Un environnement qui évolue
Pendant plusieurs années, les investisseuses et les investisseurs ont évolué dans un environnement marqué par des taux particulièrement bas, voire négatifs dans certains pays. Cette situation a facilité l’accès au financement et a aussi influencé l’attractivité des différentes catégories de placement. Aujourd’hui, le contexte évolue. Effectivement, les taux sur les marchés des capitaux ont fortement augmenté dans de nombreux pays depuis le début de l’année. Les obligations d’Etat à long terme affichent ainsi parfois leurs rendements les plus élevés depuis plusieurs années.
Véritable prix de l’argent, le taux d’intérêt influence aussi bien les décisions d’investissement des entreprises que la consommation et l’épargne des particuliers. Lorsqu’il augmente, les crédits deviennent plus coûteux et tendent à freiner les investissements et la consommation. Inversement, des taux faibles facilitent le financement et renforcent l’attrait des placements plus risqués.
Au-delà des banques centrales
Lorsque les taux évoluent, l’attention se porte naturellement sur les banques centrales car ces dernières déterminent directement leurs taux directeurs, notamment dans le but de maintenir la stabilité des prix. Leur influence sur les taux à long terme reste toutefois limitée. Ceux-ci sont principalement déterminés par l’offre et la demande sur les marchés obligataires ainsi que par les anticipations des acteurs du marché en matière d’inflation et de taux. Toutefois, plusieurs facteurs exercent actuellement une pression à la hausse. L’endettement public continue de progresser à l’échelle mondiale, entraînant des besoins de financement croissants et l’émission de nouvelles obligations d’Etat. Parallèlement, le développement massif des infrastructures liées à l’intelligence artificielle nécessite lui aussi des capitaux considérables. A cela s’ajoutent le réarmement, la transition énergétique ainsi que des pressions inflationnistes persistantes. Face à une offre croissante d’obligations, les investisseuses et les investisseurs exigent des primes de risque plus élevées, contribuant ainsi à la hausse des taux à long terme.
Le Japon constitue également un facteur important. En effet, après plusieurs décennies de politique monétaire très accommodante, les taux y ont progressivement augmenté. Cette évolution réduit notamment l’attrait des opérations dites de carry trade, qui consistent à emprunter des yens à faible coût pour investir dans des actifs offrant des rendements supérieurs dans d’autres devises. Lorsque ces positions sont dissoutes et que les capitaux retournent au Japon, les rendements peuvent augmenter ailleurs et les conditions de financement peuvent se voir durcir à l’échelle mondiale.
Des équilibres qui se redessinent
Cette hausse des taux entraîne des répercussions sur l’ensemble des catégories de placement. Des coûts de financement plus élevés pèsent sur la valorisation des actions et des biens immobiliers. A l’inverse, les obligations gagnent en attractivité lorsque leurs rendements progressent. Les marchés des actions ont pourtant fait preuve d’une certaine résilience jusqu’à présent. Malgré les incertitudes géopolitiques et la forte hausse des taux, de nombreux indices évoluent à des niveaux historiquement élevés ou s’en approchent. Cette dynamique est soutenue, d’une part, par les solides bénéfices des entreprises et, d’autre part, par les attentes concernant les gains de productivité liés à l’intelligence artificielle. Ce ne sont toutefois encore visibles que de manière limitée. Plus les attentes sont élevées, plus le potentiel de déception augmente également.
Une nouvelle réalité pour les investisseurs
L’évolution des taux ne dépend donc pas uniquement des décisions de politique monétaire. L’endettement public croissant, les importants besoins en capitaux, les évolutions géopolitiques et les pressions inflationnistes sont autant de facteurs qui plaident en faveur de taux durablement plus élevés. Dans ce contexte, ces éléments soutiennent actuellement une approche de placement légèrement défensive. La Suisse occupe toutefois une position particulière: jusqu’à présent, les taux en francs ont largement échappé à la tendance haussière observée à l’international. Cependant, les marchés financiers sont étroitement liés et la Suisse ne peut évoluer indépendamment du reste du monde. Une hausse internationale des taux peut ainsi également peser sur la valorisation des actions et des biens immobiliers suisses. Pour les investisseuses et les investisseurs, l’enjeu consiste dès lors moins à anticiper chaque mouvement de taux qu’à intégrer cette nouvelle réalité dans leurs décisions de placement. Après une longue période marquée par des taux très bas, le prix de l’argent retrouve ainsi une place centrale dans la construction d’un portefeuille.