L’adoption et la monétisation de l’IA progressent-elles?

Anthony Toupin, Edmond de Rothschild

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Environ 56% des sociétés du S&P 500 mentionnent l’IA lors de leurs conférences de résultats, mais seules 13% font état de gains de revenus qui lui sont attribuables.

 

Une adoption croissante par les entreprises

Les données d'adoption en entreprise confirment la diffusion progressive de l'IA dans l'économie américaine. Selon l'indice publié par Ramp, établi à partir des dépenses réelles de plusieurs dizaines de milliers d'entreprises clientes de sa plateforme de gestion des dépenses, près de 55% des entreprises américaines payaient au moins un outil d'IA à la mi-2026, contre moins de 10% début 2023. L'enquête BTOS du Census Bureau, plus restrictive puisqu'elle mesure l'usage de l'IA dans la production de biens et de services, montre une progression comparable en relatif: environ 21% des entreprises déclarent désormais y recourir, contre 4% fin 2023. L'écart entre ces deux mesures est riche d'enseignements. Une majorité d'entreprises a déjà franchi l'étape de l'expérimentation, et environ une sur cinq a intégré l'IA à ses processus de production, ce qui donne la mesure du chemin restant à parcourir.

La part de l'IA dans les dépenses des entreprises a par ailleurs été multipliée par plus de dix depuis mi-2023, pour approcher 6% à la mi-2026. L'adoption reste concentrée: la technologie et les médias ainsi que les services professionnels, scientifiques et techniques y consacrent désormais jusqu'à 12% à 15% de leurs dépenses, et la finance et l'assurance amorcent une accélération marquée ces derniers mois. La moyenne des autres secteurs demeure en revanche inférieure à 1%. Cette concentration constitue à nos yeux un réservoir de croissance considérable: à mesure que les usages éprouvés dans les secteurs pionniers se diffuseront au reste de l'économie, la demande d'IA, et donc de calcul, devrait continuer de s'élargir.

L’IA agentique gagne le grand public: l’exemple de Muse

L’illustration la plus récente de cette dynamique vient de Meta. Lancé le 8 septembre, Muse, un agent IA personnel capable d’exécuter des tâches pour le compte de l’utilisateur (réservations, gestion de la messagerie, suivi de prix, coordination de projets), a dépassé 2,5 millions de téléchargements en moins de deux semaines, un rythme supérieur à celui de ChatGPT, Claude ou Grok sur une période comparable suivant leur lancement. Treize jours après sa sortie, Muse comptait environ 240’000 utilisateurs quotidiens sur Android, contre environ 77’000 pour Claude et 64’000 pour Gemini sur la même fenêtre, et près de 340’000 sur iOS.

Deux éléments méritent d’être soulignés. D’une part, Meta dispose d’un avantage de distribution considérable, plus de 95% des utilisateurs de Muse étant déjà utilisateurs de Facebook et l’agent étant accessible directement depuis WhatsApp. D’autre part, Muse ouvre une voie de monétisation distincte de la publicité, avec deux formules d’abonnement à 20 et 100 dollars par mois au-delà d’un usage gratuit. Au-delà du cas de Meta, Muse constitue à nos yeux le premier test à grande échelle de l’IA agentique grand public, dont les implications pour la demande de calcul, et en particulier de processeurs généralistes, sont développées plus loin dans la note au sein du segment CPU.

Une monétisation qui montre des signes d’inflexion

Au-delà de l’adoption, la monétisation montre des signes d’inflexion tangibles. Selon certaines estimations, les revenus globaux générés par l’IA couvrent désormais les coûts d’amortissement des capitaux fixes employés pour l’IA, et ce pour le deuxième trimestre consécutif, après plus de deux années de différentiel négatif, alors que les divisions Cloud des hyperscalers réaccélèrent et leurs carnets de commandes atteignent des niveaux records. La diffusion de l’IA dans l’économie reste pour autant à un stade précoce. Environ 56% des sociétés du S&P 500 mentionnent l’IA lors de leurs conférences de résultats, mais seules 13% font état de gains de revenus qui lui sont attribuables, et les suppressions d’emplois imputées à l’IA restent marginales, autour de 2% des mentions de licenciements. Nous y voyons surtout la mesure du réservoir de croissance restant alors que la diffusion de l’IA dans les processus d’entreprise pourrait in fine apporter des gains de productivité supplémentaires à terme.

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