Electrification: la prochaine grande vague d’investissement?

Vincent Juvyns, ING

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La demande mondiale d’électricité entre dans une nouvelle phase d’accélération.

© Keystone

 

L’intelligence artificielle fascine les investisseurs. Pourtant, derrière les data centers, les semi-conducteurs et les géants de la technologie se cache une réalité beaucoup plus tangible: pour faire fonctionner cette nouvelle économie, il faudra énormément d’électricité. Et surtout, des réseaux capables de la transporter.

La demande mondiale d’électricité entre en effet dans une nouvelle phase d’accélération. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la consommation pourrait augmenter d’environ 40% d’ici 2035, soit une croissance moyenne de l’ordre de 3,5% par an, contre 2,8% au cours de la décennie précédente.

L’industrie restera le principal consommateur, mais de nouveaux moteurs prennent rapidement de l’ampleur. L’intelligence artificielle et les data centers sont évidemment en première ligne. À eux seuls, ces derniers pourraient voir leur consommation électrique plus que doubler, passant d’environ 525 TWh aujourd’hui à 1.150-1.200 TWh en 2035.

Mais l’IA n’est qu’une partie de l’histoire. La montée en puissance des véhicules électriques, des pompes à chaleur, de l’électrification des processus industriels et même de la climatisation contribue également à cette accélération. La consommation d’électricité liée aux véhicules électriques pourrait ainsi être multipliée par plus de six pour atteindre 1.700 TWh en 2035, contre environ 250 TWh l’année dernière.

La Chine devrait représenter à elle seule près de la moitié de l’augmentation mondiale de la demande, mais le phénomène sera global. Les économies émergentes devraient assurer une grande partie du solde, tandis que les États-Unis et l’Union européenne représenteraient ensemble environ 20% de la hausse.

Le réseau, maillon faible de la transition

Produire davantage d’électricité ne suffira toutefois pas. Encore faut-il pouvoir l’acheminer.

Or, une grande partie des infrastructures électriques des économies développées est vieillissante. Selon l’AIE, environ la moitié des réseaux électriques américains et européens ont plus de vingt ans. Dans le même temps, le développement massif des énergies renouvelables impose de transporter l'électricité sur de plus longues distances entre les lieux de production et les centres de consommation.

Le défi est colossal: environ 25 millions de kilomètres de réseaux devraient être construits ou modernisés d’ici 2030, et 55 millions de kilomètres d’ici 2035. Pour y parvenir, les investissements annuels dans les réseaux devraient passer d’environ 400 milliards de dollars aujourd’hui à 600 milliards en 2030.

Cela représente une croissance annuelle de plus de 8%, nettement supérieure au rythme d’investissement actuellement attendu pour le secteur des utilities.

Et c’est peut-être là que se trouve l’une des opportunités les plus intéressantes pour les investisseurs.

Car derrière les grands producteurs d’électricité se trouve tout un écosystème industriel: transformateurs, câbles à haute tension, sous-stations, systèmes de stockage, équipements électriques et logiciels de gestion intelligente des réseaux. Autant d’infrastructures indispensables pour accompagner cette nouvelle révolution électrique.

Après les puces, les câbles?

Le thème de l’électrification présente également un avantage par rapport à certains des grands gagnants de la première vague de l’intelligence artificielle: les attentes bénéficiaires sont importantes, mais moins extrêmes.

Le consensus table actuellement sur une croissance annualisée des bénéfices par action d’environ 23% au cours des trois prochaines années pour les entreprises liées au thème de l’électrification, mesuré par le Bloomberg Electrification Index. C’est presque autant que pour la technologie, autour de 25%, et davantage que pour le thème de l’IA, autour de 19,5%.

Surtout, les montants en jeu sont considérables. Si le rythme actuel se maintient, les dépenses mondiales liées à l’électrification pourraient dépasser 10'000 milliards de dollars entre 2026 et 2030.

Les marchés ont commencé à intégrer cette perspective. Depuis le point bas de la correction boursière d’avril 2025, le Bloomberg Electrification Index a progressé d’environ 60% en euros, contre 46% pour le MSCI ACWI. Mais la correction d’environ 15% enregistrée depuis fin mai a ramené son ratio cours/bénéfices anticipé vers sa moyenne historique, autour de 18 fois les bénéfices.

Ce retour à des niveaux de valorisation plus raisonnables est d’autant plus intéressant que la croissance bénéficiaire attendue reste largement supérieure à celle du marché dans son ensemble.

L’IA constitue donc peut-être seulement la partie la plus visible d’une transformation beaucoup plus profonde. Plus notre économie se digitalise et s’électrifie, plus elle aura besoin de produire, transporter, stocker et gérer de l’électricité.

La prochaine grande opportunité d’investissement liée à l’intelligence artificielle ne sera donc peut-être pas uniquement dans les puces ou les logiciels. Elle pourrait aussi se trouver dans les câbles, les transformateurs et les réseaux électriques qui permettent à toute cette nouvelle économie de fonctionner.

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