Une Europe compétitive doit être résiliente face au changement climatique

Ambroise Fayolle

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Il est beaucoup plus efficient d’investir dans la résilience avant la survenue de phénomènes météorologiques extrêmes que de payer pour la reconstruction par la suite.

 

Le choix entre investir dans la résilience et investir dans la compétitivité n’a pas lieu d’être. Les deux sont en effet de plus en plus synonymes. Le risque climatique est devenu un risque économique et une question de sécurité économique.

Les données ne laissent aucune place au doute. Les phénomènes météorologiques extrêmes et les événements liés au climat ont causé 822 milliards d’euros de pertes économiques dans l’ensemble de l’Union européenne entre 1980 et 2024. Un quart de ces pertes sont survenues au cours des cinq dernières années.

Les conséquences pour la compétitivité et la sécurité économiques de l’Europe sont claires. Réseaux électriques endommagés par les inondations, usines paralysées par la canicule, exploitations agricoles confrontées au stress hydrique, et hôpitaux en surchauffe ne relèvent pas simplement de problèmes environnementaux. Ces situations affaiblissent en effet la productivité, perturbent les chaînes d’approvisionnement, et alourdissent les coûts.

C’est pourquoi l’Europe considère aujourd’hui la résilience comme l’un de ses paramètres intrinsèques, en intégrant dès le départ les risques climatiques dans la construction des infrastructures, l’urbanisme et les investissements des entreprises. C’est également la raison pour laquelle le Groupe de la Banque européenne d’investissement, s’appuyant sur des années d’investissement dans la résilience climatique, consacrera au moins 30 milliards d’euros à l’adaptation au changement climatique entre 2026 et 2030, soit deux fois plus qu’au cours des cinq années précédentes.

Le nouveau Plan d’adaptation de la BEI contribuera à transformer cette ambition en investissements, en renforçant les portefeuilles de projets, en soutenant les technologies européennes d’adaptation, ainsi qu’en facilitant l’accès et l’utilisation des informations financières et climatiques. Qu’ils consistent en infrastructures hydrauliques résilientes ou en une agriculture intelligente face au climat, ces investissements protègent les citoyens et les entreprises, tout en consolidant les fondements de l’économie européenne.

Il est beaucoup plus efficient d’investir dans la résilience avant la survenue de phénomènes météorologiques extrêmes que de payer pour la reconstruction par la suite. Chaque euro investi dans la prévention et l’adaptation au changement climatique permet d’économiser 10 euros en dommages et réparations. C’est la raison pour laquelle les infrastructures doivent être construites pour le climat de demain, et pas seulement pour celui d’aujourd’hui.

C’est notamment ce qu’illustre l’énergie. La sécurité énergétique de l’Europe ne dépend pas seulement des capacités d’énergie propre que nous développons, mais également de la solidité de notre système énergétique face aux vagues de chaleur, aux inondations ou aux feux de forêt. La résilience des réseaux d’eau, de transport et de communication en dépend. Nos sociétés doivent être en mesure de maintenir les services essentiels, et de réagir efficacement lorsque des événements liés au climat se produisent.

A Athènes, un financement de la BEI contribue à moderniser les services d’assainissement pour plus de quatre millions d’habitants, tout en renforçant la résilience de la ville face à la sécheresse. En Pologne, les services de conseil de la BEI ont appuyé la réalisation d’évaluations de la vulnérabilité climatique du réseau routier national. En France, nous soutenons la modernisation des hôpitaux en rénovant les bâtiments existants, ainsi qu’en bâtissant de nouvelles installations plus économes en énergie, capables de mieux résister aux vagues de chaleur.

Ces exemples illustrent un point important: l’adaptation ne doit pas seulement consister à dépenser davantage, mais à investir plus intelligemment. Pour cela, les services de conseil de la BEI aideront les clients à préparer des projets d’adaptation, et soutiendront les banques partenaires dans l’identification et l’évaluation des investissements éligibles aux financements verts du Groupe de la BEI.

De meilleures décisions d’investissement débutent par des données de meilleure qualité. En collaboration avec le service Copernicus Climate Change, nous mettons librement à disposition des informations spécifiques à chaque localité concernant les risques climatiques, les vulnérabilités et les mesures d’adaptation possibles.

Le comblement du déficit de résilience de l’Europe constitue également l’opportunité de renforcer le leadership européen sur un marché mondial en pleine expansion. Les technologies de renforcement de la résilience face au changement climatique – refroidissement et irrigation économes en eau, surveillance du climat, alimentation électrique de secours, ou encore processus industriels à l’épreuve du climat – seront en effet de plus en plus demandées.

Le développement et le déploiement à grande échelle de ces technologies peuvent renforcer la base industrielle européenne, créer des opportunités d’exportation, et réduire la dépendance aux technologies ainsi qu’aux fournisseurs critiques situés ailleurs dans le monde. Nous nous engageons à aider les innovateurs européens à développer ainsi qu’à déployer ces solutions à grande échelle, en leur donnant accès à des financements, garanties de crédit et conseils.

L’importance de la résilience ne s’arrête pas aux frontières de l’Europe. Les pays vulnérables face au changement climatique sont confrontés à certains des besoins d’adaptation les plus importants, mais peinent souvent à les transformer en projets finançables. La BEI accordera une attention particulière aux petits Etats insulaires en voie de développement ainsi qu’aux pays les moins avancés. En collaboration avec la Commission européenne, nous contribuerons à transformer les priorités nationales d’adaptation en projets éligibles à des investissements.

L’Europe doit continuer de réduire ses émissions de gaz à effet de serre, et accélérer les investissements dans les énergies faiblement émettrices de carbone ainsi que dans les transports durables, tout en se préparant aux impacts climatiques d’ores et déjà inévitables. Ces objectifs se renforcent mutuellement: les mesures d’efficience énergétique réduisent les factures d’électricité et les émissions, tout en protégeant la population contre les vagues de chaleur extrêmes.

Les investissements que nous réalisons aujourd’hui doivent être adaptés au climat de demain. Bâtir la résilience, c’est renforcer la compétitivité de l’Europe, soutenir l’emploi, protéger la santé et l’environnement, tout en ouvrant de nouvelles perspectives pour les technologies et les marchés. La compétitivité de l’Europe passe par la résilience du continent face au changement climatique.


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