Trop vite, trop fort?

Laurent Denize, ODDO BHF AM

2 minutes de lecture

Le rebond actuel est-il soutenable et va-t-on enfin assister à la grande rotation tant attendue?


©Keystone

Pour ma part, c’est un peu comme sur les taux, j’ai fini par capituler sur le sujet. La faible productivité, le manque de réformes structurelles, et qui plus est, le double choc d’offre et de demande causé par le COVID-19, n’autorisaient pas sérieusement à penser que la croissance potentielle puisse accélérer suffisamment pour tirer à la hausse les sociétés cycliques et décotées.

Le réveil de l’Europe

Et pourtant (comme disait Aznavour dans sa chanson), il semblerait bien que l’Union européenne trouve un nouvel élan dans sa construction en embrassant les thèmes de solidarité et de coordination pour tendre vers plus de fédéralisme. Le plan proposé par Mme Merkel et M. Macron est de nature à relancer la «vieille Europe» dans la course à la compétitivité et l’attractivité dont elle s’était elle-même exclue depuis près de 20 ans.

Nous assistons toujours à une divergence croissante
entre les anticipations optimistes du marché et l’état actuel de l’économie.

Certes, des mots aux actes, il y a encore du chemin. A suivre donc, mais il est écrit que cette année 2020, ô combien complexe, n’a pas fini de nous surprendre.

Une période de chômage élevée qui risque de perdurer

Nous assistons toujours à une divergence croissante entre les anticipations optimistes du marché et l’état actuel de l’économie qui repose sur la résorption du chômage, notamment Outre-Atlantique. Malheureusement, la reprise de l'emploi risque d’être beaucoup plus lente que celle de la production car les secteurs les plus touchés par la distanciation physique sont ceux qui emploient le plus de personnes. Aux Etats-Unis, le secteur des loisirs et de l'hôtellerie génère 11% des emplois, mais seulement 4% de la croissance. Le commerce de détail génère de son côté 10% des emplois, mais seulement 5% de la production. Il s'ensuit que si les deux secteurs fonctionnent à la moitié de leur capacité pré-coronavirus, la production baissera de 4,5%, alors que l'emploi s'effondrera de 10,5%.

Inversement, les secteurs peu touchés par la distanciation sociale contribuent faiblement à l'emploi mais participent beaucoup plus à la croissance. Les activités financières quant à elles ne génèrent que 6% des emplois, mais 19% de la croissance. Enfin, les technologies de l'information génèrent seulement 2% des emplois, mais 5% de la croissance.

Les politiques monétaires ultra-accommodantes
réduisent le risque de dépression.

Si les économies redémarrent mais que la distanciation physique persiste – par l'intermédiaire d’un choix politique ou personnel - la croissance peut rebondir fortement, mais pas l'emploi. Dans ce cas, les banques centrales n’auraient pas d’autre choix que de continuer voire d’accentuer leur politique monétaire ultra accommodante actuelle. Est-ce une mauvaise nouvelle pour autant? Pas vraiment, tant l’augmentation de «monnaie banque centrale» a porté les valorisations des actifs vers de nouveaux plus hauts.

Un risque de baisse à court terme

Nous percevons bien l'émergence de certains risques de baisse des marchés à court terme. Une correction qui pourrait être provoquée par les nouvelles tensions sino-américaines, une escalade à Hong Kong, ou une rechute pandémique liée à la réouverture des économies. En outre, nous surveillons la persistance de troubles importants et de turbulences politiques aux Etats Unis. Toutefois, même en tenant compte de tous ces risques, il est loin d'être acquis qu’ils puissent faire dérailler une trajectoire de retour à la moyenne des actifs risqués à moyen terme qui est sous tendue par quatre facteurs:

  • Un contexte de positionnement global des actions encore faible
  • Une action rapide et flexible des banques centrales face aux problèmes de financement des entreprises
  • Un changement structurel dans l'environnement des liquidités et des taux d'intérêt
  • Une reprise économique attendue, alimentée par un assouplissement constant du confinement

Dans cette optique, plus que la pondération d’actifs risqués, c’est la sélection des actifs (secteurs, styles, géographie) qui sera la clé de la performance des prochains mois.

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