Les conseils d’administration et les directions d’entreprises suisses considèrent la perte de données, les risques réglementaires et les tensions géopolitiques comme leurs principales préoccupations. Alors que l’IA gagne en importance dans le monde entier en tant que risque de responsabilité civile, elle se situe encore, en Suisse, nettement derrière ces risques de gouvernance classiques.
L’environnement de risque des entreprises suisses devient de plus en plus complexe. Outre les risques établis tels que la perte de données et les violations réglementaires, les cadres dirigeants suisses accordent une importance croissante aux évolutions géopolitiques et à l’intelligence artificielle selon l’étude internationale 2026 sur l’assurance responsabilité des dirigeants (Directors & Officers Liability Insurance Survey). Cette année, elle a été réalisée pour la première fois par la société de conseil Willis, une marque de WTW, en collaboration avec le cabinet d’avocats international Reed Smith LLP, en intégrant la Suisse. Des membres de conseils d’administration et de directions ainsi que des responsables risques d’entreprises du monde entier ont ainsi été interrogés sur les principaux dangers en termes de responsabilité civile et sur la couverture d’assurance RC des organes (D&O).
L'évolution de l’environnement des risques accroît les exigences imposées aux organes de direction
Fig. 1: Les principaux risques pour les managers 2022-2026 dans le monde
Alors que, dans le monde entier, la santé et la sécurité continuent d’être considérées comme le principal risque, les membres de conseils d’administration et de directions en Suisse voient d’autres priorités. La perte de données est jugée par 66% des personnes interrogées comme un risque très important ou extrêmement important du point de vue financier ou de la réputation, suivie des violations réglementaires (65%) et des risques géopolitiques (63%). À l’échelle mondiale, les risques géopolitiques figurent pour la première fois parmi les sept principaux risques en 2026 pour les managers et leur responsabilité civile. En Suisse, ils sont même évalués à un niveau encore plus élevé que la moyenne mondiale (63% contre 59%) et représentent ainsi l’un des trois facteurs de risque majeurs.
Fig. 2: Les principaux risques pour les managers 2026 en Suisse
«Les résultats montrent que l’environnement de risque des entreprises suisses évolue durablement, déclare Kilian Manz, Head of Corporate Risk & Broking chez Willis en Suisse. Aujourd’hui, les cyberrisques, la réglementation, les tensions géopolitiques et les problèmes de chaîne d’approvisionnement sont autant de facteurs qui ont des répercussions sur les entreprises. De ce fait, les organes dirigeants sont de plus en plus tenus d’identifier les risques à un stade précoce et de les gérer efficacement.»
L’IA n’est pas encore un risque majeur en Suisse
L’intelligence artificielle compte parmi les risques D&O qui connaissent la croissance la plus rapide dans le monde. À l’échelle mondiale, 56% des participants à l’étude considèrent désormais que l’IA est un risque très ou extrêmement important, alors qu’en Amérique du Nord, ce pourcentage atteint déjà 71 %. En Suisse, il est nettement plus faible, à 38%.
Dans le même temps, l’étude révèle une lacune de gouvernance en Suisse. Seuls 42% des Suisses interrogés sont convaincus que les membres de leur conseil d’administration disposent des compétences nécessaires pour surveiller efficacement l’utilisation de l’IA. À l’échelle mondiale, 55% des participants sont de cet avis.
«L’introduction de l’IA n’est plus une simple question technologique. Elle concerne tout autant la stratégie, la gouvernance et la responsabilité civile. Les entreprises devraient donc s’assurer suffisamment tôt que les membres de leur conseil d’administration et de leur direction disposent des compétences nécessaires et que leur couverture d’assurance évolue au même rythme que les nouveaux risques», explique Olivier Pirlot, Head of FINEX chez Willis en Suisse.
Davantage de temps pour les défis réglementaires et géopolitiques
Actuellement, les points à l’ordre du jour des organes de direction des entreprises suisses sont surtout la performance financière, le suivi et le reporting financier (52%), ainsi que le développement stratégique (40%). Parallèlement, les personnes interrogées souhaitent consacrer nettement plus de temps à la gestion des risques d’entreprise et à la conformité réglementaire (36% dans les deux cas). Cela indique que les entreprises devront à l’avenir accorder encore plus d’attention aux défis réglementaires et géopolitiques croissants.
Responsabilité civile: la Suisse se montre plus prudente que les autres pays
Les membres de conseils d’administration et de directions assument dans leurs décisions un risque de responsabilité d’ordre personnel. C’est pourquoi de nombreuses entreprises s’engagent à indemniser, dans le cadre autorisé par la loi, les membres de leurs organes des conséquences financières liées à leur activité, telles que les frais d’avocat, judiciaires ou de dommages-intérêts. L’étude révèle de nettes différences entre la Suisse et la comparaison internationale: alors que 62% des entreprises dans le monde garantissent une indemnisation aux membres de leurs organes dans la mesure maximale autorisée, ce pourcentage n’est que de 37% en Suisse.
Les entreprises suisses subordonnent plus souvent une exonération au consentement des actionnaires (22%, contre 14% dans le monde). Les résultats indiquent que les entreprises suisses font preuve de plus de retenue en ce qui concerne la couverture des membres de leurs organes et accordent plus d’importance aux questions de gouvernance d’entreprise que de nombreuses entreprises à l’échelle internationale.
Doutes concernant les limites de couverture
La majorité des entreprises suisses jugent favorablement l’étendue de leur assurance D&O, c’est-à-dire l’assurance responsabilité des dirigeants: 85% des personnes interrogées estiment que le niveau de couverture est suffisant, contre 77% à l’échelle mondiale. Les entreprises suisses se montrent toutefois moins convaincues des limites de couverture. Elles ne sont que 62% à considérer que la somme d’assurance est suffisante, contre 73% à l’échelle mondiale. Compte tenu de l’augmentation du potentiel de dommages et de la complexité des risques de responsabilité, cela peut indiquer que les solutions d’assurance existantes sont soumises à un examen toujours plus attentif.
Autres résultats concernant la Suisse de l’étude Willis D&O Survey
- La santé psychique (54%) et le burnout (46%) sont considérés comme les plus grands risques liés au personnel.
- Une entreprise interrogée sur deux (50%) a réalisé au moins une acquisition au cours des douze derniers mois et 46% prévoient de nouvelles acquisitions.
- 36% misent sur des assurances Warranty & Indemnity lors de rachats d’entreprises ou prévoient d’y recourir dans les deux prochaines années.