Les Etats-Unis, le géant au seau percé

Emmanuel Garessus

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A la veille de sa fête nationale, l’hyperpuissance technologique révèle ses inefficiences et le gaspillage de ses deniers publics.

 

A la veille de la fête nationale américaine, les clichés sont à éviter. Etrangement, les derniers sondages du Polarization Research Lab révèlent une tendance que nous pensions improbable. Depuis les débuts du deuxième mandat de Donald Trump, le taux d’approbation des mérites du libre échange progresse significativement. Cette opinion est plus marquée au sein des milieux progressistes qu’au sein des démocrates «modérés», alors que les conservateurs, en revanche, paraissent de plus en plus convaincus par le protectionnisme du président. La question, s’interroge Dan Mitchell, sur son blog International Liberty, consiste à savoir si ce soutien au libre échange résulte d’une opposition à Donald Trump ou d’une conviction philosophique aux mérites d’un commerce international sans entraves.

La recherche économique appuie les thèses favorables au libre échange. Les bénéfices du commerce international dépassent de 7 fois les coûts, et, dans les pays pauvres, les bénéfices sont 95 fois plus élevés que les coûts, selon une étude de James Feyrer, Vladimir Tyazhelnikov, Benjamin Aleman-Castilla et Brad Wing (Benefit-Cost Analysis of Increased Trade: An Order of Magnitude Estimate of the Benefit-Cost Ratio: Cambridge University Press, 2023).

Même à l’égard de la Déclaration d’Indépendance dont les Etats-Unis fêtent le 250e anniversaire, les Américains s’interrogent sur le sens à lui accorder, ainsi qu’en témoignent les différents ouvrages publiés actuellement (voir le Financial Times de samedi dernier). Pour les milieux libéraux (au sens européen), il s’agit de célébrer une victoire contre l’impérialisme britannique, contre les impôts excessifs et pour la primauté des droits individuels (vie, liberté). Ces mêmes milieux déplorent que l’Etat, par sa croissance et ses gaspillages, viole les principes des pères fondateurs. Les milieux progressistes insistent, eux, sur l’égalité et la justice sociale, rappelant la réalité de l’époque, celle de l’esclavage et de la dépossession des peuples autochtones.

Aujourd’hui, les Etats-Unis mettent en lumière d’importants écarts par rapport aux principes libéraux de 1776. Certes, le pays confirme chaque jour ses incroyables réussites technologiques et entrepreneuriales. L’IPO de SpaceX et les gigantesques investissements dans l’IA mettent une nouvelle fois en évidence l’esprit entrepreneurial américain qui contraste avec une Europe qui place le principe de précaution au-dessus de tout. Le prince Michael du Liechtenstein le résume sur le blog de l’ECAEF: «Cet esprit d’entreprise, associé à la taille, au professionnalisme et à la propension au risque des marchés financiers américains, constitue l’un des piliers de la croissance et de la résilience de l’économie américaine, renforçant ainsi son leadership mondial.»

Une piètre gestion de l’Etat

Mais la réalité est rarement simple. Dans les faits, les Etats-Unis, c’est aussi un Etat qui ressemble à un «seau percé», pour reprendre une étude approfondie réalisée par l’institut Cato (Federal Government Spending is a leaky Bucket, Chris Edwards, Ryan Bourne, 32 pages, juin 2026), L’étude est un trésor de sources et de chiffres intéressants.

Le célèbre économiste Arthur M. Okun a décrit ce problème du «seau percé». Lorsque l’Etat prélève des impôts auprès de certains pour venir en aide à d’autres, il ne s’agit pas d’un transfert de ressources sans coût. Cela revient plutôt à transvaser de l’eau à l’aide d’un seau troué de part et d’autre, note l’étude. Le problème est celui de l’inefficience de l’Etat autant que celui de la maîtrise des comptes publics, sachant que le déficit américain attendrait 5,8% du PIB en 2026 et entre 5,9% et 7,9% en 2027, et que le coût de la dette dépassera les 1000 milliards de dollars cette année.

Les «trous» dans le système s’expliquent par des problèmes concernant aussi bien la récolte de fonds que les erreurs de planification centrale, les déficits dans le processus législatif, les conflits dans le design des programmes, les errements bureaucratiques, les coûts administratifs et les dépenses de fonds (crowding-out du secteur privé, paiements incorrects, effets d’aubaine, lobbying). Mais quelle est l’ampleur de ces pertes?

L’ancien président du Conseil des conseillers économiques, Michael Boskin, a suggéré «que les bénéfices générés par des programmes inefficaces pourraient ne représenter qu’un tiers des coûts: Le coût pour l’économie de chaque dollar supplémentaire provenant des impôts est d’environ 1,40 à 1,50 dollar. Or, ce dollar provenant des impôts… est versé dans un seau. Une partie s’écoule sous forme de frais généraux, de gaspillage, etc. Dans un programme bien géré, le gouvernement peut consacrer 0,80 ou 0,90 dollar de ce dollar à la réalisation de ses objectifs.

Dans le cas de programmes inefficaces, ce chiffre serait bien inférieur, soit 0,30 ou 0,40 dollar par dollar.» La catégorie des programmes inefficients est considérable, ainsi que que cette étude approfondie et détaillée le révèle. Certains programmes présentent des taux de paiement indus de 10% ou plus.

La conclusion de l’Institut Cato est bien triste: «Supposons qu’un programme d’un coût de 1 dollar génère des bénéfices de 0,40 dollar, comme l’estime Boskin pour un programme inefficace. Le programme coûtant 1,40 dollar au secteur privé en perte fiscale, le rapport coûts-bénéfices ne serait que de 29%. Ou, si l’on inverse ce rapport, le rapport coût-bénéfice est d’environ trois pour un. Edgar Browning, professeur émérite d’économie à l’université Texas A&M, est parvenu à une conclusion similaire dans son ouvrage sur la politique budgétaire, intitulé «Stealing from Each Other.»

Dan Mitchell, à nouveau lui, avait émis il y a huit ans ce qu’il nommait le «troisième théorème de gouvernement» afin de démontrer pourquoi un Etat central était nécessairement inefficient: «Le fonctionnement de ces programmes est le suivant: on collecte de l’argent au niveau local, on achemine ces fonds vers Washington dans un seau qui fuit, on en gaspille une partie dans la bureaucratie de Washington, puis on utilise ce même seau qui fuit pour renvoyer l’argent vers les collectivités locales. On recommence, encore et encore.»  Pour Dan Mitchell, un pays qui cherche à accroître sa prospérité devrait éliminer les programmes qui ne passent pas le test du rapport entre coûts et bénéfices. Cet enseignement devrait être dans tous les pays.

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