Le gérant Jupiter Wealth s’implante à Genève

Emmanuel Garessus

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Le gérant de fortune basé à Dubaï ouvre une filiale en Suisse qui sera dirigée par Diego Würgler, CIO global. Interview de ce dernier.

Avec 2 milliards de dollars d’actifs sous gestion, Jupiter Wealth, gérant de fortune indépendant basé à Dubaï, annonce la nomination de Diego Würgler au poste de CIO global et de responsable de sa filiale suisse, qui ouvrira ses portes à Genève le 1er octobre. Diego Würgler, qui a étudié à Lausanne avant de poursuivre sa carrière chez UBS, puis pendant 19 ans chez Julius Baer, répond aux questions d’Allnews:

A qui appartient le gérant Jupiter Wealth et quelle est la taille de ses actifs sous gestion?

Jupiter Wealth a été fondé en 2022 à Dubaï. Son fondateur et CEO, Ravi Venkataraju, est un ancien cadre de Credit Suisse, auprès de qui il était responsable de la clientèle africaine et du Moyen-Orient. La société s’est très vite développée à Dubaï, d’abord grâce à ses services liés aux investissements puis en les élargissant au Wealth Planning et au Corporate Advisory.

Dès l’origine, le management a souhaité bâtir une structure institutionnelle, dotée de capacités de support comparables à celles d’une banque privée boutique, tout en conservant l’architecture ouverte et l’agilité propres à un gérant indépendant. L’idée est de réunir le meilleur de ces deux modèles.

«Nous débuterons à Genève et poursuivrons notre expansion, Zurich étant en ligne de mire.»

Jupiter Wealth s’est fortement développé puisqu’au sein de DIFC, le centre financier de Dubaï, il a présenté le family office présentant le taux de croissance le plus élevé.

Aujourd’hui, ses effectifs comptent 85 employés, dont la majorité sont à Dubaï. L’entreprise est également présente en Inde, à Pune. En 2025 elle a ouvert une entité à Singapour, qui bénéficie d’une licence MAS, qui a aujourd'hui une dizaine d’employés. En 2026, Jupiter Wealth a obtenu la licence Finma et elle a démarré ses opérations en Suisse. Nous débuterons à Genève et poursuivrons notre expansion, Zurich étant en ligne de mire.

Les actifs sous gestion de Jupiter Wealth atteignent environ 2 milliards de dollars, répartis entre quelque 300 familles clientes. Il s’agit d’une belle réussite pour une entreprise d’à peine 4 ans. Nous ne sommes pas encore connus en Suisse parce que nous nous y implantons maintenant, mais à Dubaï Jupiter Wealth est reconnu dans l’univers des family offices.

Pourquoi vous implantez-vous en Suisse? Existe-t-il un lien avec le conflit actuel au Moyen-Orient?

Notre implantation à Genève s’inscrit dans notre stratégie d’expansion et constitue une suite logique compte tenu des liens étroits que nous entretenons déjà avec la place financière suisse. Une part importante des actifs que nous gérons est en effet déposée auprès de banques en Suisse. Nous considérons que les trois marchés les plus intéressants dans la gestion de fortune sont le Moyen-Orient, l’Asie et la Suisse, comme point d’entrée en Europe. La Suisse profite d’une culture particulièrement adaptée à l’industrie bancaire et financière. La décision a été prise avant le conflit actuel au Moyen-Orient, comme en témoigne le fait que le processus d’obtention de notre licence avait été engagé bien auparavant. Elle résulte d’un processus de développement bien établi.

Il existe également un lien historique et personnel fort avec la Suisse. Notre fondateur, Ravi Venkataraju, et notre Chairman, Rajan Sehgal, ont passé plusieurs années en Suisse, où ils ont dirigé les activités Afrique et NRI de Credit Suisse.

Nombre de nos collègues sont également d’anciens professionnels de la banque privée basés en Suisse, qui ont conservé des liens étroits avec la place financière suisse. Nous avons donc naturellement vu l’opportunité de revenir en Suisse, d’y développer une nouvelle offre indépendante et attractive pour les clients, et d’y réunir des professionnels talentueux qui partagent notre vision de la gestion de fortune.

Quelles activités entendez-vous développer en Suisse?

Nous nous orienterons vers les activités de family office et la gestion de portefeuille, mais nous pouvons aussi nous appuyer sur les compétences dont nous disposons à Dubaï, notamment le Wealth Planning et le Corporate Advisory. Nous nous adapterons naturellement à l’évolution de la demande pour offrir des services sur-mesure.

«Aujourd’hui, le socle de la clientèle se répartit entre le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Inde (NRI).»

L’objectif de l’ouverture de succursales, tant à Singapour qu’en Suisse, est aussi de diversifier notre clientèle. Aujourd’hui, le socle de la clientèle se répartit entre le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Inde (NRI). Nous avons aussi une bonne présence en Europe de l’Est. Nous cherchons à pénétrer d’autres marchés, avec la volonté de créer un guichet unique international pour tout type de clients.

Dans un monde de plus en plus multipolaire, notre ambition est précisément de dépasser les frontières traditionnelles de la gestion de fortune. Notre présence dans plusieurs juridictions nous permet d'offrir une grande diversification, tant en matière de véhicules d’investissement que de banques dépositaires et de juridictions. Un client peut ainsi centraliser sa relation avec Jupiter Wealth tout en bénéficiant d’un accès diversifié à notre réseau de partenaires de confiance.

Qu’est-ce qui a nourri votre croissance durant ces 4 premières années?

La performance des marchés nous a bien aidés mais l’essentiel de la croissance est venu de l’afflux de nouveaux fonds. Un effort significatif a été entrepris par le groupe afin d’attirer des Relationship Managers. Notre croissance est le résultat tant du talent que de la chance (il en faut toujours), mais nous sommes fiers d’être parvenus à nous entourer de conseillers performants dans l’acquisition de clients.

Notre indépendance joue également un rôle important. Jupiter Wealth est détenu à 100% par ses employés, ce qui nous permet de prendre des décisions rapidement et de saisir des opportunités, aussi bien pour nos clients que pour le développement du groupe. Dans un environnement en constante évolution, notre agilité et notre structure hiérarchique relativement plate constituent de véritables atouts.

Mais la clé reste avant tout humaine. Notre croissance repose sur notre capacité à attirer des professionnels qui partagent une même vision: proposer une alternative fondée sur la qualité du service, la proximité et la disponibilité auprès des clients. Cet esprit entrepreneurial est présent dans l’ensemble du groupe. Nos collaborateurs portent le projet Jupiter et en sont les premiers ambassadeurs.

En tant que CIO global, avez-vous une stratégie d’investissement particulière en termes de classes d’actifs?

Ayant deux casquettes, celle de responsable de l’entité suisse et celle de CIO global, il m’appartiendra de définir la stratégie d’investissement à partir de ce 1er octobre. J’accorde une grande importance à la simplicité. Il s’agit de définir une politique d’investissement propre qui soit cohérente et en ligne avec les développements des marchés financiers (House View), l’allocation d’actifs proposée aux clients, nos thèmes d’investissement préférés, ceux que nous voulons éviter. Nous nous concentrerons sur les marchés cotés mais personnellement je suis convaincu aussi par les mérites des investissements alternatifs (hedge funds, marchés privés): mon expérience m’apprend que les clients adorent accéder à des transactions qui ne sont pas disponibles à tout un chacun, au sein des marchés privés. Nous ferons jouer notre réseau à ce propos.

Quelle est la raison de l’évolution favorable du marché des family offices en Suisse?

L’une des raisons est liée aux difficultés du secteur bancaire en Suisse. Le marché continue à absorber le choc causé par la fin de Credit Suisse et ses effets collatéraux. La deuxième banque de gestion, Julius Baer, a traversé aussi une période difficile. En général, les banques contrôlent les coûts de très près. Lorsqu’une telle période perdure des années, l’impact n’est pas mince sur le moral des employés. Des professionnels de la finance ont clairement envie d’explorer de nouvelles pistes. La beauté du Family office réside dans son caractère de start-up, dans sa mentalité entrepreneuriale. Un tel environnement est fascinant pour un employé. Du point de vue du client, les pressions sur le revenu, au sein des banques, peuvent donner la perception d’une incitation à la vente des produits, souvent maison, ou des investissements. L’une des valeurs ajoutées du Family Office réside dans son indépendance à l’égard des idées d’investissement pour les mettre à disposition des clients.

La deuxième valeur ajoutée, du point de vue du client, tient au fait que le Family Office peut suivre son client quelle que soit sa banque. Il en résulte un sentiment de grande liberté et de neutralité. Nous pouvons aider à naviguer dans cet environnement et parfois à ouvrir une nouvelle relation bancaire. In fine, cette relation de confiance née de cette indépendance et de cette liberté explique une partie de l’essor des Family Offices en Suisse. Le phénomène est d’ailleurs global.

Quelle sera votre stratégie à l’égard des médias?

La stratégie média sera définie très prochainement, mais je peux déjà anticiper que je ne tiens pas à rester seul dans mon coin. Il faudra communiquer. Je mesurerai mon succès sur les prochaines années par rapport à notre croissance et au degré de notoriété de Jupiter Wealth sur la place financière suisse.