Le système économique change de nature

Emmanuel Garessus

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L’Etat américain accroît encore ses participations dans les entreprises privées. L’Etat guide, réglemente, rachète dans un capitalisme qui ne peut qu’être inflationniste.

 

Ce n’est pas qu’un simple ajustement. L’époque fait, par ses embrasements, ses conflits, sa polarisation, de plus en plus penser à un changement de régime. La mutation n’est pas que géopolitique. Le système économique capitaliste, établi sur la base de la liberté individuelle et de la responsabilité individuelle, change de nature. On a longtemps parlé d’un système hybride, un capitalisme de connivence, au sein duquel s’accumulent les rapports privilégiés entre les sociétés, les lobbyies et l’Etat. On parle maintenant de «Command Capitalism», ou de capitalisme dirigiste, selon l’Institute of Economic Affairs, (IEA), dans un dossier écrit par Christopher Snowdon. Dans ce nouveau système, les autorités politiques ont le pouvoir, mais elles n’en assument pas la responsabilité, explique-t-il. Les entreprises demeurent nominalement privées, mais dans ce «Command Capitalism, «le secteur privé est légalement tenu de promouvoir les objectifs politiques du gouvernement. L'État recourt à des objectifs chiffrés, à la réglementation et à la fiscalité pour inciter les entreprises à poursuivre des objectifs non économiques tels que la neutralité carbone, la «diversité», l'égalitarisme et le changement de comportement.» Qui subit les conséquences de cette mutation? Quel est le coût de ce renoncement à la maximisation de la production? Ne l’observe-t-on pas dans une moindre croissance et une érosion du pouvoir d’achat?

Ce nouveau système se distingue du socialisme. Il ne se compare pas à l’économie mixte d’après 1945, dans la mesure où il ne nationalise pas les entreprises. Il n’est pas non plus libéral puisqu’il restreint progressivement la liberté économique et la propriété privée. Ce glissement ne se lit d’ailleurs pas dans la quote/part de l’Etat, mais dans les injonctions étatiques. En Angleterre par exemple, en  mai 2026, écrit Snowdon, les supermarchés se sont vus proposer un prix plafond volontaire sur certains produits alimentaires. Ils doivent par ailleurs publier leur stratégie pour lutter contre l’obésité. Le cadre est volontaire, mais l’Etat accompagne ses mesures de menaces de sanctions, note Snowdon. Le programme «Zéro Emission» impose aux constructeurs automobiles de vendre une certaine proportion de voitures électriques sous peine de s’exposer à des amendes. 

Le deuxième élément caractéristique du capitalisme dirigiste est la méfiance à l'égard du mécanisme des prix et le mépris pour la notion de taux de marché. Combien de prix et de services sont dorénavant déterminés ou guidés par l’Etat? Ce renoncement implique que les prix de nombreux biens et services sont faussés.

Ce système n’est pas de même nature que le capitalisme d’Etat observé en Chine, où les entreprises utilisent les mécanismes de marché pour se concurrencer dans l’économie, même si l’Etat détient une participation.

«Personne ne pourra contester que ce non-respect de l’objectif monétaire est structurel.»

Les Etats-Unis sortent aussi de l’économie de marché

Aux Etats-Unis, cette politique s’accompagne aussi d’une entrée de l’Etat dans le capital des sociétés. Le Département du Commerce vient d’annoncer des prises de participation dans 4 nouvelles entreprises privées portant le total à 40 depuis l’intronisation de Donald Trump. Des industries minières aux semi-conducteurs en passant par la défense, le «corporatisme d’Etat» est en marche, selon un dossier de l’Institut Cato. Ce nouveau système économique menace la prospérité, le dynamisme et l’innovation des Etats-Unis, juge le laboratoire d’idées. On passe à une forme de coercition: «Des prises de participation auraient fait suite à des menaces de responsables gouvernementaux visant à rejeter une acquisition étrangère (U.S. Steel), à retenir des subventions ou des contrats fédéraux déjà accordés (Lithium Americas), à refuser des autorisations nécessaires (Trilogy Metals), à attiser l’opposition publique à la direction (Intel) ou à interdire l’exportation de certains produits à moins que l’État n’obtienne sa part (Nvidia et AMD).»

Ce changement n’est pas le résultat d’une crise. A l’époque de Barrack Obama, Rahm Emmanuel, son conseiller, avait déclaré qu’il ne faut jamais laisser passer une crise grave. «Ce que je veux dire par là, c'est qu'il faut y voir une occasion de faire des choses que l'on pensait impossibles auparavant.» Rien ne justifie aujourd’hui des mesures aussi exceptionnelles.

Un risque pour la croissance et l’inflation

La tendance est structurelle et amenée à perdurer. Dad DeHaven, pour l l’Institut Cato, avertit «que les enquêtes menées par les démocrates sur les transactions de l’administration pourraient amener le Congrès à transformer le portefeuille improvisé de Trump en une structure de détention de participations permanente et officielle». D’autant que plusieurs Démocrates ont déjà des «projets d’acquisitions», à l’image Daleep Singh, l’ancien conseiller à la sécurité de Joe Biden.

Comme le dit Snowdon, les projets politiques cherchant à guider les entreprises ont tendance à être «utopiques et coûteux, voire impossibles». Mais le coût de ce choix politique est passé sous silence. «Une entreprise qui ne se concentre pas sur ses activités commerciales ne prospérera pas. Un système qui fait passer des objectifs non économiques avant la productivité et privilégie la diversité au détriment de la méritocratie ne favorisera pas la croissance économique. Un pays qui oblige les entreprises à vendre leurs produits à un prix inférieur à celui du marché verra la production de ces produits diminuer», avertit l’IEA.

Aujourd’hui, dans de nombreux pays, les autorités ne reconnaissent plus les mérites de l’économie de marché, de la propriété privée et de la concurrence. De nombreux gouvernements occidentaux veulent l’encadrer. Le prix n’est plus reconnu comme un signal clé, fruit de l’offre et de la demande, mais la conséquence de diverses interventions. Ce rejet a un coût pour la population, une moindre croissance et une hausse de l’inflation.

Le taux d’inflation est d’ailleurs remonté à 3,6% en septembre aux Etats-Unis. Il dépasse depuis 66 mois l’objectif de la Fed (2%). Personne ne pourra contester que ce non-respect de l’objectif monétaire est structurel.

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