Réglementation: un subtil équilibre à trouver

Yves Hulmann

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Un nouvel indice réglementaire du SFI place la Suisse en bonne position sur le plan international. Mais l’aspect des coûts ne peut pas être négligé.


© Keystone

Peut-on comparer les différentes places financières mondiales du point de vue de la réglementation avec un outil d’évaluation commun? C’est le but visé du nouvel indice de réglementation créé en février par le Swiss Finance Institute (SFI) qui compare 31 places financières internationales. Ce «méta-indice», qui est construit sur la base de données publiques provenant de classements, d’indices et de travaux de recherche existants, «fournit une analyse des forces et des faiblesses des différents pays en ce qui concerne leurs normes réglementaires et les soumet à une comparaison directe avec le cadre réglementaire de la place financière suisse», comme l’a décrit Alfred Mettler, professeur de l’Université de Miami et SFI Adjunct lors du lancement de l’indice. Parmi les 31 places financières passées en revue, la Suisse se situe dans le groupe de tête avec le Canada, la Finlande et la Suède, selon Christoph Basten, professeur au SFI et à l’Université de Zurich.

Quel usage peut-on faire d’un tel indice? Un panel d’experts s’est penché mercredi sur cette question au cours d’un séminaire, retransmis par vidéo, qui a réuni mercredi soir les professeurs Alfred Mettler et Chrisoph Basten ainsi que Jörg Gasser, le directeur de l’Association suisse des banquiers (ASB). Pour ce dernier, la réglementation et la réputation sont deux aspects essentiels pour la place financière helvétique. En même temps, le directeur de l’ASB a aussi évoqué «l’équilibre fragile» à trouver entre l’ampleur de la réglementation et la compétitivité, un aspect qui revêt une importance clé pour la place financière helvétique. Le but n’est ainsi pas d’occuper à tout prix la meilleure position dans le classement du nouvel indice réglementaire, car la réglementation coûte évidemment aussi cher aux instituts financiers. Si une place financière réglementée de manière exemplaire en retirera des gains certains en termes de réputation, les coûts associés au maintien de ce statut seront, eux aussi, considérables. «Il faut trouver le bon équilibre entre réputation, réglementation et succès économique», a recommandé Jörg Gasser.

«Notre réputation reste constamment
exposée à certains risques.»
Suisse, Suède et Finlande sont les pays les mieux notés

Dans le détail, l’indice intitulé «Global Financial Regulation, Transparency, and Compliance Index» (GFRTCI) comprend deux sous-indices A et B. Le premier mesure le degré d’application de différentes réglementations en tenant compte de rapports issus d’institutions telles que la Banque des règlements internationaux (BRI), notamment en matière de loi anti-blanchiment, ou encore l’OCDE. Le second, qui se rapporte au contexte politique et à l’application générale des réglementations, intègre des indices établis par des ONG en matière de transparence, de liberté économique et d’indépendance de la justice (notamment The Economist Intelligence Unit’s Democracy Index (EIU DI), Corruption Perception Index (CPI), Heritage Foundation Business Freedom Index (HF BF)). Pour le premier de ces deux sous-indices, c’est la Suisse, la Corée du Sud et le Canada qui obtiennent le plus de points. Dans le deuxième sous-indice, le trio de tête est occupé par la Suède, le Danemark et la Suède, notre pays apparaissant en sixième position. Au final, dans le classement qui combine ces deux sous-indices, la Suisse apparaît néanmoins en première position, suivie par la Suède et la Finlande.

Décalage entre réalité et perception

Quels enseignements tirer de la position qu’occupe la Suisse dans l’indice? «L’indice de la réglementation du SFI nous accorde une bonne note. Toutefois, notre réputation reste constamment exposée à certains risques», a rappelé Jörg Gasser. L’occasion aussi pour le directeur de l’ASB de souligner les efforts à entreprendre par la Suisse en matière d’image: «Nous sommes désormais en conformité avec les standards internationaux. Cet aspect n’est plus si important actuellement. En revanche, c’est le cas en ce qui concerne la réputation - médiatiquement, c’est toujours un problème et avec Hollywood aussi», a-t-il illlustré, en allusion à l’image de la place financière suisse telle qu’est encore présentée dans des films comme James Bond.

De son côté, Alfred Mettler a souligné que la seule application des règles internationales ne suffit pas – il faut toujours aussi se comparer avec ce que font les autres pays: «La réglementation est toujours un jeu relatif», a rappelé le professeur à l’Université de Miami.

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