Le paysage législatif des Etats-Unis vire au bleu, le marché fait comme d’habitude, il prend acte de la nouvelle donne et s’adapte.
Les démocrates remportent les deux chambres du Congrès lors des élections de mi-mandat, faisant basculer au moins sept sièges au Sénat, notamment au Texas, au Kansas et en Caroline du Sud. Cette défaite républicaine, la plus lourde depuis environ un demi-siècle, provoque un réajustement immédiat des marchés mondiaux.
Premier constat: pas de bain de sang boursier en l’état comme on aurait pu le craindre, le marché considérant Donald Trump comme pro-business.
Les futures S&P500 (SPX) et Nasdaq100 (NDX) cèdent 0,1% après avoir nettement plus baissé dans un premier temps. Le rendement du 10 ans US baisse jusqu’à 4,89% puis rebondit à 4,93%, le dollar recule face à la plupart des monnaies, surtout au franc suisse et au yen mais là aussi il récupère une partie des pertes de la nuit, tandis que l’or remonte à 4030 dollars l’once. Le baril de Brent se maintient proche de 104 dollars, sur fond de négociations américano-iraniennes sans accord.
En Asie, le Nikkei perd jusqu’à 4,8% en séance, vient chatouiller le niveau de 60'000 points avant de se redresser et limiter ses pertes à 1,42% à la cloche.
Deuxième constat: la réaction mesurée des différentes classes d'actifs, après un réflexe initial de baisse, est peut-être notamment due à la concession rapide de la défaite par le président des Etats-Unis, qui a même ajouté vouloir travailler avec les démocrates.
La séance de ce mercredi sera dominée par la réévaluation du «Trump trade». Les marchés semblent estimer que la victoire démocrate freinera l’expansion budgétaire américaine, atténuant les pressions haussières sur la croissance, l’inflation et les rendements obligataires. Les valeurs technologiques, surtout les semi-conducteurs, sont à suivre face aux craintes de restrictions sur l’IA et les centres de données, dont la contestation a probablement favorisé la victoire démocrate. À l’inverse, les énergies renouvelables, pénalisées sous Trump, pourraient bénéficier d’un regain de soutien.
Tentons maintenant d’envisager la suite des événements boursiers.
Actions: la technologie pourrait souffrir des craintes de contrôles renforcés sur l’IA et de freins au développement des centres de données. Les secteurs défensifs pourraient bénéficier de la prudence des investisseurs, et les renouvelables d’anticipations politiques moins défavorables. Une baisse des rendements obligataires soutiendrait toutefois les valorisations, notamment celles des valeurs de croissance. Obligations: les emprunts d’État américains pourraient progresser, avec une baisse de leurs rendements. Un Congrès démocrate pourrait bloquer de nouvelles dépenses ou baisses d’impôts, limitant les besoins d’emprunt et les pressions inflationnistes.
Monnaies: le dollar pourrait reculer si les investisseurs anticipent moins de croissance et une trajectoire de taux américains moins élevée, réduisant son avantage de rémunération. Le franc suisse et le yen bénéficieraient également de leur statut de valeurs refuges, l’euro pourrait profiter de la faiblesse du billet vert. Matières premières: l’or serait soutenu par un dollar plus faible, qui le rend moins cher pour les acheteurs étrangers, et par une baisse des taux réels, qui réduit le coût d’opportunité de sa détention.
Tout cela fait beaucoup de «si» et de conditionnel, rappelons ici que Donald Trump conserve son droit de veto et d’importants pouvoirs exécutifs. La victoire démocrate accroît donc surtout les contraintes sur son programme, sans entraîner automatiquement un renversement des politiques en place.
On quitte le terrain des suppositions pour jeter un œil aux trimestriels publiés hier soir, qui sont bons. AMD publie des résultats très solides, avec un chiffre d’affaires de 13,4 milliards de dollars (+45%), des revenus de centres de données presque doublés et des prévisions de ventes de 17 milliards au prochain trimestre, le titre gagne environ 5% après clôture. Super Micro affiche des ventes records de 19,9 milliards, contre 5 milliards un an auparavant, mais sa marge brute recule par rapport au trimestre précédent et ses flux de trésorerie d’exploitation restent négatifs, l’action progresse néanmoins de 7,2% hors séance. Enfin, Arista Networks conjugue une croissance de 58,5% de ses revenus, à 3,66 milliards, et une marge opérationnelle ajustée de 49,1%, avec des perspectives confirmant cette dynamique, le titre bondit de 9,5% après clôture. Ces publications témoignent d’une demande toujours vigoureuse pour les infrastructures d’IA.
On jette un œil au marché pour constater que l’indice Russell2000 (RTY, les petites capitalisations) parvient à nouveau à défendre sa moyenne mobile à 200 jours, il se bat avec elle depuis le 1er octobre. Trop fort le RTY, en même temps ils sont 2000 contre 200 (je sors et ne dénonce pas mon collègue qui me l’a soufflée). Le SOX (semi-conducteurs) reste cappé par sa 200 jours, le NDX parvient à défendre la sienne qui est remise en question par le marché depuis trois séances. On gardera un œil attentif à l’or, qui tente de récupérer le niveau de 4000 dollars l’once.
Le calendrier économique de ce mercredi prévoit la publication de l’indice des prix à la consommation de la zone euro à 11h00. Aux États-Unis suivront le rapport ADP sur l’emploi privé à 14h15, la balance commerciale à 14h30 et l’indice ISM des services à 16h00.
BMW réduit à nouveau ses prévisions de rentabilité et envisage environ 8000 suppressions de postes, tandis que Novo Nordisk relève ses perspectives de revenus pour 2026. Unilever présentera un plan d’économies d’un milliard d’euros d’ici 2029, et plusieurs investisseurs de Lindt réclament une évolution du conseil d’administration. Lufthansa conclut un accord pour acquérir 44,9% de TAP Air Portugal pour 1,025 milliard d’euros. Selon le Financial Times, Oracle annule un contrat de location de puces de 7,5 milliards de dollars avec Tencent. Bloomberg rapporte que les clients chinois de Nvidia ne recevraient que 1% des 70 milliards de dollars de puces RTX commandées. Meta emprunte 15 milliards de dollars pour financer l’IA, Tesla est accusé par une association sud-coréenne d’avoir trompé ses clients sur la conduite automatisée et 3M comptabilisera une charge de 5,8 milliards de dollars pour régler des litiges sanitaires liés aux PFAS. Deutsche Telekom aurait suspendu son projet de fusion avec T-Mobile. En Asie, Samsung produira au Texas des composants de mémoire HBM pour AMD et d’autres clients, tandis que BYD fait plus que doubler sa part de marché au Brésil. Parmi les publications attendues figurent Novo Nordisk, Continental, Costco, Arm, McDonald’s, Qualcomm et Uber.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en hausse hormis Tokyo qui recule de 1,42% à la cloche, Hong Kong prend 1,67%, Shanghai monte de 2,16%, Séoul monte de 0,62% et le Nifty50 grappille 0,37%. Les futures SPX et NDX sont désormais passés en hausse de 0,3%, l’Europe ouvre en progression de 0,6%.