Pétrole, entre Ormuz et excédent en 2027 – Perspectives The Globe par Eurizon

Eurizon Asset Management

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Les tensions géopolitiques continuent de représenter le principal facteur de soutien du pétrole à court terme mais l’affrontement dans le golfe Persique a modifié les équilibres du marché à moyen terme.

La signature du protocole d’accord (Memorandum of Understanding), le 19 juin, entre les États-Unis et l’Iran avait conduit à la réouverture du détroit d’Ormuz et à une baisse rapide du prix du pétrole, en dessous de 70 dollars, niveau d’avant-guerre.

Depuis le 7 juillet, toutefois, une nouvelle phase d’hostilités s’est ouverte, avec l’Iran qui a conduit des attaques directes sur des navires en transit générant une riposte militaire US, suivie d’une escalade réciproque qui a de nouveau élargi le périmètre de l’affrontement et fait s’effondrer le nombre de franchissements du détroit.

Dans cette phase de reprise des tensions, le prix du pétrole a affiché une forte volatilité, se négociant à nouveau autour de 90 dollars le baril (WTI), tout en restant loin des pics atteints en mars.

Les tensions géopolitiques continuent de représenter le principal facteur de soutien du pétrole à court terme mais l’affrontement dans le golfe Persique a modifié les équilibres du marché à moyen terme, favorisant, paradoxalement, les conditions d’une future augmentation structurelle de l’offre à partir de 2027, facteur qui contribue à maintenir les prix sous contrôle.

L’OPEP+ sort assurément affaiblie du conflit entre les États-Unis et l’Iran. Les Émirats arabes unis ont quitté le cartel le 1er mai dernier, se libérant ainsi du système des quotas. Par la suite, l’Irak a également annoncé son intention d’augmenter sa production, laissant planer la menace d’une sortie de l’OPEP si sa demande n’était pas prise en compte.

Le blocage des exportations en provenance du golfe Persique constitue une forte incitation à augmenter la production pour tous les pays non contraints par le passage via le détroit d’Ormuz (membres ou non de l’OPEP+). Les données de production de juin, en dépit d’un trafic seulement partiellement rétabli dans le détroit, ont d’ailleurs confirmé cette dynamique, de nombreux pays de l’OPEP+ ayant augmenté leur production au-delà des quotas qui leur étaient attribués.

Dans ce contexte, l’Arabie saoudite ne parviendra pas à jouer le rôle de Banque centrale du pétrole, à tout le moins jusqu’à la normalisation du marché. Les Saoudiens disposent d’une importante capacité de réserve (capacité de production inutilisée mais immédiatement disponible) et leurs coûts de production sont très bas. Ils pourraient donc déclencher une guerre des prix (comme en 2020) afin de remodeler le marché à leur avantage. Toutefois, sans la possibilité physique d’exporter, cette hypothèse est inapplicable pour le moment.

À court terme, le prix du pétrole continuera à faire preuve de volatilité, d’autant plus que les stocks commerciaux des pays de l’OCDE restent à des niveaux modérés et limitent la capacité du marché à absorber d’éventuelles nouvelles baisses de l’offre.

La Chine constitue toutefois un facteur baissier important, sa demande s’étant assouplie ces dernières années, ce qui a contrebalancé les excès du marché. Au-dessus de 80 dollars, en effet, la Chine réduit drastiquement ses achats au point d’influencer le prix du pétrole brut, ce qui contenant les hausses. De mars à juin, les importations mensuelles chinoises de pétrole ont chuté drastiquement de 51%.

Abstraction faite de tous ces facteurs, le marché continue de considérer comme plus probable le scénario d’une normalisation au cours des 6 à 9 prochains mois, avec le retour de l’offre, actuellement bloquée, qui viendra s’ajouter à la croissance provenant des pays de l’OPEP+ et des autres pays.

Les estimations indiquent la formation d’un excédent d’offre autour de 4 Mb/j (millions de barils par jour) au printemps 2027. Pour l’heure, le «contre-choc» d’offre reste cependant éloigné à défaut de désescalade significative.

Définition des niveaux clés du prix du pétrole

En dessous de 50 USD - le pétrole de schiste américain entre en difficulté et des pressions s’exercent sur l’Arabie saoudite pour qu’elle réduise sa production. Il y a un risque concret de guerre des prix comme réponse saoudienne pour regagner des parts de marché.

De 50 à 65 USD - La Chine achète agressivement pour augmenter ses stocks (stratégie qu’elle poursuit depuis la réouverture post-Covid).

De 65 à 80 USD - Cette zone représente la fourchette d’équilibre, où les principales forces baissières et haussières sont neutralisées, fourchette dans laquelle le pétrole a varié tout au long de 2025 et une grande partie de 2024.

De 80 à 100 USD - Tous les pays producteurs réalisent également un important bénéfice en termes d’équilibre budgétaire mais la Chine interrompt ses achats de pétrole, générant une force baissière (comme on le voit dans la baisse drastique des importations).

Au-dessus de 100 USD - L’essence aux États-Unis dépasse les 4 USD le gallon, provoquant une perte de consensus politique, une perspective que toute administration américaine en place cherche à éviter et qui l’incite généralement à intervenir au niveau mondial pour faire augmenter la production. Au- delà de ce seuil, il existe un risque réel d’impact sur la croissance mondiale.

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