Chaque automne ramène la même question pour les assurés qui disposent d’une lacune de prévoyance: faut-il effectuer un rachat dans sa caisse de pension avant le 31 décembre? La réponse dépend de la situation de chacun. Le calendrier et un cadre politique encore en discussion justifient en revanche de s’y prendre tôt.
Un rachat est un versement volontaire qui vise à combler une lacune de prévoyance. Celle-ci peut résulter d’un séjour à l’étranger, d’une entrée tardive dans la vie active, d’un congé parental ou encore d’une réduction du taux d’activité. De tels parcours sont aujourd’hui beaucoup moins exceptionnels qu’à l’époque où le système de prévoyance a été conçu. Le montant du rachat figure sur le certificat de prévoyance qu’il est utile de relire chaque année. En principe, le rachat est déductible du revenu imposable et il a pour but d’améliorer les prestations de retraite de l’assuré.
Pour l’année fiscale 2026, seule compte la date à laquelle le montant est crédité sur le compte de prévoyance, et non celle de l’ordre de paiement. Un arrêt récent du Tribunal fédéral va dans ce sens. Mieux vaut donc prévoir quelques jours de réserve avant la fin de l’année, par exemple en effectuant un rachat au plus tard à la mi-décembre. Le montant se décide aussi en fonction de la progressivité de l’impôt. Répartir un rachat important sur plusieurs années est souvent plus avantageux que d’effectuer un rachat en une seule fois. Dans un exemple de calcul pour une personne célibataire domiciliée en ville de Zurich et disposant d’un revenu de 150’000 francs avant rachat, trois rachats de 50’000 francs conduisent à un total de 48’000 francs d’impôt sur trois ans, contre 62’000 francs pour un seul rachat de 150’000 francs sur la même période. L’écart varie selon le canton, la commune et la situation personnelle, d’où l’intérêt d’effectuer une simulation avant d’effectuer son rachat.
Le rachat ne convient toutefois pas à tout le monde. Le capital versé reste lié à la prévoyance et ne peut plus servir à d’autres projets. Il suppose par conséquent de disposer de liquidités dont on n’a pas besoin à court terme. Quelques règles méritent par ailleurs d’être connues. Après un rachat, les prestations qui en découlent ne peuvent pas être retirées sous forme de capital pendant trois ans. Après un versement anticipé pour l’acquisition d’un logement, celui-ci doit d’abord être remboursé. Après un divorce, c’est la lacune liée au partage des avoirs de prévoyance qui doit être comblée en premier lieu. Pour les personnes arrivées de l’étranger depuis 2006 et jamais affiliées à une caisse de pension suisse, le rachat est limité à 20% du salaire assuré durant les cinq premières années. Enfin, lorsque la capacité de rachat ordinaire est épuisée, des versements supplémentaires permettent de financer une retraite anticipée.
Le cadre politique reste lui en mouvement. Le programme d’allègement budgétaire 2027, qui prévoyait une imposition plus élevée des versements en capital, a été dernièrement rejeté par le Parlement. En mars 2026, le Conseil des Etats a accepté un postulat chargeant le Conseil fédéral d’examiner les effets d’un plafonnement des rachats à cinq fois, au lieu de dix fois, le seuil supérieur de la LPP. La motion Bürgin concernant le salaire maximal assurable est pour sa part actuellement en discussion: une réduction de moitié de ce plafond à 453’600 francs est étudiée.
Il faut néanmoins bien mesurer la portée de ces différents objets. Un postulat demande un rapport et non pas une modification de la loi. Il s’écoule en général plusieurs années entre une intervention parlementaire et un changement visible sur le certificat de prévoyance. Ces débats n’en rappellent pas moins qu’un plan de prévoyance s’établit dans un environnement légal qui peut changer et qu’il vaut mieux le réexaminer régulièrement. Ils s’inscrivent surtout dans une réflexion plus large. Au printemps 2026, le Conseil des Etats a également chargé le Conseil fédéral d’indiquer comment la LPP pourrait être modernisée de manière ciblée. C’est dans cette optique que devraient être discutées les règles sur les rachats, tout en tenant compte de parcours de vie plus variés et moins linéaires. Une modernisation réussie du 2e pilier suppose des solutions concrètes et crédibles. Pas des mesures isolées qui ajoutent de l’incertitude pour les assurés.