Mondial 2026: le vrai score du Mexique ne s’est pas affiché dans un stade

Joaquin Cascallar, Targa 5 Advisors SA

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Les Mexicains ont regardé les matchs chez eux au lieu de prendre l’avion. Un pays hôte ne gagne pas des voyageurs, il en déplace.

 

Dimanche, un capitaine soulèvera le trophée le plus convoité du football. Pour qui suit le Mexique depuis des années avec des yeux d’investisseur, la vraie finale s’est jouée ailleurs. Et elle est déjà gagnée.

Les chiffres du tournoi donnent le vertige, c’est bien pour cela qu’il faut s’en méfier. Un milliard de dollars de retombées en treize jours selon les chambres de commerce mexicaines. Plus d’un million de visiteurs et 80'000 emplois temporaires pour la seule capitale. Des chambres d’hôtel à dix fois leur prix. Et alors? Rapporté à une économie de 1'800 milliards de dollars, tout cela pèse 0,3 point de croissance sur un trimestre. Une vague, pas une marée. En sptembre, les hôtels de Guadalajara auront retrouvé leurs tarifs et leurs clients habituels et les analystes qui vendaient «le thème Mondial» seront passés à autre chose.

D’ailleurs, la Bourse mexicaine a soufflé la réponse avant tout le monde. Regardez GAP et ASUR, les opérateurs aéroportuaires: leurs titres ont reculé en plein tournoi, sur fond de trafic domestique en berne. Les mexicains ont regardé les matchs chez eux au lieu de prendre l’avion. Un pays hôte ne gagne pas des voyageurs, il en déplace. Quiconque a lu les statistiques de trafic de juin avant les communiqués de presse le savait déjà.

Et pourtant, voilà mon point, jamais le Mexique n’a semblé aussi investissable qu’au soir de ce Mondial.

Le score qui compte tient en un chiffre: 17,50. Le niveau du peso face au dollar, tout au long du tournoi. Pas un frémissement. Proche de son plus haut annuel, dans une fourchette qu’il tient depuis dix ans. Mieux: l’inflation est tombée à 3,37% en juin, son plancher depuis décembre 2020, au moment précis où des millions de visiteurs déferlaient sur trois villes. La théorie prédisait une surchauffe. Banxico a livré un manuel de stabilité.

On a fait passer au pays un test de résistance grandeur nature, sous les yeux de six milliards de téléspectateurs, et rien n’a bougé. Dans mon métier, cela s’appelle un signal.

Ce sang-froid vaut d’autant plus cher qu’il s’est exercé au pire moment. Renégociation de l’USMCA, menaces tarifaires récurrentes de Washington: le récit du «risque mexicain» avait le vent en poupe. Le pays vient d’y opposer le contre-récit le plus efficace qui soit. Celui d’une nation qui orchestre sans accroc un événement continental, logistique, sécurité et transports compris. Ce soft power ne figure dans aucun bilan, mais il pèse pourtant dans chaque comité d’allocation.

Ajoutez-y ce que le Mexique n’a pas fait: construire pour rien. Pas d’éléphant blanc à la brésilienne, pas de stade climatisé à l’utilité douteuse.

L’Azteca, rénové pour trois milliards de pesos, deviendra un centre de congrès. Monterrey et Guadalajara ont calé sur le calendrier du Mondial des chantiers urbains qui leur survivront. Trois Coupes du monde accueillies en un demi-siècle, aucune ruine à la clé. Peu de pays peuvent en dire autant.

Alors, que faire? Surtout pas acheter «le Mondial», ce thème expire dimanche soir avec le coup de sifflet final. Mais prendre acte de ce que juin et juillet 2026 ont démontré: une banque centrale crédible, une devise ancrée, une inflation domptée, un tourisme qui pesait déjà 7 à 8% du PIB avant le premier coup d’envoi, et une capacité d’exécution désormais prouvée devant la planète entière. Ce sont ces fondamentaux, pas les buts marqués, qui justifient de sortir le Mexique de la ligne fourre-tout «marchés émergents» pour lui consacrer une thèse en propre.

Le Mexique ne soulèvera pas le trophée dimanche. Il repart avec quelque chose de plus rare, et de plus rentable: la preuve, administrée en direct mondial, qu’on peut lui confier des capitaux.

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