Dans l’asset management, ACATIS est réputé pour son style «value». Le Dr. Hendrik Leber, son fondateur, est d’ailleurs considéré comme le «Warren Buffett allemand». Mais la société dispose aussi d’un fonds «offensif» qui cherche des opportunités entrepreneuriales à fort potentiel. Le fonds ACATIS Datini Valueflex, lancé fin 2008, répond à ses promesses avec une performance annuelle de 14% depuis sa création (part A en EUR le 18.9.2025) . Son nom fait référence à Marco Datini, un négociant du Moyen-Âge connu pour sa capacité d’anticipation des tendances de marché.
Le docteur Leber et Laetitia Zarah Gerbes gèrent ce fonds à forte conviction d’environ 800 millions d’euros sous gestion en cherchant des opportunités d’investissement dans toutes les classes d’actifs, y compris dans les cryptomonnaies. A la fin juillet, ses deux premières positions étaient Palantir et Nvidia. Rencontrée à Zurich lors d’une présentation d’ACATIS, Laetitia Gerbes répond aux questions d’Allnews:
Comment avez-vous modifié votre portefeuille en conséquence à l’apparition des signes de ralentissement de l’économie américaine?
Les investisseurs ont réduit leurs positions américaines en raison d’une réduction de la confiance envers le dollar, de l’augmentation de l’endettement américain, d’une moindre dynamique conjoncturelle, des incertitudes liées aux droits de douane et à la politique commerciale du gouvernement. Pour ces différentes raisons, nous avons davantage investi en Chine et en Amérique latine dans des sociétés de croissance. Mais les Etats-Unis demeurent le moteur de l’innovation mondiale avec des sociétés qui continueront à croître fortement. Nous avons saisi cette opportunité pour davantage diversifier notre portefeuille.
«Le bitcoin est une forme moderne de l’investissement en or, avec une approche «value» dans le sens où l’offre de bitcoins est limitée à 21 millions.»
Est-ce que vous visez une répartition géographique dans votre recherche des meilleures opportunités?
Notre approche est «bottom-up» dans le sens où nous analysons avant tout les opportunités en fonction des modèles d’affaires des entreprises, de leur potentiel de croissance et du développement du marché. Mais si l’environnement se modifie dans une région, par exemple en raison de la politique commerciale, nous modifions les allocations géographiques. Notre approche est opportuniste.
Votre performance profite de la forte hausse de Nvidia et Palantir. Quels critères observez-vous avant d’éventuellement réduire l’exposition à ces stars du marché?
Nous portons notre regard sur l’évolution de l’ensemble de leur chaîne de valeur ainsi que sur le sentiment des clients. Par exemple pour Nvidia, la tendance des commandes demeure très favorable. Palantir est encore plus chère, mais la croissance de ses bénéfices devrait s’accélérer. Même si nous sommes très attentifs au sentiment des clients, notre perspective demeure à long terme et, sous cet angle, la tendance reste très bien orientée pour l’intelligence artificielle.
Dans vos 10 premières positions, 3 portent sur le bitcoin qui représentent environ 10% de l’encours du fonds. N’est-ce pas étonnant pour un asset manager «value»?
Notre approche suit une version moderne de l’investissement «value». Nous employons d’ailleurs le terme de «Buffett 2.0», une version orientée sur la croissance future. Nous acceptons d’enregistrer parfois une volatilité plus élevée.
L’investissement dans le bitcoin est le fruit d’une décision stratégique. Nous avons investi relativement tôt dans le bitcoin, il y a environ 10 ans, parce que nous avons perçu que des mécanismes semblables à ceux que l’on rencontre pour l’or se mettaient en place. Le bitcoin est une forme moderne de l’investissement en or, avec une approche «value» dans le sens où l’offre de bitcoins est limitée à 21 millions. Nous constatons aussi que la confiance envers le bitcoin ne cesse d’augmenter sous l’effet de tendances structurelles. Qu’il suffise de considérer l’endettement excessif des Etats-Unis et la perte de confiance des monnaies «fiat».
Investissez-vous uniquement dans le bitcoin ou également dans d’autres placements cryptos?
Nous investissons aussi dans l’ether, mais nettement moins que dans le bitcoin. Ce dernier dispose davantage d’un caractère «value», mais l’ether offre un grand potentiel à travers les «smart contracts» et le réseau offert par le protocole d’échanges décentralisés Ethereum. L’ether est la deuxième plus grande crypto.
«Nous avons davantage investi en Chine et en Amérique latine dans des sociétés de croissance».
Vous investissez significativement dans la santé. Quelle est votre attitude à l’égard des risques liés à la politique du gouvernement américain et de Robert Kennedy Jr?
La volatilité s’est clairement accrue à la suite des déclarations de Robert Kennedy. Mais dans de récentes interviews, il a tenté de recentrer son discours pour souligner l’intérêt de traitements réellement nouveaux, par exemple dans le domaine des maladies rares. Son offensive se concentre plutôt sur des thérapies moins innovantes où il serait possible d’employer des traitements alternatifs moins coûteux. Mais le potentiel de la santé n’est pas remis en question. Dans le contexte démographique actuel, la santé est une priorité sociétale. La volatilité actuelle offre d’intéressantes opportunités, en particulier dans les nouvelles technologies.
Est-ce pour réduire le risque américain que vous investissez moins dans les grandes pharmas et plutôt dans des sociétés spécialisées?
Nous investissons dans des entreprises très dynamiques et à fort potentiel de croissance si bien que nous détenons des positions dans des sociétés de second rang. La taille du marché de la santé est immense et croît rapidement. Des petites entreprises peuvent en profiter, à l’image de BioNTech ou Basilea Pharma. Si le marché des antibiotiques est moins rentable, Basilea s’est concentré sur le créneau très intéressant des résistantes aux bactéries, une niche à forte croissance. Les petits acteurs profitent aussi de partenariat avec des grands groupes. Je pense par exemple à Biomerieux, dans les diagnostics.
Investissez-vous aussi dans le secteur de la défense?
Nous n’y investissons pas directement. Mais, depuis nos débuts, nous avons investi dans SFC Energy, qui développe des piles à combustible au méthanol pour l’alimentation électrique. En ce moment, la société dispose d’un contrat avec l’armée indienne pour ses besoins en communication électrique et en armes radioélectriques. Palantir obtient aussi des commandes de l’armée à travers ses logiciels d’IA. La société a récemment obtenu un contrat du gouvernement américain pour 10 milliards de dollars.
Est-ce que vous évitez les secteurs industriels traditionnels?
Notre intérêt porte avant tout sur les développements les plus innovants, mais pas exclusivement. Nous avons par exemple une position australienne dans Fortescue Metals Group, dans le domaine des minerais de fer. La société développe des projets innovants et durables, par exemple dans l’hydrogène, qui devraient être financièrement intéressants à long terme.
Quelle est la dernière société que vous avez introduit en portefeuille?
Parmi les derniers investissements, je citerai Argenx, une société biotech belgo-néerlandaise, qui développe des anticorps contre des maladies rares auto-immunes, notamment dans le domaine de la motricité. Il est intéressant de noter qu’elle s’appuie sur les recherches sur le système immunitaire des Lamas, lequel ressemble, sous certains points, au système immunitaire humain.
Comment investissez-vous en Chine?
Nous avons investi dans un certificat sur la Chine qui dispose d’un effet de levier. Son comportement a été très favorable, notamment à travers les sociétés spécialisées dans l’IA. Nous avons aussi pris des positions en Chine, par exemple dans Kingdee International Software, un leader des logiciels d’entreprises dans le pays. La société profite de la croissance des centres de données.