dessus de leurs supports respectifs de 4,00% et 4,60%. Côté monnaies, le dollar rend du terrain la semaine passée, ce matin la paire EUR/USD traite à 1,1663, sa 100 jours évolue à 1,1651, sa 50 jours à 1,1693.
On se penche sur trois valeurs européennes qui passent une belle semaine: Ericsson (+12,89%): le groupe suédois des télécommunications retrouve de la vigueur. Bien que le chiffre d’affaires recule légèrement, les marges s’améliorent sensiblement, portées par les mesures d’économies et une gestion plus rigoureuse qu’au cours des trimestres précédents. La vente de sa filiale Iconectiv renforce les liquidités et ouvre la possibilité d’un accroissement des distributions aux actionnaires. LVMH (+10,93%): le numéro un mondial du luxe renoue avec la croissance pour la première fois de l’année. La demande repart à la hausse en Chine et la plupart des branches affichent des performances solides, notamment Sephora et les parfums. L’activité mode reste légèrement en retrait, mais montre des signes de stabilisation. L’ensemble du secteur a bénéficié de cet élan positif. Nestlé (+12,19%): le géant de l’alimentation lance une importante réorganisation, prévoyant la suppression de 16’000 postes et un recentrage sur ses segments les plus rentables. Le nouveau CEO vise à relancer la croissance des volumes et à simplifier la structure du groupe.
Devenu inévitable dans une chronique boursière, l’or est la nouvelle vedette des marchés en 2025: son cours a bondi de 57% depuis janvier, atteignant 21 records sur les 63 dernières séances. Le SPX n’a progressé que de 13% et même Nvidia, le meilleur titre des «Magnificent Seven», de 34%. Cette flambée de la relique barbare s’explique par les achats massifs des banques centrales depuis l’invasion de l’Ukraine, la crainte de blocages de réserves en dollars, des conditions financières souples et un fort engouement des investisseurs privés aux États-Unis, en Europe et en Chine. Malgré un prix supérieur à 4000 dollars l’once, plusieurs figures du marché, dont Jamie Dimon (JPMorgan), restent optimistes: il juge plausible une hausse vers 5000 ou 10’000 dollars. Quelques signaux de pause éventuelle apparaissent, comme la flambée du cours de l’argent, souvent typique d’une fin de cycle. Mais la principale menace, un resserrement monétaire de la Fed, semble peu probable, la banque centrale étant en phase de baisse des taux. Techniquement, la hausse pourrait marquer une accalmie sans véritable correction. Les stratèges conseillent simplement d’attendre une consolidation avant de renforcer les positions. Historiquement, quand l’or enchaîne autant de records, il s’apprécie encore un an plus tard dans 80% des cas. Ne tirez pas sur le messager please et croyez bien que ceci ne constitue en rien un avis.
La tendance baissière continue de peser sur les cours du pétrole. Le baril de WTI light crude traite autour des 57 dollars. Plusieurs facteurs expliquent cette évolution. D’abord, un échange récent entre Donald Trump et Vladimir Poutine a alimenté les spéculations: les deux dirigeants auraient évoqué des «avancées significatives» vers un possible accord de paix entre la Russie et l’Ukraine. Une telle issue pourrait favoriser le retour du pétrole russe sur le marché mondial, accentuant la pression à la baisse sur les prix, même si cela reste pour l’instant purement hypothétique. Ensuite, les données de l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA) ont révélé une hausse inattendue des stocks américains de brut, en progression de 3,5 millions de barils sur la semaine, relançant les craintes d’un excès d’offre. L’OPEP, pour sa part, estime dans son dernier rapport que la production mondiale devrait rester globalement alignée sur la demande jusqu’en 2026, une perspective qui contraste fortement avec celle de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), laquelle continue d’anticiper une nette surproduction.
Au menu macro-économique de ce lundi, les prix à la production allemands (sortis en-dessous des attentes) et un discours d'Isabelle Schnabel de la BCE (10h00) sont les seuls événements marquants du jour.
Kering vend sa division beauté à L'Oréal pour 4 milliards d'euros. L'Oréal récupère Creed ainsi que les principales licences du groupe (Bottega Veneta et Balenciaga immédiatement et Gucci à la fin de l'accord avec Coty). Holcim acquiert Xella pour 1,85 milliard d’euros. Novartis enregistre des résultats positifs dans une étude sur un médicament contre le cancer de la prostate. Roche annonce que la FDA approuve Gazyva/Gazyvaro pour le traitement du lupus néphrétique. Le CEO de Nvidia, Jensen Huang, participera au sommet des CEO de l'APEC en Corée du Sud. Nvidia et TSMC ont par ailleurs dévoilé le premier wafer Nvidia Blackwell produit aux Etats-Unis. Apple obtient les droits TV de la F1 aux Etats-Unis pour 5 ans. Les actions de Rio Tinto baissent alors que Reuters fait état d'une augmentation des stocks dans le cadre du projet de minerai de fer en Guinée.
Cette semaine nous suivrons notamment les résultats de Coca-Cola, GE Aerospace, L'Oréal, Unicredit, Tesla, Hermès, SAP, Roche, TechnipFMC, Intel, GE Vernova, Galderma, CBRE Group, Thales, Unilever, Dassault Systèmes, Procter & Gamble, Safran et Sanofi.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en bonne hausse. Le marché se détend après que qui vous savez a déclaré que lest Etats-Unis s’en sortiront bien avec la Chine, les deux parties s’apprêtent à reprendre les négociations commerciales cette semaine avant l’expiration de la trêve commerciale le 10 novembre. Un TACO de plus donc et cela se voit. Tokyo décolle de 3,37% à la cloche, aussi portée par les avancées dans les négociations politiques pour former un nouveau gouvernement. Hong Kong gagne 2,48%. Shanghai avance de 0,63%, Séoul prend 1,76% et le Nifty50 s’adjuge 0,61%. Le future SPX monte de 0,45%, l’Europe ouvre en progression de 0,85%.
En France c’est de plus en plus le bazar. Un ancien président dormira en prison dès demain, l’agence S&P dégrade la note de crédit du pays ce weekend, ce n’était pas prévu et un cambriolage a lieu au Musée du Louvre hier matin. Les recherches se poursuivent pour retrouver les malfrats, même la Vénus de Milo y participe, je la cite: «ils sont partis par-là».