Le conflit actuel entre Israël et l’Iran nous a rappelé de manière saisissante l’importance de la région du Golfe pour l’approvisionnement énergétique de l’économie mondiale. Le prix du pétrole brut pour le Brent a atteint un sommet de 78 dollars par baril. À mi-mai, il était encore à un niveau bas de 61 dollars. Les souvenirs des grandes crises pétrolières des années 1973 et 1979 refont surface, rappelant les chocs économiques et la volatilité qu’elles ont entraînés sur les marchés boursiers. Mais quel est, aujourd’hui, le risque d’une nouvelle crise pétrolière?
Dans un premier temps, il est utile de déterminer la pertinence de l’Iran dans l’approvisionnement énergétique mondial. Il convient d’abord de noter que l’Iran est historiquement responsable d’environ 4% de la production mondiale de pétrole, mais les exportations mensuelles cette année ne s’élèvent en moyenne qu’à 1,7 million de barils par jour (Mb/j). Cela représente environ 1,6% de la demande mondiale de pétrole. Si les exportations de pétrole iranien devaient être réduites, il existe des capacités de production supplémentaires pour compenser ces pertes. Actuellement, les réserves de capacité de production de l’Opep s’élèvent à environ 5 Mb/j, sans tenir compte de l’Iran et du Venezuela. En cas d’interruptions de livraison, les pays producteurs de pétrole pourraient augmenter la production à court terme pour équilibrer les déséquilibres entre l’offre et la demande. La volonté de le faire est assurément présente.
Bien que les pays de l’Opep bénéficient de la hausse des prix du pétrole, ils sont conscients que des prix plus élevés mettraient l’économie mondiale sous pression et qu’une récession mondiale pourrait potentiellement entraîner une baisse significative de la demande. De plus, plusieurs acteurs régionaux souhaitent limiter le conflit. Cela signifie que même en cas de perte totale de la production iranienne, il existe suffisamment de capacité pétrolière supplémentaire pour répondre à la demande mondiale.
Le risque essentiel pour les marchés pétroliers serait plutôt une fermeture du détroit d’Ormuz entre Oman et l’Iran. Ce scénario serait d’autant plus problématique pour l’économie mondiale que le détroit d’Ormuz est crucial pour l’offre mondiale de pétrole brut. En 2024, environ 20% de la consommation mondiale de pétrole y ont été transportés. Toutes les livraisons en provenance des Etats du Golfe ont transité par ce passage maritime – pétrole brut, produits pétroliers et gaz liquéfié. Dans ce scénario, le prix du pétrole pourrait dépasser largement les 100 dollars – avec des conséquences négatives que cela implique pour l’économie mondiale. Le fait que l’ancienne administration Biden ait vidé les réserves stratégiques de pétrole des Etats-Unis pour lutter contre l’inflation n’aide pas dans ce scénario.
Une fermeture du détroit d’Ormuz ne fait pas partie de notre scénario de base malgré les récentes menaces de l’Iran. Premièrement, une fermeture menacerait la relation entre l’Iran et la Chine, qui est cruciale pour l’Iran compte tenu des sanctions actuelles de l’Occident. La Chine reçoit de loin la plus grande part des exportations de pétrole de l’Iran. Deuxièmement, l’Iran nuirait à sa propre économie et probablement aussi à celles des Etats du Golfe voisins.
En fin de compte, la crise dans le Golfe augmente le risque d’inflation. L’économie mondiale est dans un état relativement robuste, malgré le récent ralentissement. Le taux de chômage ainsi que les réserves de capacité sont faibles, ce qui signifie que les chocs de coûts peuvent entraîner des revendications salariales plus élevées et une pression inflationniste persistante. Dans ce scénario, une politique monétaire plus stricte ou restrictive de la banque centrale est plus probable pour freiner de nouvelles hausses de prix. Les tarifs américains et les dépenses publiques croissantes menacent déjà de faire monter les prix. Une augmentation durable du prix du pétrole devrait contribuer à une inflation tenace et ralentir l’assouplissement de la politique monétaire. Le risque «Moyen-Orient» renforce notre conviction qu’un portefeuille bien diversifié doit être résilient, non seulement face aux chocs de croissance, mais aussi face aux impacts de l’inflation. Les actifs réels sont donc un élément important dans l’allocation d’actifs.