Marchés privés en 2026: méga-deals, gigawatts et «members only»

Scott Voss, HarbourVest Partners

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Cette année se caractérisera, sur les marchés privés, par des transactions plus importantes, des valorisations plus élevées et des besoins en infrastructures plus massifs.


Ce qui paraissait impensable il y a à peine un an semble désormais inévitable. Des entreprises dont la taille semblait presque démesurée sont déjà dans le viseur de la nouvelle génération d’acteurs. La demande énergétique liée à l’IA, elle, ne se compte plus en mégawatts mais en gigawatts. Quant aux volumes sur le marché secondaire, ils ont changé d’ordre de grandeur: ce qui représentait autrefois l’activité d’une année entière peut désormais se concentrer dans une seule transaction. Voici quelques prédictions pour les mois à venir.

1. Le club des 50, 500 et 5000 milliards deviendra une réalité

Les méga-rachats dépassant les 50 milliards de dollars (Electronic Arts), les financements minoritaires de type «venture» de sociétés technologiques valorisées à plus de 500 milliards de dollars (OpenAI) et les capitalisations boursières supérieures à 5000 milliards de dollars (Nvidia) vont rapidement devenir la norme. Dans un ou deux cas rares, un membre du «club des 500 milliards» pourrait même rejoindre celui des 5000 milliards en l’espace d’une année, devenant le Greatest of All Time dans les deux catégories.

2. L’IA catalysera une renaissance inattendue des renouvelables et deviendra une classe d’actifs à part entière

L’appétit insatiable de l’IA en énergie ne se contentera pas de mettre les réseaux sous tension. Il en transformera l’économie et donnera un nouveau souffle aux renouvelables. L’éolien, le solaire, l’hydroélectrique et le nucléaire passeront au statut d’infrastructure critique à mesure que les besoins énergétiques de l’IA passeront des mégawatts aux gigawatts.

L’IA pourrait franchir un cap décisif: passer du statut de simple secteur technologique à celui de véritable classe d’actifs.

Dans le même temps, cette évolution pourrait permettre à l’IA de franchir un cap décisif: passer du statut de simple secteur technologique à celui de véritable classe d’actifs, à l’instar des marchés émergents qui sont passés d’une simple catégorie géographique à une classe d’actifs distincte, dotée de ses propres indices de référence et politiques d’allocation.

3. L’architecture des marchés privés sera redéfinie à mesure que des acteurs technologiques transformeront l’accès, l’économie et les modèles d’affaires

En termes d’accès, une fréquence accrue des transactions, une plus grande transparence des prix et les progrès technologiques rendront l’achat et la vente de private equity plus proches de l’achat et de la vente d’actions Berkshire Hathaway.

Ensuite, si l’on considère que le private equity combine une participation dans des sociétés non cotées et un capital créateur de valeur, le tout structuré autour d’un modèle classique reposant sur 2% de frais de gestion et 20% de carried interest, une bataille s’annonce pour déterminer quelle part de ce modèle économique revient à l’intérêt financier et quelle part à la création de valeur. Ceux qui se contentaient historiquement d’apporter du capital réfléchissent désormais de plus en plus à la manière de générer une véritable valeur ajoutée.

Enfin, une entreprise combinant l’ADN des banques et des marchés privés, avec une forte orientation technologique, pourrait émerger et atteindre rapidement 1000 milliards de dollars d’actifs sous gestion avec moins de 50 employés. Son secret? Une stratégie résolument axée sur la technologie. Tandis que ce nouvel entrant hypothétique construirait son modèle par «ingénierie génétique», les acteurs historiques risqueraient de rester coincés dans une logique de solutions temporaires.

4. La valeur nette d’inventaire (NAV) deviendra l’or du private equity

A mesure que les portefeuilles de private equity arrivent à maturité et que de nouvelles sources de capital entrent dans l’écosystème, la NAV deviendra une ressource précieuse. Les nouveaux investisseurs à la recherche de partenaires disposant de portefeuilles déjà financés manifesteront rapidement leur intérêt pour ces profils de NAV attractifs. Les portefeuilles de private equity présentant des caractéristiques «blue chip» reposent ainsi sur un gisement de plus en plus précieux — une ressource qui ne peut être créée du jour au lendemain, mais qui demande des années de constitution pour répondre à une demande croissante.

5. Les marchés privés continueront de se polariser

Si l’enjeu est d’offrir des portefeuilles soigneusement construits, une expérience client de premier ordre et de l’alpha sectoriel à l’ensemble des parties prenantes, la «diversification» devra devenir un principe central de gestion des risques. Comprendre d’où provient réellement la création de valeur et vérifier si elle persiste au fil des cycles implique d’aller au-delà des classements par quartile pour analyser finement la performance au niveau des transactions. Les analyses propriétaires montrent d’ailleurs que la taille seule ne garantit pas l’alpha. Les gagnants seront ceux qui construiront des portefeuilles à la fois diversifiés et différenciés, en combinant analyses de données et approche multi-gestionnaires.

6. Le piège du risque consensuel pourrait troubler nos nuits en 2026

Les thèmes financiers les plus médiatisés en 2025 pourraient devenir, en 2026, les principales zones de vulnérabilité. Le risque ne se situe pas toujours là où l’industrie cherche les défaillances, mais plutôt là où elle célèbre les succès sans analyser suffisamment la concentration et les niveaux de valorisation. Si la fréquence des titres de presse était un indicateur avancé du risque, quels sujets des marchés privés devraient réellement vous empêcher de dormir? Il y a fort à parier qu’un large consensus s’est déjà formé… autour de ce même risque consensuel.

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