Taux américains: une faiblesse qui pourrait perdurer

Arthur Jurus, Landolt & Cie

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Seule une intervention de la Fed, de type opération Twist, pour compenser ses actions passées favoriserait une remontée des taux.


©Keystone

Aux États-Unis, 80% des inversions de la courbe des taux se sont traduites par une récession sur les douze mois suivants. Ceux qui ne peuvent se rappeler le passé sont condamnés à le répéter. Et cela vaut pour les marchés financiers qui s’inquiètent d’un contexte qui pourrait néanmoins être différent, cette fois.

Trois raisons justifient l’inversion de la courbe des taux aux États-Unis: la croissance mondiale moins forte, la diminution des anticipations d’inflation et la moindre prime de terme. Les fondamentaux économiques demeurent néanmoins solides aux États-Unis. Le secteur de la construction a certes décéléré en 2018 mais la demande de logement reste supérieure à l’offre de logement ce qui se traduit par de faibles stocks de logements existants. Les salaires horaires des ménages ont poursuivi leur progression, tandis que la baisse des taux hypothécaires a soutenu les ventes de nouvelles maisons. Enfin, si les investissements des entreprises devraient décélérer en cette année, les niveaux de profit restent néanmoins à des plus hauts historiques.

Une obligation sur cinq dans le monde propose dorénavant un rendement négatif!

La baisse des taux américains s’explique principalement par la prime de terme. Cette dernière, qui définit la rémunération supplémentaire pour le risque de détenir une obligation sur une plus longue maturité, a diminué depuis 2013 de 190 points de base pour le taux 10 ans. La prime de terme aux États-Unis est aujourd’hui négative, ce qui signifie qu’il n’y a pas de risque de détenir du papier américain pour les investisseurs. La demande reste ainsi forte compte-tenu de la politique de réinvestissement de la Fed et des différentiels de taux favorables: une obligation sur cinq dans le monde propose dorénavant un rendement négatif!

Par ailleurs, cette demande est fortement soutenue par les investisseurs européens. Depuis l’annonce du programme de rachat d’actif par la BCE en 2014, de fortes sorties de capitaux ont été observées depuis l’Europe vers les États-Unis pour financer des achats trimestriels moyens de 200 milliards de dollars de dettes américaines. Sur cette même période, les achats de dettes américaines par des non-résidents ont ainsi triplé. Le risque d’une forte remontée des taux serait donc plus partagé aujourd’hui, même si la dette publique américaine reste principalement détenue par la Fed (16%), les fonds mutuels (12%), la Chine (8%) et le Japon (7%).

Une opération Twist permettrait de relever
le taux 10 ans américain et repentifier la courbe des taux.

Dans ce contexte, seule une intervention de la Fed pour compenser ses actions passées favoriserait une remontée des taux. Une opération Twist, visant à acheter davantage de courte maturité et à réinvestir moins de longue maturité, permettrait de relever le taux 10 ans américain et repentifier la courbe des taux. Une opération qui pourrait être salutaire pour l’optimisme des investisseurs mais confirmerait l’ouroboros des marchés financiers ou l’incapacité des banquiers centraux à sortir des politiques monétaires non-conventionnelles.

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