Non, le déclin de la natalité ne ralentit pas la croissance du PIB

Emmanuel Garessus

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Le prix Nobel Daron Acemoglu prend le contre-pied de l’opinion majoritaire et montre qu’une moindre natalité n’impact négativement ni le PIB ni les bénéfices.

 

Le recul de la natalité observé dans la plupart des pays devrait, si l’on en croit le consensus, freiner la croissance économique future. Au niveau mondial, le taux de natalité s’élevait à 3,78 pour 100 personnes en 1950 et il a chuté de moitié pour atteindre 1,71 en 2025, selon les Nations Unies. Une réduction de l’offre de travail, de la masse salariale, la concentration de l’emploi sur des personnes plus âgées, moins productives et moins innovantes, et un coût plus élevé des systèmes de retraite et de santé pénalisent la croissance, bien que cette tendance puisse être plus ou moins compensée par un accroissement de la productivité. C’est la thèse défendue par Robert Solow, réputé pour son modèle de croissance, et par la majorité de sa profession. En ce sens, le consensus prend le contre-pied de Malthus pour qui une natalité élevée appauvrit l’humanité.

Les effets de la natalité intéressent non seulement les démographes et les autorités politiques mais aussi les leaders de la Tech. «De Peter Thiel à Elon Musk en passant par Sam Altman, les questions de QI, de natalité et de qualité humaine reviennent régulièrement et traversent le monde de la Tech», écrit Julien Rochedy dans «Le temps du centaure: La sombre philosophie des maîtres du monde» (Ed.Hétairie, 2026). Pour Elon Musk, le risque du déclin démographique porte non seulement sur la prospérité, mais aussi sur l’avenir de la civilisation.

La thèse inverse est maintenant défendue par le prix Nobel Daron Acemoglu et ses collègues David Autor, Keelan Beirne et Andrew Scott. Dans «Baby Busts and Growth Booms: Demographic Change and the Macroeconomy, (MIT), les économistes montrent «que la baisse des taux de natalité est associée à une croissance plus forte du PIB par adulte en âge de travailler à l’échelle des pays et à une plus forte croissance des salaires dans les zones de pendulaires aux Etats-Unis, sans impact négatif sur le PIB global ni sur les revenus». Cette conclusion contraste avec la théorie économique néoclassique, laquelle montrait que le déclin démographique entraînait une augmentation du PIB par habitant à court terme, tout en réduisant le PIB global. A plus long terme, ce déclin devrait freiner les investissements, ce qui ferait baisser encore davantage le PIB global. L’étude d’Acemoglu, signalée par le blog de Tyler Cowen, marginal Revolution, montre que cette vision pessimiste des effets de la natalité est battue en brèche.

La réponse endogène de la technologie

La raison de la surprenante observation faite par Acemoglu et ses collègues, à partir de 70 années de statistiques, tient à un mécanisme d’adaptation des pays à moindre natalité et une augmentation de la productivité totale des facteurs. Les auteurs parlent d’une «réponse endogène de la technologie, qui permet d’économiser de la main-d’œuvre, face à la pénurie de jeunes travailleurs. Conformément à cette interprétation, les pays et les régions présentant des taux de natalité plus faibles affichent davantage de brevets permettant d’économiser de la main-d’œuvre et une activité high-tech en pleine expansion.» L’économie s’adapte donc en concentrant davantage de force dans la technologie et l’industrie d’exportation.

En réalité, les doutes sur l’effet négatif de la natalité ne se limitent pas aux travaux de Daron Acemoglu. Le FMI a présenté en 2025 une analyse de David Bloom, professeur à Harvard, qui concluait que les effets de la baisse du taux de fertilité étaient «ambigus». Il montre d’abord que le lien entre le taux de fertilité et la population n’est pas clair. Dans six des 21 pays analysés, l’immigration a compensé cette diminution. Mais Acemoglu met l’accent non pas sur l’impact de l’immigration mais sur la capacité propre d’un pays à s’adapter et à se réorienter de lui-même. Nous noterons qu’il n’y a aucune intervention étatique dans ce processus. Daron Acemoglu n’observe pas une hausse de la participation des femmes au marché du travail qui répondrait au recul de la natalité.

Un autre chercheur, comme Allnews l’avait déjà indiqué, à savoir David N. Weil, professeur d’économie à la Brown University, avance que l’effet négatif sur la croissance serait nettement plus modeste que prévu. Il l’a écrit pour le Journal of Economic Perspectives (2026, Vol. 40, pages 27-46).

L’argumentation de Daron Acemoglu basée sur la capacité d’adaptation des acteurs économiques pourrait être employée à l’égard d’autres phénomènes. Très souvent, on appelle les autorités pour contrer une tendance apparemment défavorable et on sous-estime la capacité des individus et des entreprises à s’y adapter.

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