Amnis veut devenir le Revolut pour les entreprises de taille moyenne

Yves Hulmann

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La fintech zurichoise se donne pour objectif de simplifier les opérations financières des PME actives à l’international, souligne Michael Wüst, CEO et confondateur.

 

Amnis Treasury Services AG (Amnis) est une entreprise fintech suisse fondée en 2014 qui se donne pour objectif de simplifier les paiements internationaux pour les PME. Quels sont les enjeux qui se posent pour les entreprises et quelles sont les ambitions de la société à l’international?Entretien avec Michael Wüst, directeur (CEO) et co-fondateur d’Amnis.

Quelles ont été les principales étapes dans le développement d’Amnis et comment son modèle d’affaires fonctionne-t-il?

Avant de co-fonder Amnis, j’était responsable de la trésorerie au sein du Groupe Würth, un fournisseur de produits et services d’outillage présent dans environ 80 pays et qui compte plusieurs centaines de filiales. Il était alors nécessaire d’organiser des transaction à hauteur de plusieurs dizaines de milliards dans un grand nombre de devises. J’avais constaté que beaucoup de PME effectuaient des transactions en devises à des conditions qui étaient souvent peu favorables lorsqu’elles devraient faire des paiements à l’étranger ou recevoir des versements. En outre, en tant que PME, il est presque impossible d’ouvrir un compte de paiement dans des pays même relativement proches tels que le Royaume-Uni. C’est pourquoi, lorsque nous avons fondé Amnis, nous nous sommes donné pour objectif de simplifier toutes les tâches liées au trafic des paiements pour les petites et moyennes entreprises actives à l’international et leur permettre d’obtenir les meilleures conditions sur le marché.

Comment avez-vous procédé?

Dans un premier temps, nous avons concentré notre offre sur le domaine des devises. Ensuite, nous avons commencé à proposer des comptes locaux dans différents pays, y compris aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou des pays d’Europe de l’Est comme la Pologne. Grâce aux IBAN locaux, les PME peuvent bénéficier d’un IBAN local, ce qui leur permet d’accéder à de meilleures conditions et de réduire leurs coûts lorsqu’elles exercent leurs activités à l’international. Nous avons constitué un grand réseau de correspondance qui permet à nos clients d’ouvrir un compte à l’étranger sous leur propre nom même si c’est Amnis qui agit en arrière-plan en tant qu’intermédiaire. Nous disposons désormais de licences dans 11 pays.

«Les PME peuvent bénéficier d'un IBAN local, ce qui leur permet d'accéder à de meilleures conditions et de réduire leurs coûts lorsqu'elles exercent leurs activités à l'international.»

Quel est le profil type de vos clients?

Typiquement, notre clientèle est constituée de PME qui emploient en moyenne une vingtaine de collaboratrices et collaborateurs, avec une fourchette qui va de 10 à 50 employés. Les plus grandes PME ont généralement déjà accès à un large éventail de prestataires de services financiers et correspondent donc moins à notre cœur de cible. Par secteurs, ce sont les entreprises actives dans le négoce de gros, le commerce de détail, le tourisme ou encore la IT qui recourent le plus à nos services.

Envisagez-vous à terme de devenir une sorte de banque pour les PME actives dans le négoce international?

Non. Nous sommes un établissement de paiement, et non une banque, et notre ambition n’est pas de le devenir. Nous nous concentrons sur les paiements internationaux et la gestion des opérations financières. Nous ne proposons pas de crédits et cela ne fait pas partie de notre stratégie. Notre objectif est de simplifier les opérations financières des PME actives à l’international grâce à une plateforme moderne, efficace et rentable.

Pour pouvoir proposer les taux de change les plus attrayants aux PME qui comptent parmi vos clients, comment vous refinancez-vous? Gardez-vous par exemple d’importantes positions dans les différentes monnaies qui font partie de votre offre?

Nous ne prenons nous-mêmes pas de risque sur les marchés des devises. Nous n’allons par exemple pas prendre des positions importantes sur le dollar lorsque nous pensons que le cours du billet vert est attrayant par rapport au franc. Ce n’est pas notre approche.

En revanche, nous accordons la possibilité à nos clients d’opter pour différentes façon de régler leurs transactions en devises. Ils peuvent fixer des limites de cours à l’avance, régler leur transactions sur la base de la durée ou du solde.

Récemment, il a été beaucoup question du rôle que joueront les stablecoins, soit des cryptomonnaies adossées à des monnaies classiques telles que le dollar ou le franc, à l’avenir dans les transactions en devises. Est-ce que les stablecoins peuvent être une solution de paiement intéressantes pour les PME actives à l’international?

Nous suivons bien sûr les développements en lien avec les stablecoins. Certains prestataires spécialisé dans les paiement tels que Paypal proposent même leurs propres stablecoins. Il faut toutefois différencier entre les paiements effectués entre entreprises, qui impliquent généralement des sommes relativement importantes, et ceux qui concernent des particuliers.

«Pour l'instant, les paiements en stablecoins ne sont pas nécessairement plus intéressants pour les PME.»

Si une entreprise effectue un paiement via le système SWIFT, les commissions restent relativement faibles. Pour un montant de 100’000 dollars, les frais n’atteignent que 20 dollars et l’argent est transféré. Si vous voulez transférer le même montant via des stablecoins, une commission pouvant aller jusqu’à 0,5% peut s’appliquer, ce qui représenterait des coûts de 500 dollars. Pour l’instant, les paiements en stablecoins ne sont pas nécessairement plus intéressants pour les PME.

Dans le domaine de la consommation, certaines d’entreprises donnent la possibilité d’effectuer des paiements partiels, selon le modèle BNPL («Buy now, pay later»). Avez-vous déjà envisagé de proposer des solutions de ce type pour votre clientèle d’entreprises?

Non, nous n’avons jamais envisagé de proposer une telle offre de services car sinon nous devrions encourir un risque de crédit. Or, nous ne voulons justement pas devenir actif dans le domaine du crédit.

Certaines entreprises, qui connaissent à l’avance certains montants qu’elles devront payer à une échéance donnée, peuvent être tentées d’acheter à l’avance des dollars ou des euros pour profiter de la force momentanée du franc par exemple. Proposez-vous aussi des solutions dans ce but?

Oui, si une PME sait à l’avance qu’elle devra régler une facture de 500’000 dollars en décembre, par exemple, et qu’elle juge le cours actuel du franc comme étant attrayant, elle a la possibilité de réserver la somme à un taux de change déterminé d’avance dans le cadre d’un paiement à terme. L’entreprise paie un acompte et doit s’acquitter des coûts de hedging.

Tout le monde parle des avancées de l’intelligence artificielle (IA), quel usage en faites-vous chez Amnis?

L’IA offre de nombreux avantages sur le plan opérationnel à l’interne. Par exemple, l’IA peut aider à détecter des irrégularités dans le trafic des paiement et lancer ainsi un signal d’avertissement. Si une PME verse par exemple chaque mois 5'000 francs à une autre société et que d’un coup la somme passe à 50’000 francs, l’IA peut facilement détecter de telles situations.

«Si une PME verse par exemple chaque mois 5000 francs à une autre société et que d'un coup la somme passe à 50'000 francs, l'IA peut facilement détecter de telles situations.»

L’IA offre également beaucoup d’avantages dans le domaine que l’on appelle la finance conversationnelle («conversational finance»), à savoir la manière avec laquelle l’usager peut interagir avec le système. Pour les PME, cela peut présenter d’importants avantages car les usagers ont de nouvelles possibilités d’accès aux informations dont ils ont besoin.

Parmi les fintechs qui proposent des conditions attrayantes pour les transactions en devises effectuées à l’international, on trouve des acteurs tels que Revolut ou Wise qui ciblent avant tout les clients individuels. Redoutez-vous la concurrence de tels acteurs pour votre clientèle constituée de PME?

Nous voyons plutôt les choses dans l’autre sens. Jusqu’ici, ces acteurs internationaux n’ont pas tellement concentré leur modèle d’affaires sur la clientèle des PME. C’est pourquoi Amnis cherche justement à s’appuyer sur son savoir-faire et son expérience acquise avec les PME pour développer son modèle d’affaires à l’international. Amnis a l’ambition de devenir le Revolut pour le Mittelstand, soit les entreprises de taille moyenne. Notre focus est toutefois placé sur une offre de services relativement sophistiquée incluant des solutions avancées pour la gestion de la trésorerie, des comptes multidevises, des comptes locaux ou encore l’intégration des opérations en devises dans la comptabilité.

Amnis compte plus de 10 ans d’existence depuis sa fondation. Quels sont les scénarios pour l’avenir de la société - rester indépendante, une cession à un autre groupe, une IPO?

Pour l’instant, une sortie n’est pas à l’ordre du jour. Notre priorité est de poursuivre la croissance d’Amnis, d’étendre notre présence sur de nouveaux marchés et de continuer à développer notre plateforme avec le soutien de nos investisseurs. Parmi eux figurent notamment Swisscom Ventures, Lansdowne Partners et Spicehaus Partners.

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