Un pic d’incertitudes

Laurent Denize, ODDO BHF

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Le développement de la crise sanitaire et la réponse politique sont autant de paramètres qui peuvent modifier les trajectoires des actifs risqués.


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Tout d’abord dans un tel choc d’incertitudes il faut se garder de pronostics précis sur l’impact macroéconomique ou sur les marchés. Le développement de la crise sanitaire et la réponse politique sont autant de paramètres qui peuvent modifier les trajectoires des actifs risqués. Les banques centrales en procurant de la liquidité auront un rôle majeur pour éviter les faillites, notamment parmi les PME.

Même si baisser les taux ou injecter des liquidités contribue à limiter la dégradation des conditions financières et redonne de la confiance, cela ne résout pas le problème d’offre auquel nous sommes confrontés. Les gouvernements ont des marges de manœuvre réduites par leurs endettements et ne pourront vraisemblablement compenser par des politiques de relance fortes. Ainsi nous devons aujourd'hui envisager dans nos scenarios une contraction du PIB réel mondial au premier trimestre. La prolongation du choc combiné d’offre et de demande pourrait provoquer un possible calage de l’économie mondiale sur l’année.

Il faut dès aujourd’hui se poser la question d’une relocalisation
et centralisation des chaines de valeur.

Alors, quels indicateurs suivre dans les prochains mois? Les spreads de crédit (un indicateur de la hausse des taux de défaut), les avertissements sur les ventes et les bénéfices des entreprises, les chiffres macroéconomiques, la confiance des consommateurs, les annonces de politique des banques centrales et des gouvernements et, bien entendu, le taux d’infection lié au virus.

Un simple calcul pour finir qui montre que le point bas n’est certainement pas atteint. La valorisation du marché action américain s’établissait à 19 fois les bénéfices anticipés (en hausse estimée de +9% pour 2020) avant la correction. Il est aujourd’hui à 16.50/17. Oui mais quid d’une révision des croissances de bénéfices à zéro? Cette hypothèse nous replacerait sur des multiples de 18/19 fois. On peut ainsi assister à une baisse équivalente à celle vécue la semaine dernière avant de retrouver des points d’entrée qui prennent plus en compte ce risque. Et c’est peut-être ce phénomène que nous sommes en train d’observer: une réévaluation globale du risque dans des régimes de volatilité supérieurs et donc en corollaire des opportunités d’investissement futures. En attendant, nous réitérons nos conseils de prudence comme le mois dernier. Patience, un choc exogène d’une telle ampleur ne peut pas se résorber en quelques jours. La remontée des températures devrait à terme néanmoins limiter le risque sanitaire et la mortalité globale du virus. Espérons-le.

A plus long terme il faut dès aujourd’hui se poser la question d’une relocalisation et centralisation des chaines de valeur. Pour quels couts et bénéfices à moyen et long terme? Les processus à flux tendus ont également soulevé la problématique des stocks de précaution et de l’impact sur l’offre en cas de rupture de stock.

Analyser le comportement des sociétés, leurs capacités à s’adapter à ce nouvel environnement dont on percevait les premiers signes avec la guerre commerciale amènera des choix décisifs dans les portefeuilles et sans nul doute émergeront de nouveaux créateurs de valeur. A nous de capter cette nouvelle tendance…

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