Un processus de sélection rigoureux et spécifique

Florence Barjou, Lyxor Asset Management

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Les primes de risque alternatives offrent de nouvelles opportunités dans le multi-actifs avec, à la clé, diversification et performances (2e partie).

Avant d’investir les ARP’s et de les inclure dans l’univers d’investissement, il faut mener un processus de sélection minutieux, avec en ligne de mire les trois critères suivants:

  1. Respecter des valeurs clés. La stratégie est axée sur la liquidité des instruments sous-jacents, la transparence du processus d’allocation et la simplicité dans l’attribution de la performance.
  2. Contrôler les caractéristiques des primes de risque.
  3. S’assurer de l’impact positif sur la stratégie existante. La dernière étape du processus de sélection consiste à s’assurer que les ARPs retenues à la suite des deux premières étapes présentent une corrélation faible ou négative au portefeuille existant et qu’elles permettent d’optimiser la performance ajustée du risque.
Une approche sur mesure des processus d’allocation

Si les processus d’allocation fondés sur la budgétisation des risques sont très robustes en ce qui concerne les classes d’actifs traditionnelles, la situation est plus complexe pour les ARPs.

En effet, leur profil de rendement spécifique qui, comme l’ont montré Bruder, Kostyuchyk et Roncalli [2016]*, est étroitement lié au «risque de saut» ou choc de marché, implique que les processus standards de budgétisation des risques ne sont pas adaptés en tant que méthode d’allocation. Pour illustrer ce point, la stratégie de vente de volatilité est un excellent exemple. Cette dernière génère un rendement régulier lié à la collecte de prime, avec une volatilité très faible dans des conditions de marché normales. En revanche, elle peut subir des pertes brutales en période de tensions.

En conséquence, en période de marché normale, le recours à la budgétisation des risques comme méthode d’allocation sous-estime, parfois de manière importante, le risque de perte, puisqu’il se calibre en fonction d’une volatilité réalisée très basse. De plus, une fois que le «saut» (autrement dit, le choc de marché) a eu lieu, une allocation par budgétisation du risque réduirait l’exposition aux ARPs, du fait de la hausse brutale de la volatilité, se désexposant sur le point bas. En conséquence, il est plus judicieux de privilégier une mesure de type expected shortfall (perte attendue) afin de dimensionner l’exposition à des ARPs. Cette mesure est calibrée en utilisant une distribution mixte de deux régimes: le régime normal et le régime sous tension avec des sauts.

Ce modèle alternant les régimes propose une approche pragmatique: en distinguant deux états, il estime avec précision le régime de volatilité au jour le jour d’une part, et la probabilité d’occurrence du choc ainsi que l’étendue des pertes possibles d’autre part. L’expected shortfall qui en résulte offre une image plus fidèle du risque réel de perte en capital en cas de marchés volatils.

La gestion diversifiée 2.0

Il est important d’élargir en permanence les frontières de l’univers d’investissement. Alors que les primes de risque traditionnelles sont aujourd’hui déjà bien exploitées par les gestions multi-actifs, les primes de risques alternatives créent de toutes nouvelles opportunités. Toutefois, devant la multitude de solutions proposées, la sélection des ARPs requiert une vigilance particulière. En outre, il convient d’appliquer des processus d’allocation spécifiques afin de correctement calibrer les expositions sur ce type de stratégies.

* B. Bruder, N. Kostyuchyk & T. Roncalli [2016] : «Risk Parity Portfolios with Skewness Risk: an Application to Factor Investing and Alternative Risk Premia», Lyxor Research Paper

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