Les managements sont toujours plus attentifs à la distribution du dividende

Emmanuel Garessus

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Les dividendes sont en hausse de 8% sur un an dans le monde et établissent de nouveaux records. Pour Viktor Nossek, de Vanguard, de nouvelles tendances émergent.

 

Les distributions de dividendes ont atteint 881 milliards de dollars au deuxième trimestre 2026 dans le monde, en hausse de 8% sur un an, selon une étude de Vanguard. De nouvelles tendances émergent. Le secteur technologique américain s’impose comme un important contributeur, presque aussi généreux que le secteur financier. La croissance la plus forte vient toutefois des pays émergents. Pour décrypter ces tendances et les perspectives de distribution, Viktor Nossek, Head of Investment & Product Strategic Intelligence chez Vanguard Europe, répond aux questions d’Allnews:

Les distributions de dividendes établissent de nouveaux records. Est-ce que leur progression va se poursuivre?

Au troisième trimestre, sous l’impulsion des banques chinoises, des groupes énergétiques ainsi que des groupes miniers des pays émergents, les versements de dividendes devraient à nouveau établir de nouveaux records au plan global. 

De façon un peu étonnante après le dernier choc énergétique, les géants de l’énergie enregistrent des gains considérables dans leurs activités de trading plutôt que dans la production. Cette tendance devrait se poursuivre aux troisième et quatrième trimestres. 

Les managements cherchent à augmenter leur distribution. Il est possible qu’ici ou là nous assistions à des réductions des rachats d’actions. Mais les sociétés accordent une attention accrue au dividende, lequel est considéré comme un signal clé aux yeux des investisseurs, en particulier institutionnels. Ces derniers sont des investisseurs majeurs, notamment dans les grandes capitalisations. Dans l’ensemble, les entreprises réinvestissent moins dans leur cœur de métier afin de préserver leurs fonds propres et de distribuer l’excès de cash sous forme de dividende. Ce phénomène de limitation des investissements se produit habituellement quand les taux d’intérêt sont élevés et quand les coûts de financement deviennent presque punitifs.

Seul un changement de tendance des matières premières serait-il susceptible de mettre terme à la hausse des dividendes?

Les prix des matières premières sont élevés depuis quelque temps, bien que volatils. Le scénario le plus probable est celui du statu quo à cet égard, avec une poursuite du conflit entre les Etats-Unis et Israël d’un côté et l’Iran de l’autre. Si les prix devaient diminuer à la suite d’un accord entre les belligérants, le volume de production énergétique devrait repartir à la hausse avec la réouverture du détroit d’Ormuz. Le pay-out des groupes énergétiques devrait donc être maintenu. 

«Les rendements du dividende aux Etats-Unis (2-2,5%) et en Europe (3,5-4%) sont ceux que l’investisseur peut attendre sur une base ajustée du cycle».

Quelle est la part des dividendes versés par les producteurs d’énergie et de métaux de base par rapport aux dividendes totaux?

Le secteur énergétique a distribué 73 milliards de dollars au deuxième trimestre et l’industrie des métaux de base 45 milliards. Si le montant total est significatif, il est inférieur à celui du secteur financier (banques et assurances), lequel a versé 270 milliards de dollars ce trimestre.

Est-ce surprenant que le taux de croissance des dividendes dans les pays émergents, ex-Chine, atteigne 16% au deuxième trimestre et dépasse nettement celui des Etats-Unis (9%)?

Non. La culture de distribution du cash à travers des rachats d’actions est plus répandue aux Etats-Unis pour des raisons fiscales. Et en Europe, ce sont les obstacles réglementaires qui freinent les rachats d’actions. Mais en Asie, y compris en Chine, il est devenu plus important pour les entreprises de faire preuve de transparence dans leur gestion du capital et de verser un dividende, lequel est considéré comme un outil majeur de transparence et de discipline dans la gestion du capital. Le Japon a progressivement fait le pas dans le cadre de la politique d’«Abenomics» et de réformes structurelles destinées à mettre un terme à l’opacité des structures actionnariales. 

Il apparaît qu’effectivement le taux de distribution est en hausse au Japon. En Chine, les banques sont, depuis le début de l’année dernière, obligées par les autorités à distribuer un dividende sur une base semestrielle et non plus annuelle. Ce changement a naturellement créé un effet saisonnier. 

Est-ce que la menace contre une hausse du dividende peut être fiscale, par exemple dans certains pays européens? 

Si vous imposez le revenu, vous taxez le dividende. Les autorités doivent ici trouver le bon équilibre entre les objectifs économiques et politiques. Je ne pense pas qu’une hausse des impôts sur le revenu et sur les sociétés puisse modifier la politique de dividende des entreprises. N’oublions pas que leur actionnariat est composé en grande partie d’institutionnels. Avec le vieillissement démographique, il est crucial de recevoir des revenus qui dépassent l’inflation. Les actions à dividendes élevés en font partie. 

Je ne crois pas que la solution puisse venir d’une politique fiscale punitive qui conduirait les entreprises à préférer les rachats d’actions plutôt que le dividende. Les grandes capitalisations en Europe, notamment celles dont l’Etat est actionnaire, dans l’énergie ou la finance, sont souvent des entreprises matures. Leur potentiel de croissance est limité. Elles ont besoin de distribuer des dividendes intéressants pour plaire aux investisseurs à la recherche de revenus stables.

Les actions se sont nettement appréciées. Est-ce que les rendements du dividende augmentent encore plus rapidement?

Non. Les rendements du dividende aux Etats-Unis (2-2,5%) et en Europe (3,5-4%) sont ceux que l’investisseur peut attendre sur une base ajustée du cycle. Nous avons bénéficié d’un beau rallye en actions européennes cette année mais le rendement du dividende a diminué.  Les dividendes augmentent moins vite que les bénéfices des entreprises mais ils devraient dépasser le taux d’inflation à long terme. Si leur hausse atteint 8% sur une base globale, ainsi qu’en Europe, à la fin de l’année, elle dépassera le taux d’inflation et pourra être qualifiée de saine. Les actions à fort dividende sont donc attractives sur une base ajustée de l’inflation. Les obligations ne peuvent pas garantir un tel rendement.

«Les actions à haut dividende offrent un gain supérieur aux obligations Investment Grade.»

Quelle est la meilleure protection contre l’inflation? Les actifs réels ou les actions à dividende élevé?

Face à un choc inflationniste à court terme, nous avons vu comment se sont comportés l’or, l’argent, le pétrole. Les commodities sont une protection contre un choc qui pénalise les obligations. En revanche, les actions présentent un tableau contrasté. Les valeurs pétrolières ont bien performé, mais il faut comprendre que leurs revenus sont issus du trading dans un contexte géopolitique qui s’est traduit par un recul des revenus de la production pétrolière. D’autres secteurs ont moins bien performé lors de ce choc, par exemple les valeurs technologiques, omniprésentes dans les portefeuilles.
À long terme, les actions protègent mieux l’investisseur que les obligations. 

Est-ce qu’à long terme, un fonds en actions à dividendes élevés surperforme les obligations et les grands indices boursiers?

Les investisseurs qui se concentrent sur les actions qui distribuent davantage qu’elles ne réinvestissent dans leurs affaires de base présentent généralement une performance inférieure à l’indice et donc au Beta du marché. Ce dernier offre un rendement supérieur parce qu’il correspond à la croissance des bénéfices. Mais les actions à haut dividende offrent un gain supérieur aux obligations Investment Grade. Une différence existe aussi en termes de volatilité: celle du FTSE ou du DAX est de 14 à 15% par année. Celle d’un panier d’actions à haut dividende sera peut-être légèrement inférieure en raison du coussin offert par l’effet de récurrence du dividende. 

Le rendement du dividende est toutefois rarement présent dans le narratif d’un investissement. Il est vrai que le rendement obligataire lui est généralement supérieur. Mais les actions à dividende élevé ont un profil défensif. Ces sociétés sont bien établies et sont souvent dans des situations de monopole sur leur marché qui leur permet de verser un dividende généreux. 

Quel est l’intérêt actuel des investisseurs pour les fonds à forts dividendes?

L’intérêt est clairement à la hausse en Europe auprès de toutes les catégories d’investisseurs pour les instruments à dividendes élevés. En 2025, les indices basés sur les actions à dividendes élevés ont surperformé leur indice de base. L’indice FTSE All World Dividend yield, qui comprend 2000 actions, soit la moitié des actions de l’indice FTSE All World, a surperformé le Beta, et même l’indice S&P 500. On assiste à une rotation des titres à haut Beta en faveur des titres capables d’absorber un choc. Dans la construction du portefeuille, ce type de solution réduit la volatilité et le risque de perte à un moment où le marché se concentre sur un petit nombre d’actions à PER élevé et dont le marché espère chaque trimestre une nouvelle surprise positive par rapport à l’attente d’une très forte hausse des bénéfices. 

Les dividendes versés par les géants de la technologie américaine sont presque aussi élevés que ceux de la finance. Est-ce que cela modifie le narratif sur la faible volatilité des actions à haut dividende?

La technologie est en train de devenir une force importante dans l’évolution de  la distribution des dividendes, une force qui change effectivement le profil de ce type d’actions parce que la technologie n’est pas cyclique. Si Nvidia accroît son bénéfice, cela sera effectué à partir d’un très bas niveau. Or le dividende devient une part importante de la valeur actionnariale. C’est un signal envoyé aux investisseurs. C’est d'autant plus important que le dividende est trimestriel aux Etats-Unis. Cela permettra de réduire le caractère cyclique du secteur énergétique, des industrielles et des financières. Cela stabilisera la distribution des dividendes.

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